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“BIJOUX HIP-HOP MADE IN FRANCE” INTERVIEW DE ANJUNA BIJOUX PAR VENENO

“BIJOUX HIP-HOP MADE IN FRANCE” INTERVIEW DE ANJUNA BIJOUX PAR VENENO

Mes bijoux se sont retrouvés sur les podiums à défiler sur de superbes mannequins. J’étais très fière de voir, moi la petite gamine de banlieue du 94, que des créateurs comme Lagerfeld venaient me chercher pour collaborer avec moi et élaborer des tags sur des bijoux.

Veneno : J’ai rencontré Anjuna bijoux (créatrice de bijoux hip-hop que l’on ne présente plus) il y a huit ans à Paris. J’avais exposé quelques-unes de mes créations réalisées au crochet (bombes de peinture et sneakers) dans sa petite boutique-atelier, rue Faidherbe. J’avais alors fait la connaissance de ce petit bout de femme à la fois talentueuse et très humaine.
Aujourd’hui elle répond à mes questions
.
 

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Béa aka Anjuna. Je suis bijoutière dans l’univers du Hip-Hop depuis 1995.


Quelle est ta formation artistique ?

J’ai fait l’école Boule pendant cinq ans dans la ciselure. J’ai appris à travailler le métal et autres dessins, volumes etc.

Tu es LA référence dans la création de bijoux dans le milieu Hip-Hop en France, comment t’est venue l’idée de créer des bijoux à la manière de ceux qui sont apparus aux USA au milieu des années 70 ?

L’idée de créer des bijoux dans le milieu Hip-Hop m’est venue dans les années 90 car j’avais des amis qui revenaient de New York avec des bijoux, des bagues de là-bas. Personne ne pouvait les réaliser en France. J’ai donc commencé à les réparer et l’idée m’est venue de les faire directement. J’avais placé des bijoux dans le magasin Ticaret. De petites broches Hip-Hop, des petites baskets, des boucles d’oreilles Nike, Adidas etc. La clientèle était au rendez-vous et les commandes de bagues avec les blases (les noms) des gars de Paris sont arrivées. Les premiers ont été DJ Kost et DJ Siens.


À la différence des bijoux Hip-Hop des States, les tiens sont entièrement fabriqués à la main et sont donc des pièces uniques. Peux-tu nous expliquer pourquoi tu as un attachement à l’orfèvrerie traditionnelle ?


Les miens sont fabriqués à la main car je n’avais pas de machine pour le faire à l’époque. J’ai utilisé la technique de la fonte à la cire perdue, technique ancestrale de plus de 2 000 ans.
Je trouve ça délire d’utiliser des techniques ancestrales et traditionnelles pour créer du contemporain. Mon attachement vient aussi sûrement de ma formation à l’école Boule qui nous apprend de vieilles techniques mais aussi des nouvelles dans les Métiers d’Art et en même temps à être créatif.

Comment as-tu décidé d’amener le concept en France et comment se sont passés tes débuts ? Premières commandes, premiers clients ?

Il n’y avait personne à l’époque qui créait des bijoux en France dans ce style. Forcément ça m’a donné des idées.
J’ai quand même galéré avec mes premières bagues, car il n’y a aucune soudure dessus et il fallait que ça ait de la gueule ! Techniquement, c’est difficile à réaliser.

Pour certaines de tes créations, c’est toi personnellement qui te charges de faire le tag, as-tu un passé de tagueuse ?

Pour certaines des créations je propose différents lettrages graffitis et tags.
Je n’ai pas forcément un passé de tagueuse, mais forcément quand tu traînes avec des tagueurs tu utilises les mêmes outils, donc oui je tague un peu.
Je suis membre du « 1984 Crew » depuis presque 20 ans.

Tu as collaboré avec des artistes tel que le graffeur Darko pour la réalisation de bijoux. Comment se passe ce genre de collaboration ?

Nous avons réalisé une collection de bijoux notamment des boucles de ceinture avec tout l’alphabet. Il dessinait, on réfléchissait ensemble et j’effectuais les maquettes.
Nous avons réalisé aussi des bagues, pendentifs, boucles d’oreilles etc.
Pour moi, c’était plus qu’une collaboration, parce que chacun de nous apprécie vraiment le travail de l’autre. Ce sont des rencontres, des bons feeling. Ça n’arrive pas avec tout le monde.

Quelle est la création que tu as le plus aimé réaliser, dont tu es la plus fière ? Peux-tu nous raconter son histoire ?

J’ai plusieurs créations dont je suis fière, notamment j’ai collaboré avec Lagerfeld pendant trois ans.
Mes bijoux se sont retrouvés sur les podiums à défiler sur de superbes mannequins. J’étais très fière de voir, moi la petite gamine de banlieue du 94, que des créateurs comme Lagerfeld venaient me chercher pour collaborer avec moi et élaborer des tags sur des bijoux.
Le hip-hop se retrouvait sur le devant de la scène ! C’était trop la classe que des grands noms de la couture française insèrent dans leur collection l’univers du graffiti, c’était juste génial ! Il y a pas mal de pièces dont je suis fière en réalité. Il me vient à l’esprit une bague quatre doigts avec des pierres semi précieuses et un tag réalisé en 1999 qui a remporté le premier prix des Métiers D’Art en Seine-Saint-Denis.
Cette pièce fut validée par un comité de MOF (Meilleur ouvrier de France).
Ils ont été sidérés de voir la qualité et l’originalité de mon travail.
Grâce à ce prix, j’ai pu exposer au salon Maison et Objets et je me suis fait connaître du grand public.

