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La désinformation du monde

La désinformation du monde

Comment faire quand on ne comprend pas ? Quand – virus, climat, terrorisme, complots, scandales sexuels, économiques – on est bombardé d’informations contradictoires et instables, constamment changeantes ? Que l’on ne sait plus se projeter dans l’avenir parce que le présent nous englue en se mélangeant au passé ?

En m’ouvrant, d’un clic, à la planète entière, ce sont des tonnes d’infos que mon cerveau reçoit chaque jour, d’une telle disparité et avec une telle vitesse qu’il ne peut les assimiler sans les filtrer, sous peine de se trouver dans une confusion qui remet en cause son identité.

Lorsque les « représentations collectives du monde » qui opérent comme des filtres ( vision politique , communautaire , religieuse , familiale , culturelle) disparaissent, c’est l’assimilation toute entière qui faillit.

Pour reprendre les mots de Nietzche «  penser c’est digérer le monde ». On ne peut digérer son environnement sans être connectés à un processus plus large : un imaginaire collectif. Et quand, pour cause d’une trop grande complexité, cette pré digestion faillit , elle rend insurmontable l’assimilation.

La raison est simple : le monde change, toutes les perspectives changent . On ne sait plus « lire » les événements, on ne sait plus quoi en penser…

Les divers communautarismes sont l’effet direct de cette fragmentation, mais aussi les divers ” obscurantismes”, tentatives plus ou moins désespérées « d’adhérer » à d’autres cohérences pour remplacer un « système » frappé d’obsolescence.

On peut se moquer des prophéties ratées et on peut les craindre (surtout lorsque la rationalité y devient l’ennemie et que la provocation va chercher ses symboles dans des modèles meurtriers). Mais toutes témoignent du même symptôme : la recherche d’une synthèse nouvelle, qui pourrait réduire cette complexité indigeste selon des axes impensés, capables d’introduire de nouvelles et vastes simplicités. C’est bien ce que tentent certaines versions du complot, sauf que leurs « systèmes alternatifs » sont souvent des caricatures simplistes de systèmes passés idéalisés, conceptuellement démunis, incapables de faire l’écart suffisant pour affronter l’inconnu qui nous vient.

Sachant que, pour se détacher d’un paradigme, il faut faire un saut dans l’impensable , dans l’imprévisible, il est certain que les simplifications abusives sont tentantes pour créer des identités « alternatives » n’exigeant pas le moindre effort. Mais la simplification dont on parle, ici est d’un autre ordre, non pas limitée à l’enjeu polémique – unique carburant des grands médias – mais ouvrant une nouvelle dimension, un changement radical de perspective. 

Nous devons façonner collectivement un nouvel imaginaire. Non pas binaire comme celui qui domine. Non pas obscur comme celui qui s’est replié sur lui-même dans des marges lointaines. Notre imaginaire commun, nous le voyons comme un rhizome social ; hybride entre les disciplines et les cultures, se renouvelant sans cesse. C’est un rhizome apatride et mouvant. Nous voulons un imaginaire nomade, sans frontières qui rendrait compte à la fois de la métamorphose permanente et de l’inseparation du monde que l’on habite. 

Entre la naïveté totale et les complots caricaturaux il y a tout un champ de réflexion que nous devons investir sans cesse.”L’obscurantisme contemporain” maintient coincé ces extrêmes dans une pensée réductrice. Mais c’est au milieu, dans cet espace immense de liberté que se joue l’essentiel. Derrière ces frontières bien gardées se trouve notre maquis ; l’inconnu qui nous vient….

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