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Art et chaos

Art et chaos

“Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à venir, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres “. Gramsci

Chaque jour, le chaos se donne à voir : virus, guerres, famines, migration, pollution, climat, économie…

En cette période de mutation planétaire une vision binaire du monde a triomphé et contribue à façonner un imaginaire collectif trop contrasté. 

D’un côté les fantasmes d’apocalypse gagnent du terrain avec le Chaos comme horizon inéluctable, vague destructrice sans but ni fin. De l’autre les fantasmes d’un monde ultra sécurisé, aseptisé, ordonné dans lequel les risques seraient (en apparence) inexistants.

Entre la fascination et la terreur que peuvent inspirer ces deux visions extrêmes, se situe la route propre à toute transition sur laquelle l’humanité toute entière marche. Une route vertigineuse mais créatrice. 

Cette notion de chaos qui résonne étrangement en chacun d’entre nous possède deux faces qui s’opposent autant qu’elles se complètent. La face sombre dont les politiciens font un usage délibéré pour créer de la peur. Ce chaos qu’ils ont érigé au même rang que “l’Axe du mal” pendant la lutte contre le terrorisme et qui ressemble au diable que les pouvoirs en place utilisaient durant des périodes les plus binaires de l’histoire. A l’image de ces monstres qui surgissent en période de crise et servent de moyen de chantage pour maintenir l’ordre régnant : ” nous ou le chaos “. ” La sécurité totalitaire ou le chaos “,” La pensée unique ou le chaos “…

Le chaos s’incarnant de plus en plus dans l’imprévisibilité de l’avenir. L’avenir menaçant toujours l’ordre établi car il demande une imagination totale.

Cette face sombre (et simpliste) du chaos empêche d’en saisir une dimension plus subtile. Si l’usage courant du terme l’associe au désordre (La désorganisation, la destruction, l’informe…), c’est en l’opposant implicitement à son contraire (l’ordre, l’organisation, la structure, la forme…). Mais cet usage ne peut rendre compte d’une dimension autrement vertigineuse, proposé par les mythologies ancestrales, les poètes et les artistes (confirmés aujourd’hui par les sciences) qui bouscule cette opposition purement logique : ici, l’ordre peut naître du chaos. 

Soit par l’action d’un créateur (artiste ou inventeur), soit spontanément comme la thermodynamique, l’auto- organisation et les mathématiques du chaos le montrent. Le chaos y est considéré comme la source même des formes qui en émergent. (Se rapprochant de l’origine grecque du mot chaos qui signifie non pas désordre mais béance).

Ces visions permettent d’ouvrir une autre relation au chaos, vivante, dynamique, transformatrice, créatrice, où la béance devient source. 

La posture de l’art est paradoxale, une main vers l’ordre, l’autre vers le désordre. 

L’enjeu est pour nous de tendre, à l’image des artistes, vers un art de vivre où forme et informe ne s’opposent plus, mais collaborent secrètement à l’énigme des transformations. 

Notre époque est toute entière transformation, plus que jamais la pensée artistique y est nécessaire.

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