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L’interview de Kouka par Itvan Kebadian

L’interview de Kouka par Itvan Kebadian

Tu viens du graffiti classique avec en parallèle un travail de peinture en atelier en école d’art. Comment as-tu dans un premier temps mené ces deux disciplines en parallèle, et qu’est qui t’a fait sortir du graffiti pour produire des peintures murales dans la rue?

Quand je suis rentré en école d’Art, je pratiquais déjà le graffiti depuis plusieurs années. Pour moi c’était deux univers totalement séparés qui, à cette époque n’étaient pas prêts à faire un pas l’un vers l’autre. Ce sont les voyages qui m’ont poussé à m’ouvrir et à concilier ces deux pratiques pour affirmer ma singularité et mon multiculturalisme. Finalement j’avais envie d’exprimer qui j’étais, au delà des cercles fermés de l’Art contemporain ou du graffiti. C’est aussi ça être métisse.

En 2008, tu fais un voyage en Afrique et tu commences à travailler sur l’image ethnographique avec ta série des guerriers Bantous. Peuttu nous en parler. 

Revenir en Afrique m’a permis d’appréhender l’Art de manière beaucoup plus libre et spirituelle. Lorsque je me suis intéressé à l’histoire de mon pays, cela a été très difficile de trouver des images qui traduisent une réalité que je vivais la bas sans tomber dans les clichés exotiques qui répondent à des fantasmes coloniaux européens. 

J’ai commencé à revisiter ces photos ethnographiques qui constituent le seul héritage visuel de cette partie du continent et à la repeindre dans l’espace publique. Le but de cette démarche était de réécrire l’histoire et de faire de ces esclaves pris en photo à des fins d’études, de classifications, ou de propagande, des « Guerriers Bantu », symbole de fierté, de verticalité et de mémoire… 

Quand on voit ton travail , on pense aux  images coloniale, à ses tabous. Penses- tu que tes oeuvres  en un sens décolonisent le regard. Du fait notamment que tu les inscris dans l’espace publique ?

Le danger de l’image est qu’elle propose une réalité empirique qui peut être un outil de propagande très efficace . Les images ethnographiques véhiculent ainsi dans l’inconscient collectif le portrait d’une Afrique docile, domptée par le paternalisme colonial européen. Lorsque je peins ces personnages dans l’espace publique, j’offre au spectateur la possibilité de s’interroger sur l’identité de ces femmes et de ces hommes: D’ou viennent-ils ? Comment sont ils apparus? Est-ce que ce sont des guerriers ? ça force à l’empathie ! Surtout dans une société de spectacle ou la grande majorité des héros sont blancs, riches et machiste 🙂

Pourquoi certaines images une fois dans l’espace publique deviennentelles controverse, politique,  voir même tabou? Cela nous fait nous demander à qui appartient l’espace publique ? A qui appartient l’orientation du regard ?

Encore une fois le contrôle de nos sociétés se fait par l’image. Plus tu uniformises, plus tu contrôles. Lorsqu’une image publique ne va pas dans le sens du pouvoir, elle est détruite et on en arrive à ce que des graffeurs soient jetés en prison. Nous avons perdu cette liberté de pouvoir disposer de notre espace commun au profit d’un espace marchand et finalement l’espace soit disant publique a été intégralement privatisé. Lorsqu’on observe le mépris avec lequel nos politiques considèrent la culture et les arts comme quelque chose de non-essentiel on comprend alors que l’expression artistique n’a pas sa place dans le débat publique. Je pense qu’il ne tient qu’à chacun d’entre nous d’orienter son regard vers la beauté, l’amour et la vérité intérieure.

Croistu en un futur dans lequel une branche du street art moins attaché à l’illustration deviendrait à nouveau subversif ?

La branche illustrative du street art passera avec les modes. En revanche, il sera impossible de revenir en arrière et d’ignorer avec quelle liberté le Graffiti s’est réapproprié l’espace publique. Il n’y a qu’à voir la détermination avec laquelle certains prennent des risques pour mettre en image leur convictions, pour constater à quel point la dimension politique de cette pratique demeure intarissable. Qu’il s’agisse d’affirmer son existence, de célébrer sa liberté, ou d’éclairer le monde de sa propre vérité, je suis convaincu que toutes formes d’expression artistique diffusée au sein l’espace publique joue un rôle de catharsis face à la violence des gouvernements. 

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