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Les femmes et le hip hop pour la culture : GENR.ES, le freestyle inclusif

Les femmes et le hip hop pour la culture : GENR.ES, le freestyle inclusif

le cypher GENR.ES

Andréa Etondè, 30 ans, Content Specialist chez TikTok et journaliste est la créatrice de GENR.ES sur Instagram et sur YouTube. Le concept est simple : des cyphers (freestyles collectifs) exclusivement féminins pour mettre les projecteurs sur toutes ces femmes qui font du hip hop, qui sont bourrées de talents et qui galèrent pourtant à percer. Un projet pour revitaliser la culture, lancé pour le kiff mais pas sans ambition. Le tout dernier est sorti il y a quelques jours, et c’est du lourd.

Les artistes : Ayelya, Assad, Baeredith

HIYA! : Salut Andréa et ravi de faire ta connaissance. Bravo à toi pour ce superbe projet ! Pour commencer, pourquoi et comment as-tu créé GENR.ES ?

Andréa : A la base, je kiffe le hip-hop et je voulais voir des meufs rapper. J’avais prévu de faire un one shot pour le 8 mars 2020. C’était déjà compliqué à mettre en place avec le confinement, mais je suis quand même parvenu à sortir le premier, filmé dans un appart avec une équipe 100% féminine. Sauf que derrière plein de gens sont venus me voir pour savoir quand serait le prochain (dont des mecs qui me supplient pour passer !), comment faire pour les castings, etc. Un an plus tard, on en est là et le projet est devenu “engagé” au passage. Moi, j’ai juste voulu créer quelque chose que je voulais voir exister, je ne cherche pas les likes. Mais si ça résonne chez les gens, j’en suis heureuse.

Dans ta bio, tu signes #ForTheCulture. Qu’est-ce que ça veut dire ?

L’idée c’est de faire une sorte de gentrification inversée : mixer ce qui représente la culture d’antan avec ce qui représente la culture d’aujourd’hui, donc le hip-hop. C’est une forme de respect, mais aussi une invitation à sortir des cases. Avec GENR.ES, on défend l’idée qu’il faut créer des ponts dans la culture et que les femmes doivent être représentées. Donc j’organise des cyphers exclusivement féminins dans des lieux de la culture patrimoniale. Je rêve d’en filmer un dans l’Opéra Garnier ou à Versailles ! On aimerait aussi faire dialoguer artistiquement des artistes plus old-school avec des plus jeunes. Tout ça demande beaucoup de travail, mais on est motivées et on avance. 

Et plus spécifiquement sur la visibilité des artistes hip hop féminines ?

On est dans l’ère des rappeuses, elles rivalisent largement avec les hommes. Sauf en France. J’aurai du mal à t’en citer plus que 5 facilement. Celles qui ont les skills et l’envie de freestyler sont encore plus rares. Et je vois en plus des gens qui commentent : « J’aime pas les meufs qui rappent » ! Cette situation me rend perplexe. Tout le monde écoute des rappeuses, la seule différence ici c’est qu’elles rappent en français. Il y a un enjeu de visibilité énorme. Aujourd’hui, le seul espace d’expression c’est Planète Rap, plus ou moins et quand elles sont invitées. Ce sont des femmes, mais ce sont aussi des artistes. Elles méritent un playground à leur hauteur et on doit faire émerger les nouveaux talents.

Quelles sont les difficultés que tu rencontres ?

J’ai grandi et longtemps vécu en France, mais j’ai aussi habité à New-York et maintenant à Londres. Le problème dans le monde francophone, c’est que tout est chiant. Chez les anglo-saxons, on aime l’argent (peut-être trop), mais du coup quand on voit des jeunes motivés on les soutient et on y va à fond. En France, on croise plein de gens hyper bienveillants, mais les choses n’avancent pas. Et je ne suis pas très patiente ! Mais bon, on ne lâche pas et on rencontre pas mal de force sur la route, comme avec Manifesto XXI. On a aussi cette étiquette “politique” qui a été attribuée au projet. Mais peut-on créer sans prendre position ?

Merci beaucoup pour cette discussion très cool Andréa ! Une dernière question : c’est quoi l’ambition pour toi aujourd’hui ?

On est parties pour ne plus s’arrêter. On a plein de projets : des lieux à explorer, des talents à faire percer, des collabs à nouer… Demain si tout se passe bien, GENR.ES c’est le prochain Colors : une nouvelle norme, le playground de référence. Je veux que les gens aillent voir un bon contenu hip-hop, pas des femmes qui rappent.

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