pixel
Now Reading
“LA PEINTURE POUR RENDRE HOMMAGE AUX MILITANTES D’AUJOURD’HUI.” INTERVIEW DE L’ARTISTE MAHN KLOIX

“LA PEINTURE POUR RENDRE HOMMAGE AUX MILITANTES D’AUJOURD’HUI.” INTERVIEW DE L’ARTISTE MAHN KLOIX

“Les portraits que je réalise sont un écho de notre monde en mouvement.
En voyageant et en observant autour de moi je vois plein de gens qui se battent et se débattent pour faire évoluer le monde qui les entoure. Ce sont eux qui m’inspirent.”

Peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours ?

Salut je m’appelle Mahn. J’ai 40 ans. J’ai atterri à Marseille il y a 10 ans où j’ai désormais mon atelier. Je peins et parfois je colle des portraits de nos contemporains dans l’espace public.

Quand on voit ton travail artistique, on a le sentiment qu’il est guidé par des rencontres, tu as peint récemment le portrait de la chanteuse Kurde Nûdem Durak, emprisonnée en Turquie ; celui de Greta Thunberg, tu as à plusieurs reprises peint avec les Femens, comment se font ces rencontres ?
Comment choisi tu tes sujets ?

Les portraits que je réalise sont un écho de notre monde en mouvement. Nos générations font face à la mondialisation, la crise environnementale, l’émancipation des genres, les flux migratoires. C’est une époque pleine de défis. En voyageant et en observant autour de moi je vois plein de gens qui se battent et se débattent pour faire évoluer le monde qui les entoure. Ce sont eux qui m’inspirent. C’est leur refus d’un fatalisme et une envie de faire valoir leurs droits qui me pousse à les mettre en avant dans l’espace public. Comme pour laisser une trace de ces héros du quotidien. Comme pour dire que tout est possible. Comme pour dire que tout le monde peut agir.

Je rencontre parfois auparavant les gens dont je fais le portrait. Parfois non. Parfois je n’ai pas leur contact. Parfois ils viennent à moi. Comme pour Nûdem Durak. C’est une chanteuse Kurde, enfermée dans une prison Turque par le régime d’Erdoğan pour avoir chanté lors de manifestations kurdes. Elle a pris 19 ans. Lorsque la fresque que j’ai faite en son soutient a été diffusée sur les réseaux sociaux, un comité de soutien à sa cause l’a vu, a contacté son frère avec qui j’ai pu discuter. Il lui a ensuite emmené des photos de la fresque en prison pour les montrer à Nûdem. Il y a un échange qui se créer.

Concernant Femen c’est moi qui les ai contactées car le voulais faire un projet avec elles. On s’est rencontrés à Paris avec Inna Shevchenko et Sarah Constantin, dans un café. Je leur ai présenté l’idée de mon projet que l’on a construit ensemble par la suite jusqu’à mener une action commune avec l’une d’elles Sofia Sept.

Portrait de Nûdem Durak

Tu peins beaucoup de femmes amoureuses et activistes. Peux-tu nous parler des luttes sociales et politiques pour lesquelles ton art s’est engagé ?

J’ai beaucoup de mal avec les mots répression, oppression, domination. Dans un monde pour ne pas dire idéal mais simplement évolué je rêve que nous puissions tous jouir de notre corps et être libre dans nos déplacements et notre esprit. Sans parler de liberté absolue car ce n’est qu’un mot et un concept, je suis sensible à la liberté de choisir sa sexualité, son genre, son mari, sa religion ou son athéisme, ou tout simplement son apparence. Alors oui de force, la question de la représentativité des femmes s’est imposée depuis longtemps dans mon travail car elles sont plus oppressées que les hommes et ainsi que par le choix de l’orientation sexuelle. Une des histoires les plus fortes que j’ai partagé à ce sujet est celle de Shaza et Jimena. C’est l’histoire de deux jeunes amantes dont l’une est espagnole et l’autre est née en Égypte et a des parents vivant à Dubaï. Ces derniers apprenant son homosexualité lui mentent au sujet de la santé de sa grand-mère afin qu’elle les rejoigne. Une fois sur place elles seront séquestrées elle et son amante par les parents dans un pays ou l’homosexualité est passible de la peine de mort. Elles s’enfuiront via l’Arménie puis seront enfermées en Turquie avant d’être rapatriées en Espagne. C’est un peu les Roméo et Juliette de notre monde moderne.

