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DANSER SUR LES RUINES DU CAPITALISME : QUAND LA MUSIQUE DEVIENT POLITIQUE

DANSER SUR LES RUINES DU CAPITALISME : QUAND LA MUSIQUE DEVIENT POLITIQUE

Alors que la fête a toujours représenté un exutoire comme un moyen d’émancipation, les politiques actuelles ont choisi de fermer les yeux sur tout un pan de l’économie, souvent jugé trop transgressif. Pourtant, comme nous avons pu le voir notamment dans les multiples soirées qui ont pris lieu au Bois de Vincennes, une nouvelle contre-culture a émergé de ces contraintes, redonnant ses lettres de noblesse à la fête libre et ses valeurs. Une idéologie aujourd’hui très prisée par la scène techno parisienne, mais souvent absente des soirées hip-hop, mouvement à l’origine pourtant contestataire. Focus sur un collectif qui depuis près de 10 ans a fait le choix de sortir du sérail des clubs pour organiser la fête telle qu’il l’entend.

Le Good Dirty Sound — ou GDS pour les intimes — est un collectif de DJs originaire de Sevran, dans le 93. À l’origine du collectif, une volonté : celle de créer. C’est l’histoire de passionnés de culture urbaine, et d’un collectif de DJs hip-hop qui ne retrouvait pas ses marques dans l’establishment parisien. C’est pourquoi ils ont créé la soirée qui leur manquait, celle où tous sont accueillis comme ils sont. 

Des soirées souvent secrètes, dans lesquelles le Good Dirty Sound fait revivre des bâtiments désaffectés le temps d’une nuit, ou plus… On y retrouve l’idéologie des soirées techno illégales, dans des fêtes débridées où tout est permis. Mais ce qui constitue vraiment l’âme de ces soirées, c’est surtout cette défiance commune face au rapport des institutions parisiennes de la fête quant à la culture hip-hop. Un décalage qu’ils résument fréquemment de la manière suivante : « Comment tu peux faire une soirée hip-hop et ne pas laisser rentrer des équipes de quatre mecs en survet ? ». Ils ont le sentiment que les clubs parisiens passent à côté des fondements de la culture hip-hop, voire l’exploitent, et on aura du mal à leur donner tort…

L’une de leurs premières soirées phares, en warehouse évidemment : « LYCTC », pour « La Yard C’est Trop Cher ». Le ton est donné. De là s’enchaînent un grand nombre de soirées, amenant toujours quelque chose en plus. L’idée est qu’une GDS (le nom donné à une soirée organisée par le collectif) soit bien plus qu’une soirée, mais une fête. Retro gaming, foot de nuit lumineux, projections, œuvres d’art interactives, fresques réalisées en live, cracheuse de feu… tout est bon pour vivre une véritable expérience, et pas juste regarder un DJ en tenant une pinte à 8€. Il y a une réelle volonté de casser les codes prérequis par les boîtes de nuit parisiennes pour répondre à une demande accrue en événements urbains, atypiques et underground.

Une GDS, c’est aussi un lieu de rassemblement, un sanctuaire. Pendant deux ans, ils ont tenu un squat en bordure d’Asnières, titré par Le Parisien comme « une boîte de nuit clandestine dans le hangar abandonné ». Une fois de plus, on y retrouve l’esprit qui anime le collectif, mais surtout ce qui le fait vivre : son public. Un public varié, mais féru d’expériences à la fois nouvelles et authentiques. C’est aussi la population qui a foulé ce hangar où régnait une atmosphère brute qui lui a donné son identité. Les gens y venaient pour faire la fête, mais avant-tout pour se retrouver, se rencontrer, dans des valeurs de liberté et d’unité. Les gens n’étaient pas là pour se juger, mais bel et bien recréer un monde à leur image dans les décombres d’un capitalisme passé. 

C’est pourquoi les GDS sont devenues un espace d’exploration et d’hybridations musicales, promues par des DJs toujours en quête d’avant-garde, avides de promouvoir des artistes plus underground que ce que la culture hip-hop devenue mainstream propose habituellement. Pas tant une histoire de puristes que de vrais passionnés.

Aujourd’hui plus que jamais « l’équipe », comme elle aime s’appeler, envisage les choses sous un angle nouveau, mais toujours en conservant la même trajectoire. Le Good Dirty Sound entend bien utiliser les savoirs-faire tirés de ces soirées — de la conception à la performance en passant par la logistique — pour insuffler leur vision de la culture urbaine aux diverses performances qui la font vivre aujourd’hui. Ils instillent notamment leur énergie en s’associant à ceux qui les suivent depuis déjà longtemps, à l’instar des étudiant·e·s de Kourtrajmé pour l’exposition sur La Haine, au Palais de Tokyo, qui réunit de nombreux artistes adeptes de leurs soirées avec qui ils ont eu l’occasion de collaborer. Affaire à suivre…

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