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A moins d’un an de la présidentielle, un jeu de billard à trois bandes qui tétanise

A moins d’un an de la présidentielle, un jeu de billard à trois bandes qui tétanise

Sous réserve d’une énorme surprise, les jeux pour la prochaine élection présidentielle ne sont-ils pas déjà faits ? Une féroce partie de billard à trois bandes se profile. Trois noms sont déjà sortis du chapeau : Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon – les deux pôles d’attraction –, avec au centre le faire-valoir de ces deux dinosaures, Emmanuel Macron, dont on anticipe la fin de règne proche.

Seul au milieu de l’arène, notre président tente encore d’exister. Il distribue des milliards sans sourciller, relance quelques réformes depuis longtemps enterrées et il voyage, beaucoup de voyages, les prises de parole lors des sommets, les bains de foule durant lesquelles il se fait gifler. Personne pourtant, ne le voit ni ne l’entend vraiment, il est désormais inexistant. Silencio. Il a perdu toute légitimité et toute prise sur les événements.La bête médiatique est usée, blessée par quatre années de pouvoir, une pandémie, une meute de concurrents et surtout, mère de tous les échecs, une absence totale de projets pour la France.

A bâbord s’agite Mélanchon, vieux hussard de la gauche extrême. Rompu aux pratiques de l’Ancien Monde, il se bat dos au mur avec un carré d’affidés qui ne cesse de gonfler. Le trotskyste patenté d’une gauche nostalgique s’en donne à cœur joie : « La preuve que les fascistes sont à nos portes », prétend-il pour faire oublier ses propres turpitudes. Converti en expert du marketing politique et prêt à tout pour le pouvoir, il a dernièrement sorti l’arme atomique qui s’infiltre jusque dans les rangs de la gauche, le complotisme,  et adopté dans un élan régalien et sans sourciller cette phrase insidieuse : « Ce n’est pas par hasard si… », pour évoquer des sujets qui font frémir comme l’affaire Merah. Un copier-coller avec les pratiques de la bande adverse qui fait des ravages et démontre, pour qui n’en était pas encore convaincu, son absence d’idées et de programme pour la France.

A tribord, Marine est dans la meilleure posture, l’ensemble de la classe politique chassant pour elle. Qu’ils soient de gauche, de droite ou du centre, la majorité des futurs candidats veulent leur place sur la photo pour coller aux sondages. Ils défendent avec des ardeurs plus ou moins dosées ces lois qui sèment la division, ils sécurisent, séparent, distillent le doute, la soif de revanche et s’appuient sur ce concept qui marche à tous les coups pour rafler la mise : la peur. Sachant que les électeurs choisiront toujours l’original plutôt que la copie, la leader « frontiste » (quoi qu’elle en dise) peut continuer à dormir sur ses deux oreilles en dissimulant son incompétence sous un silence vertigineux, personne ne lui demande de prendre la parole.

La paranoïa que ce vide politique engendre est soigneusement entretenue par des médias pensés et conçus comme des outils de propagande et dont CNews – notre Fox News national –, en est le paradigme. Son principal éditorialiste, Eric Zemmour, qui prétend aux fonctions les plus hautes de l’Etat, est une fabrique à venin. Il distille jour après jour ses attaques, diatribes, son racisme revendiqué et ses interprétations de l’Histoire avec une impunité déconcertante. Tout cela se joue en toute conscience, au-dessus d’un précipice, celui du populisme, du désespoir ambiant et de la délégitimisation du pouvoir.

Tous les ingrédients d’un séisme politique sont en place pour cette soirée d’avril 2022 qui verra s’afficher la tête de notre nouveau président sur nos écrans. Rien ne semble pouvoir arrêter cette logique annoncée. Un jeu de rôles qui obéit à des lois qui frôlent le surnaturel, un théâtre de l’absurde qui se joue presque malgré nous et les efforts que nous déployons pour éviter la fracture imminente. Il subsiste pourtant ce paradoxe : si rien dans cette gouvernance ne suscite le moindre désir, la moindre envie ni même un début de confiance, nous restons cependant habités par le désir d’un avenir meilleur, la folie de désirer, de faire, recommencer pour sortir d’une inacceptable réalité et chercher un ailleurs qui soit plus prometteur, plus clair. « Je suis pessimiste par l’intelligence mais optimiste par la volonté », disait Antonio Gramsci dans Lettres de prison. Un optimisme aussi lointain qu’ancré dans nos chairs qui semble répondre à un schéma profond que nous ne connaissons pas mais qui ne cesse de nous porter toujours plus loin.

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