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« La vérité pour Adama » et pour la crédibilité de la France

« La vérité pour Adama » et pour la crédibilité de la France

La dernière expertise diligentée par les juges d’instructions dans l’affaire Adama Traoré rejoint sans équivoque celle défendue par la famille. Pourquoi ce déni de vérité, quatre ans et demi de procédures, d’enquêtes et d’expertises hâtives et mensongères ? Un mensonge d’état. Pourquoi ce déchaînement de haine contre une famille qui ne demandait qu’une seule chose ; la vérité. Il est nécessaire de pousser maintenant cette enquête jusqu’à son terme, non par vengeance mais pour la crédibilité de la France.

Les conclusions du dernier rapport d’expertise médicale dans le dossier d’Adama sont arrivées cette semaine sur les bureaux des juges d’instruction. Pour la première fois l’avis des experts mandatés par la justice en 2020 rejoint celui que la famille défend depuis quatre ans et demi. Plus qu’une « asphyxie positionnelle », les médecins belges expliquent que « ce qui pourrait être en cause ici est une asphyxie par contrainte, ou asphyxie de contention […] Sans l’application de ces manœuvres de contrainte, on peut penser que monsieur Traoré n’aurait pas présenté l’évolution dramatique constatée ensuite ». Ils excluent que la sarcoïdose pulmonaire ait pu causer son décès, tout en considérant « plausible » qu’elle ait pu « constituer un facteur aggravant ». Quant à la consommation de cannabis, elle apparaît, selon eux, « soit inexistante, soit anecdotique » dans le processus létal et n’a pas joué de « rôle direct ». La dernière expertise qui exonérait les gendarmes ayant été annulée par la justice, c’est de fait celle datée du 19 janvier 2021 qui aujourd’hui fait foi.

Cette nouvelle étape dans l’instruction inscrit Assa Traoré et cette affaire dans l’histoire française. Par sa détermination et son charisme, elle aura contribué à placer notre pays face à ses plus criantes contradictions ; les comportements de la police que l’on sait acquise dans sa majorité au Front national et qui discrédite l’ensemble de l’institution ; le racisme avec les déferlements de haine qui se sont déchaînés dans les médias sur Assa Traoré et sa famille alors qu’elle ne réclamait qu’une seule chose : la vérité ; les contrôles au faciès qui relèvent d’excuses fallacieuses. Le constat est accablant pour le pouvoir, les médias, les relais d’influence qui ont balayé d’un revers de main les demandes légitimes d’une famille en droit d’attendre une enquête approfondie. « C’est toute une famille heurtée de plein fouet par un drame qui tente de survivre à la destruction psychologique menée aujourd’hui encore par les autorités », dit Assa Traoré.

Il est aujourd’hui évident que les conclusions du juge d’instruction après quatre années de procédures, d’enquêtes et d’expertises contradictoires ont été hâtives et mensongères pour justifier l’injustifiable. Un mensonge d’État qui salit la mémoire d’Adama, une volonté de classer au plus vite une affaire pour exonérer les services de police et l’État de ses responsabilités envers ses citoyens. C’est une idée de la justice, c’est la justice tout court qui aura été bafouée. On est en droit de s’interroger. Pourquoi les valeurs d’égalité, d’accès au droit et à la justice pour tous qui sont une priorité pour notre République sont-elles ôtées à certains individus et certains quartiers ? La question est clairement posée sans que les autorités ne cherchent à nous donner un début d’une réponse.

Preuve en est le « Beauvau » de la sécurité organisé par le ministère de la Justice qui prête à rire tant il relève de l’exercice de communication. Aucun collectif de citoyens, de représentants de la société civile et pas le moindre universitaire spécialisé n’étaient présents alors que l’ordre du jour était le lien entre les forces de l’ordre et la population. « C’est un peu le rendez-vous de l’entre-soi, se désole Mohamed Mechmache, responsable du collectif Aclefeu, comme si on voulait faire pour nous mais sans nous, c’est-à-dire contre nous. » Les associations auraient pu faire valoir leur expertise, le besoin d’une police à l’image de la population des quartiers, des gradés compétents capables de faire de la prévention, de jeunes policiers mieux formés. Pour réconcilier la police avec la jeunesse, une adaptation de la police « à la société de l’image » est nécessaire, préconise M. Darmanin. Affligeant. Une telle entreprise pourrait notamment être menée, d’après le ministre, à travers des « séries télé » inspirées de l’exemple du Bureau des légendes, le programme culte de Canal+ mettant en scène des espions de la Direction générale de la sécurité extérieure, véritable succès d’influence pour les services secrets français.

Pour preuve encore, cette défiance des politiciens, intellectuels, journalistes qui mettent en garde contre les idées progressistes américaines – notamment sur la race, le post-colonialisme – qui saperaient la société française. D’éminents intellectuels se sont regroupés pour s’opposer à la contamination des universités par le gauchisme incontrôlable des campus américains. Le président Emmanuel Macron lui-même se ridiculise en pointant la menace pour l’identité française et la République française, de certaines théories des sciences sociales entièrement importées des États-Unis. C’est ignorer toute une génération montante qui voit dans ces théories des outils pour comprendre les points aveugles d’une nation de plus en plus diverse qui écarte les notions de race et refuse en bloc son passé colonial. Une politique identitaire qui fait fi des préoccupations des minorités.

Dans le numéro de fin d’année du Time magazine consacré aux femmes et aux hommes qui ont fait l’actualité en 2020, Assa Traoré a été désignée aux côtés d’autres organisations et militants antiracistes. C’est « une consécration » pour la militante qui demande « à la France de prendre ses responsabilités » sur les questions de violences policières. « France, le monde vous regarde », a également tweeté la journaliste et militante Rokhaya Diallo. Il n’y a aucun doute qu’Assa Traoré saura aller au bout de cette affaire. Qu’elle continuera son combat pour la vérité non pas dans un esprit de revanche mais pour la crédibilité de la France. Beaucoup d’entre nous seront là pour la défendre et défendre l’une de nos plus précieuses conquêtes, la justice pour tou.tes.s.

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