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L’interview de Minas par Lady K

L’interview de Minas par Lady K

La grande Lady K nous livre aujourd’hui une interview de Minas, un artiste autodidacte de Java en Indonésie qui nous raconte son parcours.

Lady K : Bonjour Minas, comment vas-tu ?

Minas : Bonjour, je vais bien, merci.

LK : Pourquoi as-tu choisi le nom de Minas ?

M : J’ai cherché sur Google les mots qui ont la même signification que le mien et j’ai trouvé Minas. J’ai donc choisi ce nom.

LK : Quel âge as-tu ?

M : J’ai 31 ans.

LK : D’où viens-tu ?

M : Je viens du centre de Java, à Yogyakarta, en Indonésie

LK : Comment le graff a-t-il commencé dans ta ville ?

M : En 1999-2000 quand des graffeurs étrangers sont arrivés en Indonésie et ont commencé à tagger des graffitis dans les zones touristiques.

LK : Comment as-tu, toi même commencé à graffer ?

M : Mon mari, Rune a d’abord commencé et je l’ai suivi en 2016. C’est difficile de peindre avec des bombes de spray, de contrôler ses mouvements, de tracer les lignes. Je n’avais pas imaginé à quel point c’est difficile de graffer pour la première fois.

LK: Comment as-tu rencontré Rune ?

M : Nous nous sommes rencontrés à la Biennale de 2009. Rune participait à l’événement.

LK : Pourquoi as-tu choisi de graffer ?

M : J’ai choisi de graffer parce que c’est amusant, et que peu de femmes le font. Je suis aussi toujours entourée de graffeurs.

LK : Pourquoi penses-tu qu’il y a moins de filles que d’hommes qui graffent ?

M : Les filles font plutôt des fresques ici en Indonésie.

LK : Comment peux-tu expliquer que le graff est une activité principalement masculine ?

M : C’est un constat aujourd’hui mais j’espère que les graffeuses seront à l’avenir, ici en Indonésie aussi nombreuses que les graffeurs.

LK : Pourquoi peint-on sur les murs selon toi ?

M : Ce sont belles surfaces, mais cela n’exclut pas la possibilité de graffer sur d’autres surfaces. Il est vrai que la plupart des surfaces pgraffées dans ma ville sont des murs.

LK : Qu’est-ce qui te plaît dans le graff ?

M : J’aime graffer parce que c’est facile pour moi et cela me permet d’explorer la couleur et d’autres techniques que je veux développer. Je peux ainsi donner plus du caractère à mes créations.

LK : Pourquoi mélanger les caractères et les lettres par exemple ?

M : J’adore ça. Mon graff n’est pas « sauvage » ou « old school », il est juste basique et c’est très intéressant de travailler la relation lettre/caractère

LK : Qu’est-ce que cela ajoute-t-il à ton travail ?

M : Il n’y a pas beaucoup de graffeurs qui travaillent sur les caractères et les lettres. J’essaie donc de m’affirmer dans cette direction.

LK : Pourquoi a choisi des lettres simples plutôt que « sauvages » ?

M : Je suis assez content de ce choix car tout le monde peut me lire clairement. J’ai aussi pratiqué un style « sauvage » mais les résultats n’étaient pas bons. Je préfère en rester à la lettre simple.

LK : As-tu dessiné avant de faire du graff ?

M : Oui, je suis allée dans un lycée d’art. Après avoir obtenu mon diplôme j’ai commencé à travailler avec des enfants de maternelle, je leur enseigne les bases du dessin.

LK : Peux-tu nous dire comment tu as commencé à graffé ?

M : J’ai commencé alors que j’accompagnais mon mari et c’était un moment inoubliable pour lui parce qu’il peignait alors avecRime msk. Rime m’a demandé pourquoi, plutôt que d’attendre, je ne me mettais pas à peindre aussi. Il a fait un croquis au mur et m’a demandé de le terminer. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à peindre.

LK : C’était quand ?

M : En 2016

LK : Quelles sont tes influences ?

M : J’en ai beaucoup. Il y a beaucoup de graffeurs qui m’ont inspirée.

