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24h sur Clubhouse, le réseau social où l’audio est roi

24h sur Clubhouse, le réseau social où l’audio est roi

En juin, la radio fête ses cent ans. Un siècle plus tard, une application se fraye un chemin au royaume de l’image : Clubhouse, à mi-chemin entre le podcast et le message vocal. Vanté par Bloomberg comme “la nouvelle star des médias sociaux” on a voulu savoir si l’appli en valait la chandelle.

Le pitch donne l’eau à la bouche : “Clubhouse a été conçu pour être un espace de conversation et d’expression authentiques — où les gens peuvent s’amuser, apprendre, tisser des liens importants et partager de fortes expériences avec d’autres personnes dans le monde entier”, explique l’entreprise. Ce réseau social fonctionne comme un “club VIP”, par cooptation, c’est-à-dire que vous devez être invité.e par quelqu’un pour pouvoir y entrer. 

Je lance quelques appels pour me faire inviter, et voilà qu’une heure plus tard, j’obtiens le précieux sésame. J’ai de la chance : Clubhouse débarque tout juste sur Android à la fin du mois de mai, plus d’un an après son lancement en mars 2020 : elle était jusqu’ici réservée aux détenteur-ices d’Iphone. 

Petit point contextuel pour commencer : l’appli est lancée lors du premier confinement par  Paul Davison et Rohan Seth, tous deux diplômés de Stanford et passés par Google. L’engouement pour Clubhouse a été créé par Elon Musk, patron de Tesla et Space X (entre autres), qui en février dernier invitait Vladimir Poutine, le président russe, à échanger avec lui sur l’application. Côté personnalités célèbres, on trouve sur le réseau social Oprah Winfrey, Marc Zuckerberg ou encore Jamel Debbouze en France. 

En ouvrant l’application, comme sur Tiktok, on ne peut pas dire que l’algorithme a su cibler qui j’étais : les “chat-rooms” proposées, ces salons de discussion ouverts à tous.tes sont en russe, en marocain ou en espagnol. Je continue de creuser. La spécificité de ces espaces de parole – animés par des modérateurs, comme sur un forum – est que l’on peut les écouter à la manière d’un podcast, mais l’on peut aussi intervenir en “levant la main”. 

Côté contenu, les sujets de conversation sont très variés : du courrier du coeur à la Difool dans la room “pourquoi les femmes hésitent à se marier” aux “Insta : comment growth ton compte en mode organique ?”  de la team start-up nation en passant par l’apprentissage de langues, de la photographie et les cryptomonnaies, j’ai l’embarras du choix. Le lendemain matin, plutôt que d’écouter les informations, je me connecte sur la “meditation room” qui organise un “sound spa” : aucune discussion ici mais plutôt une méditation collective.

Par curiosité, je consulte les “rooms” les plus suivies sur internet : selon le site Clubhouse Database, les clubs les plus suivis sont “Human Behavior”, un groupe dédié aux discussions autour du comportement humain avec un angle tech et start-up, “Startup Club” et “Bitcoin”, suivis d’une ribambelle de groupes tech et digital. Parmi les personnes les plus suivies, on trouve les fondateurs, Paul Davison et Rohan Seth, mais aussi l’acteur Jared Leto et le designer Virgil Abloh.

Pour autant, Clubhouse abrite de nombreuses conversations et débats autour de l’antiracisme et du féminisme. Le groupe Justice Sociale organise régulièrement des talks avec un prisme “résolument féministe, antiraciste, intersectionnel et décolonial” tandis que Sororités fait donne une large place au féminisme avec dans les prochains talks prévus une conversation autour des podcasts créés “par les femmes, pour les femmes” ou des lectures à voix haute de textes et essais féministes. Anna Toumazoff, militante féministe à l’origine du mouvement #sciencesporcs a également son compte Clubhouse et a participé en avril dernier à deux talks sur la haine en ligne. En Chine, l’application a fonctionné seulement pendant quelques jours, période pendant laquelle les utilisateurs échangeaient sur la politique de Taïwan et les manifestations à Hong-Kong. Le 8 février 2021, la Chine censurait Clubhouse et les inscrits ne pouvaient plus y accéder autrement que par un VPN. 

L’application a son lot de détracteurs : en plus de son côté élitiste, dû au système d’invitation et sa disponibilité exclusivement pour iPhone, Clubhouse pose un problème de données personnelles. Depuis le mois de mars, la CNIL a ouvert une instruction en France pour transfert illégal de données personnelles – suite à une pétition dont l’origine n’a pas été dévoilée – pour vérifier si les obligations du RGPD sont bien respectées par l’entreprise, développée par Alpha Exploration Co. 

En janvier 2021, l’application revendiquait deux millions d’utilisateurs actifs de façon hebdomadaire. Pour celles et ceux qui souhaitent s’inscrire sans invitation, l’application vient d’annoncer la fin des cooptations pour l’été 2021, tandis que Facebook et Twitter préparent leurs propres plateformes de discussion audio. Affaires à suivre. 

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