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Analyse : le message de Shepard Fairey est-il si mystérieux que cela ? #MariannePleure

Analyse : le message de Shepard Fairey est-il si mystérieux que cela ? #MariannePleure

Nous avons voulu, avec cet article, revenir sur notre traduction de la déclaration de Shepard Fairey au lendemain du détournement. Les débats sur le sens à accorder à la déclaration ayant pu exister, de façon légitime, il nous a semblé intéressant et utile d’en expliciter notre lecture. D’autant que Shepard Fairey (et son équipe de com) sont très habiles pour laisser planer l’ambiguïté. 

Notre traduction n’est pas une traduction mot-à-mot. Nous avons pris le parti-pris de restituer du sens, tel que nous le comprenons dans le contexte. La version intégrale du « statement » et la traduction complète que nous en proposons sont disponibles ci-dessous. Originellement écrit en un seul bloc, nous avons pris le parti de diviser la citation en paragraphes pour une lecture facilitée.

Petite explication de notre compréhension du texte : tout n’est pas si flou

Dans sa déclaration, Shepard Fairey est mesuré et prend ses précautions. On le comprend. Comme nous l’avions écrit : « La complexité et les ambiguïtés de cette déclaration soulignent le malaise d’un artiste qui ne se renie pas, mais qui reste conscient de sa position et de ses responsabilités. ». 

Il est cependant très clair sur le fait que son œuvre (Liberté Egalité Fraternité dans le 13e, et en général) et son travail d’activiste sont guidés par le sens des mots qui forment notre devise. En offrant cette œuvre aux Français endeuillés, ce sont les valeurs de ce peuple uni face à la terreur qu’il célébrait. S’il joue de l’ambiguïté entre la devise, les valeurs qui la composent et le nom de son œuvre, l’usage ou non des guillemets ou de majuscules, lui permet de faire des distinctions utiles entre des signifiants qui ne sont pas les mêmes.

Car son usage répété du conditionnel « I’d like / j’aimerais » ne laisse que peu de doutes sur la mesure qu’il prend de l’écart entre les mots et le réel. Une position d’ailleurs cohérente avec son engagement politique au côté de progressistes américains, manifestés dans ses créations pour Barack Obama en 2008, ou Bernie Sanders en 2016, par exemple. Shepard Fairey est un artiste engagé.

Or, l’attaque de sa fresque à laquelle il réagit dans cette déclaration, a justement pour but de pointer notre hypocrisie collective sur le sujet. Le travail de revendication effectué par les artistes derrière le détournement ne laisse aucun doute sur cela. 

La convergence des projets et des valeurs est très claire. Et Obey est avant tout un street artist. Il connaît les codes et sait pertinemment qu’un « toyage » (c-à-d. un tag sur un tag) est parfaitement acceptable. D’autant plus s’il dépasse de la création originale et s’il est porteur de significations.

C’est sa dernière phrase qui cristallise tous les doutes. Si certains y voient une « réponse sibylline », nous pensons en toute bonne foi qu’ils se trompent. A cause des éléments de contexte ci-dessus, mais aussi si l’on dissèque la traduction mot à mot.

« Si certains pensent :
– que l’œuvre Liberté, Égalité, Fraternité a été détournée
– par des personnes avec lesquelles ils ne sont pas d’accord

alors ma réponse est :

– je ne suis pas prêt à la donner [aux personnes désignées par « certains »]
– et vous ne devriez pas l’être non plus. »

Partons du principe « certains » désigne ici les graffeurs. Pensent-ils que l’œuvre de Obey a été détournée ? Non. A aucun moment les artistes ne dénoncent un quelconque détournement de cette peinture. Ils prennent acte du symbole du pouvoir qu’elle est devenue (malgré elle, ajoute Shepard Fairey) et se le réapproprient en retour. De la même façon que leur performance vise à se réapproprier la rue et le sens des valeurs républicaines. Logiquement donc, tout s’oppose à ce que l’équipe à l’origine du détournement puisse être désignée par ce terme ambigu.

En dépit de formulations habiles, la déclaration de Shepard Fairey ne laisse que peu de place au doute si l’on tient compte du contexte. C’est notre avis en tout cas. Seul lui pourrait trancher le débat définitivement et rien ne laisse à penser qu’il le fera, c’est tout aussi bien comme ça. Et vous, qu’en pensez-vous ? RDV sur Instagram pour partager votre opinion et nous donner votre lecture du texte intégral.

LE MESSAGE QUE NOUS AVONS REÇU 

Hi, 

Shepard has provided the below statement if you’d like to use this, feel free.

“I side with people who protest injustice, so if that’s what the statement was meant to be, I understand it. 

The misconception is that the Liberté, Egalité, Fraternité image was something political that stood for anything other than a belief in the value of human life, human dignity, and a show of support for the people of France after they suffered a terror attack.

I think that the French slogan “liberté, égalité, fraternité” is really beautiful if it is manifested in the positive ways I’d like to see. 

Freedom, equality, and fraternity are principles I’m pushing for with my art and activism, which I think should be apparent to anybody who looks at my history of messages of peace and harmony, respect for the planet, and respect for people of all races and backgrounds. 

These ideas are what I’m pushing for in my art and what I’d like to see in France, the U.S., and around the world. 

If some people feel that that the Liberté, Egalité, Fraternité art piece has been hijacked by people they don’t agree with, then my answer is  – I’m not ready to give it to them, and you shouldn’t be either.” 

– Shepard

Best,

OBEY GIANT PR

NOTRE TRADUCTION

« Je suis aux côtés de tou.te.s celles et ceux qui protestent contre l’injustice, si c’est ce que cette action voulait être, je la comprends.

Il y a un malentendu. L’image [NdT : et pas uniquement la fresque donc] Liberté, Egalité, Fraternité n’a pas d’autre sens politique que l’expression de convictions [personnelles] sur la valeur de la vie humaine, de la dignité de chacun.e. Elle est un témoignage de ma solidarité avec des Français alors endeuillés par les attentats [du 13 novembre 2015].

Je pense que la devise française : « liberté, égalité, fraternité » est très belle, quand elle existe comme j’aimerais la voir exister.

La liberté, l’égalité et la fraternité sont des principes pour lesquels je me suis toujours battu par mon art et mon activisme. Je pense que ce sera évident pour quiconque ira voir l’historique de mes messages de paix et d’harmonie, de respect de la planète et des individus dans toute leur diversité, quelle que soit leur couleur de peau ou leur origine sociale. Mon art est au service de ces idées, que j’aimerais voir [davantage] en France, aux Etats-Unis et partout dans le monde.

Si certains sont en désaccord avec le détournement de l’œuvre Liberté, Égalité, Fraternité parce qu’ils ne sont pas d’accord avec les auteurs, alors ma réponse est claire : je ne suis pas prêt à la leur donner et vous ne devriez pas l’être non plus. »

Shepard

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