LK : Peux-tu m’expliquer comment fonctionne la scène du graff dans ta ville, dans ton pays ?

M : Ma ville est assez grande et on peut voir des graffitis dans tous les quartiers. Nous avons beaucoup de graffeurs mais presque tous sont des garçons. Il y a aussi quelques femmes, seulement 2 dans ma ville. C’est à peu près la même chose dans tout le pays. Il existe aussi de grandes scènes de graff dans d’autres villes.

LK : Le gouvernement a-t-il soutenu un programme d’art mural ? Organisé des expositions autour du graff ?

M : Oui, ils soutiennent la peinture murale mais pas le graffiti. Le gouvernement soutient les artistes connus qui font de la peinture/installation pour les expositions (Biennale et Art Jog)

LK : Quel est le nom des autres filles ? Peins-tu avec elles ?

M : Je connais Weedya et Cauls, sont celles que je commais mais nous vivons dans des villes différentes. Je n’ai pas encore peint avec elles, mais bientôt je le ferai.

LK : Pense-tu qu’il existe un esprit de sororité entre les femmes ou êtes-vous plutôt en concurrence ?

M : Cela dépend de la personnalité de chacun, mais je pense qu’ici nous nous soutenons pour avancer ensemble

LK : Est-il compliqué d’être une femme dans ton pays en règle générale et d’être une graffeuse en particulier ?

Je pense qu’ici, pour les femmes, nous avons beaucoup de liberté pour faire ce que nous voulons faire. Nous avons des écoles et des universités d’art. Cela influence beaucoup la façon dont les gens voient les femmes dans le graff. En outre, être une femme est un avantage parce que les gens sont plus doux avec elles.

LK : En général, est-ce les autorités qui décident de ce que l’environnement devrait être, du genre : pensez-vous qu’il existe un processus démocratique pour changer le paysage d’une ville de manière artistique lorsque vous êtes un simple citoyen ?

M : Ce sont les autorités qui décident de tout. Il est inutile de tenter de transmettre des messages.

LK : Souhaiterais-tu avoir plus de pouvoir politique ou plutôt que les citoyens aient plus de pouvoir politique

M : Je préfère être un citoyen ordinaire parce que les gens ici sont encore facilement influencé par les questions raciales

LK : Quel est le problème des questions raciales ? Peux-tu nous en dire plus ?

M : Ici, la question de la religion peut facilement déclencher des conflits, au-delà des questions de classes

LK : Si les citoyens avaient plus de pouvoir politique, penses-tu que le monde

 serait plus vivable (moins de guerre, de chômage, de pollution…) ?

M : Peut-être que si tous les gens pouvaient mieux se comprendre et se rapprocher, ne pas se replier sur leur ego, peut-être ce serait possible

LK : Comment les politiciens voient-ils le graff dans ta ville, ton pays ?

M : Dans ma ville, ils laissent faire tant que cela n’endommage pas les installations publiques et les lieux de culte.

LK : Que pensent les gens ?

M : Les gens acceptent bien aujourd’hui les graffitis, ils trouvent ça beau.

LK : Quels sont vos rêves ?

M : Mon rêve est de pouvoir continuer à travailler avec mon mari, de continuer à graffer

LK : Quel est ta vision d’un monde parfait ?

M : Que tout le monde puisse vivre côte à côte, s’entraider et être en paix avec la nature. Ne jamais faire la guerre.

LK : Penses-tu que le graff puisse créer, ou du moins aider à créer un monde meilleur, et comment serait-il possible de créer un monde où tous les gens sont heureux ?

M : Ce pourrait être possible pour les personnes qui comprennent l’art. Il y a encore trop de gens qui froncent les sourcils lorsqu’elles voient des graffitis. L’important, c’est de graffer avec plaisir. Peut-être que cela créera un climat plus positif pour les gens.

LK : As-tu des projets pour l’avenir (exposition, voyages…) ?

M : Je n’ai pas de projets pour l’avenir, juste attendre que ce virus se termine car cela a un grand impact sur notre travail.

LK : Merci de m’avoir consacré tout ce temps, j’attends des nouvelles de toi.

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