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Jardiner en ville, nouvelle forme de résistance urbaine ?

Jardiner en ville, nouvelle forme de résistance urbaine ?

Lorsque manifester devient compliqué, qu’être actif.ve sur les réseaux sociaux relève du combat mental, en ville, cultiver fruits, légumes et plantes aromatiques permet de se préserver de l’anxiété et d’afficher à sa manière une vision d’une société plus juste.

« Ma vie c’est jardin, c’est détente. Le soleil donne du love à mes plantes » chante le rappeur Peet, moitié du duo belge Le 77 dans Todo bien. Et si vous aussi, vous donniez du love à vos fenêtres ? Je vous vois arriver d’ici : “dis donc Suzanne, t’as pas fini de nous bassiner avec tes réflexions de bobo, là ?” Ben justement, non, je commence tout juste. S’il vous faut quelques arguments pour vous convaincre, je vais me fendre de quelques-uns : si votre boss a daigné faire passer la santé de ses employés avant celle du grand Kapital, vous êtes en télétravail et passez la journée devant votre écran. Des journées qui se ressemblent et vous dépriment de ne pas pouvoir sortir, vous préféreriez revenir à des choses simples, mieux consommer et résister au consumérisme ambiant. Pour ça, même pas besoin d’un balcon, il vous suffit d’équiper les rambardes de vos fenêtres de jardinières – rendez-vous sur l’application Geev pour les plus fauché.e.s de l’assemblée.

C’est aussi le propos de l’ouvrage Réussir son jardin potager en partant de
zéro
publié par André Abrahami – ex employé dans la production télévisuelle puis reconverti dans l’informatique, avant de lancer sa chaîne sur Youtube en 2019 sur laquelle il publie des vidéos relatives au ” potager, la célèbre permaculture (avec ses qualités et ses défauts) et le jardin d’ornement.” Tous les mois, il abreuve ses 80 000 abonnés de conseils qui font mentir le stéréotype de la main verte.

Contacté par téléphone, Abrahami, qui se qualifie de jardinier “éconologique” nous explique vouloir faire de son potager “un jardin respectueux de l’environnement et économique, parce que je vois souvent sur les réseaux sociaux des gens qui investissent beaucoup financièrement dans leur potager, et ont des tomates qui leurs reviennent à 15 euros le kilo. “ Si nous n’avons pas tou.te.s la chance de disposer d’un lopin de terre, votre fenêtre fera l’affaire et l’investissement de départ reste minime : un peu de terreau, du compost (pensez à solliciter les jardins partagés près de chez vous), quelques plants dégotés au rayon fleurs de tous les magasins et des pots ou jardinières. Inutile de se ruiner, explique André Abrahami : “Certains consomment le jardin comme ils consomment le reste. J’ai appris en me documentant, surtout dans les livres dans les années 1990. aujourd’hui il y a tout ce qu’il faut sur Internet : je connais des gens qui ont construit leur maison avec Youtube !” 

Jardiner peut également se penser comme un acte de résistance aux blocs de béton qui sortent de terre plus vite qu’il ne faut de temps pour le dire. C’est le parti-pris d’Ophélie Damblé, qui a créé la chaîne YouTube Ta mère Nature, qui rassemble 20 000 abonnés. Face à la bétonnisation, la jeune femme a lancé sa “guérilla urbaine” et anime régulièrement des ateliers à la Cité Fertile de Pantin où elle enseigne les savoir-faire du jardinage et du potager aux novices. Sur sa chaîne, elle publie des vidéos pour créer ses boutures, un hôtel à insectes ou encore faire ses semis.

Jardiner, c’est aussi une forme de méditation et une activité qui permet de ne penser à rien d’autre, sans bouger de chez soi – pratique, en période de pandémie. “Avant j’avais une vie comme monsieur tout le monde, Depuis que je suis revenue à une vie plus simple, naturelle, écolo, je me sens beaucoup mieux.” résume André Abrahami. “Quand je suis dans mon jardin, j’ai le sentiment d’être là où je dois être contrairement à mon ancienne vie à Paris, j’appelle ça le bonheur. Une des choses qui m’a le plus marqué, quand je faisais mon trajet quotidien pour aller au travail entre Levallois et Nanterre, je voyais seulement des arbres. Puis ça change quand on commence à s’intéresser à la végétation : on reconnait un érable, un marronnier…On découvre un monde, comme dans une fête où on connait du monde par rapport à une fête où l’on est parmi des inconnu.e.s”

Alors tout ça c’est bien beau me direz-vous, mais par où commencer ? Pour André Abrahami, jardiner en fonction de son contexte est primordial. Que faire depuis un mini-balcon ou une fenêtre ? “On peut planter des radis, des fraises, des salades, de la menthe, des tomates cerises ou tout simplement des plantes aromatiques . Il faut avant tout trouver des végétaux qui vont bien avec l’espace dont on dispose. Il faut aussi voir la lumière : si on est au premier étage exposé nord c’est compliqué pour ne pas dire impossible. Il faut tout d’abord vérifier la lumière, la chaleur, et le temps de les arroser.”

Résister à l’anxiété, à la bétonnisation et à la routine, trois avantages non négligeables du jardin sur votre santé : nos grands-parents nous avaient finalement montré la voie depuis le début.

Réussir son jardin potager en partant de zéro – Tout ce qu’il faut savoir quand on ne sait rien (ou presque) ! d’André Abrahami, chez Tana éditions, en librairie le 15 avril. Précommandes par ici.

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