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La Chine, le pays ou les dirigeants sont dans le déni

La Chine, le pays ou les dirigeants sont dans le déni

Les insultes volent très bas, “Petite frappe”, “Hyène folle”, “troll idéologique”, les outrances et les mensonges des dirigeants Chinois parasitent l’immense héritage spirituel et culturel dont la Chine a fait preuve au cours de son histoire. On croit rêver devant un tel archaïsme qui dynamite tous les efforts consentis par la Chine pour se moderniser et atteindre le premier rang mondial. C’est pourtant en Asie, plus généralement en Chine, que l’art est en train de se reformuler en créant de nouveaux langages. Les Chinois sont-ils prêts à sacrifier leur liberté et à s’enfermer dans une logique de soumission sans contrepartie ?

Le loup-guerrier a encore frappé : dans le bulletin de l’ambassade de Chine, l’ambassadeur chinois à Paris Lu Shaye accuse les soignants des Ehpad « d’abandonner leurs postes du jour au lendemain […], laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie ». Trois semaines plus tard il montre La Mort vêtue du drapeau américain, une étoile de David sur sa faux, frappant à la porte de Hong Kong après avoir ensanglanté l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Ukraine et le Venezuela. Enfin, il insulte vertement le chercheur Antoine Bondaz en le traitant de « Petite frappe », de « hyène folle » de « troll idéologique » parce qu’il avait évoqué la question de Taïwan. Tel est le nouveau visage de la diplomatie chinoise incarné par Lu Shaye. L’offensive est lancée !

Longtemps, les dirigeants chinois ont fait croire que tout se passerait dans la plus parfaite des harmonies, que leur passage au rang de première puissance mondiale se ferait dans l’échange et le respect. Aujourd’hui le monde se réveille devant une dictature. Et pas n’importe quelle dictature : une dictature à l’ère de l’intelligence artificielle où la prison est « consentie » et à ciel ouvert. Là où  l’on aurait pu s’attendre à une « normalisation » démocratique sous l’ère Deng Xiaoping, le « fils du ciel » Xi Jin Ping a renoué avec l’idée ancestrale d’une Chine comme juge universel du bien et du mal. Demain, en 2049, si l’on en croit la rhétorique chinoise, le grand projet de la restauration sera réalisé et le monde (Tianxia) sera sous l’emprise du pouvoir chinois. On croit rêver devant telle « naïveté » qui dynamite peu à peu tous les efforts consentis par la Chine pour se moderniser et atteindre le premier rang mondial.

Si sa puissance économique et technologique impressionne, sa politique nationaliste et répressive aussi bien à l’intérieur – comme les agissements à l’encontre des minorités ethniques et des démocrates chinois – qu’à l’extérieur – avec la mainmise sur Hong Kong, les attitudes belliqueuses en mer de Chine ou face à Taiwan – fait perdre à Pékin ses derniers sympathisants aux États-Unis et en Europe. Son modèle n’est pas attarctif comme le fut le modèle américain dans les années cinquante-soixante qui popularisa la consommation de masse, les ordinateurs, le cinéma hollywoodien, Coca-Cola et qui a ouvert la voie à une pénétration économique américaine en Europe. Comment adhérer à un modèle de société désincarnée et qui à travers un système de reconnaissance faciale note ses citoyens : retard d’impôts, infractions routières, orientation politique, attitude sur les réseaux sociaux… ? La Chine n’est pas digne de confiance. Si elle ne relâche pas la pression politique et la mainmise du parti unique, ses capacités d’accéder aux marchés mondiaux resteront en deca de ses capacités technologiques.

On dit que la Chine sera le prochain géant. L’affirmation est plus qu’incertaine tant que celle-ci n’affrontera pas ses contradictions et ses conflits internes ; tant qu’elle ne sortira pas de ses archaïsmes et ne proposera pas un nouveau modèle politique qui offrirait à ses citoyens les garanties d’un État de droit pour faire partie des grandes nations. Sa montée en puissance très nationaliste inquiète et affaiblit son économie. Les routes de la soie qui sont l’épine dorsale du développement de la Chine à l’international s’assombrissent. Si elle ne change pas de cap, la Chine va faire face va faire face à une sinophobie grandissante. Une partie de la jeunesse en Asie notamment en Birmanie et en Thaïlande est mobilisée sur les réseaux sociaux et participe à la montée en puissance de ce front. Du côté de l’Europe, qui représente aux yeux de Pékin le contrepoids stratégique à Washington, les relations ne sont pas au beau fixe, fini le temps où tout responsable chinois en voyage à l’étranger était reçu chaleureusement.

Les Chinois sont-ils prêts à sacrifier leur liberté et à s’enfermer dans une logique de soumission sans contrepartie, sinon celle d’un confort collectif ? Les rumeurs de querelles internes au Parti marquent les très fortes tensions qui règnent autour de la politique de XI Jing Ping. Le dragon qui fascine tout autant qu’il interroge l’Occident va-t-il réveiller sa puissance créative ? L’immense héritage spirituel et culturel dont la Chine a fait preuve au cours de son histoire deviendra-t-elle une réalité vivante ? C’est en Chine aujourd’hui, malgré une redoutable mise au pas de ses dissidents, en particulier les artistes critiques envers le Régime, que naissent de nouvelles formes artistiques qui rendent compte du contemporain avec beaucoup plus de force et d’acuité que ne le font les créations occidentales.

C’est en Asie, plus généralement en Chine, que l’art est en train de se reformuler en créant de nouveaux langages. La vitalité de la création artistique chinoise, cinéma, installations, événements, etc., envoie des signes très forts d’une Chine en pleine ébullition qui perçoit sa condition avec une acuité extrême. Des créateurs comme WeiWei, Wong Kar-wai, Wang Bing, Hu Bo ont pris un temps d’avance sur l’Occident en devenant une source d’inspiration incontournable pour entrer dans le XXIe siècle. Le courage des artistes chinois est remarquable malgré la répression qu’ils subissent. Pourront-ils peser sur l’avenir de leur pays et restaurer sa grandeur mise à mal par ces nouveaux empereurs désuets et incapables de comprendre le reste du monde ainsi que les aspirations de sa jeunesse ? Heureusement, et ce pays en est la preuve vivante, l’économie n’est pas le seul levier de développement d’un pays. Il en existe d’autres plus immatériels et subtils, et la première étape d’une reconquête chinoise serait peut-être d’apprendre la politesse à ses ambassadeurs…

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