Quelle fut la commande la plus bizarre ou originale que tu as dû concevoir ?

Parmi les créations les plus originales, il y a eu des porte-micros pour les NRJ Music Awards mais, il y en a eu tellement d’autres… Comme par exemple, un pendentif pour Snoop Dogg et remis en main propre lors d’une soirée Adidas, avec lesquels j’ai collaboré pour leur créer des bagues exceptionnelles avec leur logo.

Il y a aussi des bijoux marketing pour Kylie Minogue et Madonna, commandés par les labels pour la sortie de leurs albums et d’autres bijoux pour Diam’s, Sté Strausz, Lord kossity, La Fouine …
Mais également des accessoires pour des films comme la fameuse bague quatre doigts de Fatal Bazooka.

Comment se passe la réalisation d’une pièce, depuis la commande du client jusqu’à la remise en main ?

Pour réaliser un bijou Anjuna, Il me faut sa taille de doigts, son dessin ou lettrage. Le client peut me le fournir, mais je peux aussi lui en proposer une dizaine de différents. Ensuite il choisit le modèle et je passe à la fabrication. La livraison se fait généralement en main propre sur la région Parisienne ou en recommandé, en province ou vers l’Europe. 

Tu as conçu des bijoux pour plusieurs Crews de graffiti Parisiens, mais aussi venant de la France entière, as-tu des projets qui t’ont marqué plus que d’autres ?
As-tu des anecdotes à ce sujet ?
Peux-tu nous raconter comment les graffeurs fonctionnent-ils pour les commandes de bijoux dit « du Crew » ?


J’ai créé plusieurs bijoux pour des Crew parisiens comme les TWE , AOS, TPK…
Ils viennent avec une idée bien précise et avec le lettrage. Je rajoute le blase sur les côtés ou pas. En gros, ça se passe vraiment comme chez un tatoueur. C’est le client qui décide ce qu’il veut exactement, c’est ça qui est marrant.

Le graffeur SEEN surnommé le « Godfather of Graffiti » figurent parmi tes clients, qu’elle fut ta réaction lorsque tu as reçu les commandes pour ce bijou ?
Ce genre de projet t’a-t-il ouvert d’autres portes ?


J’ai effectivement créé des bagues pour les rois du graffiti new-yorkais comme Seen et Tkid.
J’étais trop fière de réaliser leurs propres tags ! Je savais que ça allait compter pour ma crédibilité, validée par des légendes du graffiti. C’était juste énorme !

Anjuna en compagnie du graffeur New Yorkais Seen.

Racontes nous tes années rue Faidherbe…

Pendant 13 ans j’ai tenu une boutique à Paris dans le 11e , rue Faidherbe .
Il y avait beaucoup de passage entre les copains, les clients, parfois des artistes, les stagiaires, les apprentis, on rigolait bien. La partie atelier avec les établis se situait dans la cave et la partie boutique avec les vitrines était à l’étage.

On organisait des expos-soirées. Des gars ramenaient des micros, ça rappait sur le trottoir. La boutique était noire de monde ! ahah ! Je travaille maintenant dans un atelier à Montreuil avec une équipe de métalliers d’art. C’est super aussi, j’apprends d’autres choses, d’autres techniques.

Crédit photo : Valérie Servant
Crédit photo : Valérie Servant

Quels sont tes futurs projets ?

Mes futurs projets… réaliser des pièces incroyables, même si ça prend beaucoup de temps. Avec des pierres précieuses, du volume, de l’émail et avec des techniques différentes sur le même bijou.
Je crée plus de volume maintenant en plastiline. C’est une matière un peu comme de la pâte à modeler, que je moule ensuite avec du graffiti dessus. « Work in progress »…

Comment vois-tu la scène graffiti parisienne ?

La scène graffiti parisienne, comment dire ?  En ce moment, il y a beaucoup de métros bien défoncés. Le retour du vandale c’est top, il ne faut rien lâcher même si c’est plus dur maintenant avec plus de caméra, etc. mais en même temps, c’est plus facile car il y a Internet pour communiquer, diffuser et tu peux voir beaucoup plus de styles différents.
Et surtout maintenant y’a beaucoup plus de filles et c’est tant mieux !
À l’époque c’était dur d’être une fille dans le mouvement Hip Hop. Il n’y en avait quasiment pas. C’est bien, ça s’est démocratisé et c’est accessible à tous et toutes maintenant je trouve.

Que peut-on te souhaiter ?

Qu’est-ce qu’on peut me souhaiter ? Et bien que ça continue, faire de nouvelles collaborations avec d’autres artistes, prendre plaisir à créer des choses…
Faire plus de projets personnels car j’ai plein d’idées mais peu de temps pour les réaliser.

https://www.anjunabijoux.com/
https://instagram.com/anjunabijoux
https://www.facebook.com/ANJUNA-BIJOUX

View Comment (1)
  • Un travail magnifique et fidèle à l’esprit graffiti. bravo. Il faut que je commande une bague maintenant… 🙂

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