Le M.U.R. d’Oberkampf

En 2018, tu participes au premier Black lines ” Fake démocratie “, et en organise un à Marseille. Comment vos chemins se sont-ils croisés ?

Nos chemins se sont croisés avec l’artiste Itvan Kebadian lorsque nous peignions une fresque à l’atelier des Épernons. Itvan est membre du TWE crew et m’a convié à une session Black lines à Paris. J’ai kiffé peindre en plein Paris une fresque à 12 personnes remplies de messages forts socialement et politiquement. Cela m’a paru évident d’en organiser une à Marseille.

Pense-tu que l’artiste a un devoir de témoignage et d’expression face aux injustices sociales ou les dérives autoritaires du gouvernement ?

C’est une des raisons pour laquelle je peins dans la rue.

Peux-tu nous parler de tes voyages : Tunis, Madrid, Athènes, New York ?

C’est mon premier projet qui m’a amené à me rendre dans ces villes. J’ai suivi plusieurs mouvements de contestation sociale, de Occupy Wall Street aux indignés en passant par les printemps arabes qui s’étaient tous déroulés en 2011. Cette année-là Times magazine avait élu personne de l’année les protestataires. Le photographe Peter Hapak était alors parti à la rencontre de nombre d’entre eux pour faire leur portrait. C’est sur cette base photographique et avec l’accord de Peter Hapak que j’ai commencé à dessiner tous ces gens, puis je me suis rendu là où ils avaient manifesté et j’ai collé leur portrait sur place. Comme un travail de mémoire. J’en ai rencontré certains que j’ai interviewé. Encore des rencontres et des témoignages de notre époque…

New York – Brooklyn – collage

On a l’impression que depuis quelques années une ligne artistique est en train de se développer entre le graffiti et le street art qui est engagé, presque politique, qu’en penses-tu ?

Haha d’habitude je ne donne pas mon avis sur le sujet mais puisque c’est toi !

Je pense que le street art ainsi que le graffiti sont mous politiquement. Ils sont dominés par une économie de marché qui les empêche d’être engagés. On parle désormais d’art urbain contemporain et du post-graffiti. Les gens achètent pour mettre dans leur salon des oeuvres d’artistes propulsés par des galeries qui financent les magazines et festivals dans lesquels ils les mettent en avant… Du coup les artistes que l’on voit le plus font souvent de l’art de salon. C’est dit de manière brute mais c’est une réalité. Beaucoup d’artistes qui sont présents dans les grandes galeries ne se font plus chier à aller peindre dans la rue, mis à part pour un festival ou un privé. Tu couples ça avec le fait que la plupart des festivals sont tributaires des financements publics ainsi que de la validation des projets sur les murs par leurs propriétaires, rares sont ceux qui peuvent se permettre de se battent pour placer un art engagé dans leur festival…

Après il y a toujours des exceptions, certains artistes reconnus continuent malgré tout d’avoir un art engagé, certains festivals ou privés laissent libre cours à l’expression des artistes auxquels ils font appel mais ce n’est clairement pas la tendance générale.

Je ne jette la pierre à personne ce sont juste des constats. Chacun fait bien ce qu’il veut, personnellement je n’en ai un peu rien à faire.

Cela dit quand je vois la marianne de Shepard Fairey placée par son galeriste en plein cœur de Paris (en même temps qu’au-dessus de la tête de Macron dans le bureau présidentiel) se faire affubler de larmes de sang par les membres de HIYA à l’ancienne la nuit sur cordes ça me fait bien sourire…

S’il existe une ligne artistique est en train de se développer entre le graffiti et le street art qui est engagée, presque politique, elle est uniquement là.

Page HIYA : https://street-art.hiya.gallery/collections/mahn-kloix
Site : www.mahn.fr
Facebook : www.facebook.com/mahnkloix
Instagram : www.instagram.com/mahnkloix

View Comments (0)

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Scroll To Top