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Facebook, le casse du siècle

Facebook, le casse du siècle

Le modèle de la gratuité a servi de couverture au Groupe pour monter un système machiavélique à grande échelle: la monétisation des données qui lui permet de ramasser des milliards sous couvert de partage et de collaboration. Un coup de génie du roi de la « manip » qui coûte très cher aux citoyens et à la démocratie. Si le public continue à l’utiliser, c’est parce qu’il n’existe pas d’alternative crédible ! Et si nous relevions le défi ?

Facebook restera comme l’un des grands braquages du XXe siècle au même rang que l’attaque du train postal Glasgow-Londres ou le casse de la Société générale à Nice. Impossible de ne pas reconnaître le coup de génie de Mark Zuckerberg qui transforme une blague de potache en un passage obligé sur la Toile pour l’ensemble des habitants de la planète. Un réseau social qui va devenir en vingt ans une énorme machine à cash et l’une des plus grosses capitalisations boursières au monde. Tout cela repose sur un besoin que Mark Zuckenberg a dès l’origine parfaitement captée : la nécessité d’un réseau qui relie l’ensemble de la planète. Cette fonction qui nous a été offerte sur un plateau est devenue une nécessité et plus encore un vrai facteur de progrès. Merci Mark Zuckenberg, vous avez à travers votre réseau participé à la grande histoire du XXem siècle : une accélération sans précédent de la transmission de l’information. Jusque-là tout va bien, chapeau bas Mark !

Tout cela aurait été constructif – et éthique – si Mark n’avait décidé de la jouer perso plutôt que collectif en montant une grosse arnaque fondée sur la gratuité. Pour un modèle payant et rentable, les clients de Facebook auraient eu à débourser quelques euros par an. Mais l’homme d’affaires bien plus futé que la majorité de ses congénères a construit un business model tout aussi profitable que pervers. En s’appuyant sur la culture hippy et l’économie de la gratuité il met au point un système machiavélique – la monétisation des données – qui lui permet de ramasser des milliards sous couvert de partage et de collaboration. La recette est simple : « Je t’offre un service gratuit et en échange je pompe – sans même que tu le saches – les données que tu partages qui seront ensuite monnayées auprès d’organisations avides de connaître les plus intimes de tes comportements. » Les entreprises ont alors imaginé des combinaisons assez banales comme la publicité ciblée ou des algorithmes complexes pour affiner leurs stratégies. Ou plus grave, des institutions ont construit avec l’aide de geek surdoués des machines de guerre capables de manipuler la politique, les Etats, la Bourse, l’économie, et de mettre en danger la démocratie…

Super cool. L’argent coule à flot et permet au milliardaire d’agrandir jour après jour son empire, renforçant sa position à travers des rachats et des investissements que seules quelques entreprises de la tech peuvent supporter. Il faut reconnaître à Mark, le roi de la « manip », son génie en matière de management ; les actionnaires investissent massivement. Facebook pèse plus lourd que la majorité des Etats et possède assez de cash pour garantir sa position dominante sans être inquiétée à court terme. Vous pourrez rétorquer que tout cela est assez banal, que ce comportement prédateur est un trait dominant du modèle capitaliste, le seul modèle que nous connaissons et qui fonctionne le moins mal. Alors bon, pas de quoi fouetter un chat !

À part que dans le cas de Facebook, cela prend une autre ampleur. Le comportement de l’entreprise et de son dirigeant-fondateur charismatique commence à alerter. Depuis l’affaire Cambridge Analytica qui a permis de révéler les pratiques occultes (mais légales) du Groupe à grande échelle, les comportements troubles de l’entreprise ne cessent de faire surface et l’image de son dirigeant-fondateur charismatique commence à se ternir. Le public est tenu en alerte par ses positions à géométrie variable et le pouvoir sans limites d’un réseau que, hormis une poignée d’actionnaires, personne ne contrôle. Nous constatons tous les jours qu’il a cette fâcheuse tendance à charrier dans ses tuyaux des systèmes de plus en plus abjects, des fake news, des outils de surveillance et de contrôle que Mark n’est pas vraiment pressé de circonscrire. Alors, on fait quoi ?

Pourquoi ne pas utiliser cette perte de confiance comme un levier pour faire basculer les citoyens sur un nouveau réseau et proposer un business model fondé sur l’intérêt commun plutôt que sur des intérêts privés par nature enclins à maximiser les profits au détriment des utilisateurs. Naïf, me direz-vous ? Si personne ne peut se passer de Facebook mais tout le monde déteste. Si le public continue à l’utiliser, c’est parce qu’il n’existe pas encore d’alternative crédible ! Or plusieurs critères sont réunis pour faire émerger un nouveau réseau. Outre la perte de confiance, son obsolescence ne répond plus aux besoins des jeunes générations. Il nous manque juste l’imagination et l’ambition pour faire émerger un nouveau réseau. L’imagination pour proposer un service en adéquation avec les nouvelles pratiques d’échange et de collaboration et l’ambition pour imaginer un montage financier qui préserve les intérêts des utilisateurs. Ce n’est pas au sein de la french Tech ou de la Station F que l’on va pousser ce genre de projet mais en faisant émerger d’autres entrepreneurs désireux d’une autre ambition pour la planète. Ces entrepreneurs existent mais ils sont encore invisibles. Cherchons-les et proposons-leur le deal…

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