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Concilier avec la mâchoire électorale

Concilier avec la mâchoire électorale

Affiche 68 / Site La Politique S'Affiche

Refuser les alternatives politiciennes qu’offrent les élections apparaît comme la seule position véritablement politique. Néanmoins, ce refus des partis électoralistes ne peut mener à ignorer le pouvoir –de nuisance principalement- de l’État. Il n’y a d’autre choix que concilier, d’une manière ou d’une autre, avec cette réalité. Dès lors, malgré l’ennui ou le rire qu’ils nous provoquent, il faut bien se résoudre à prendre en compte les partis politiques, dont l’ambition est de diriger cet État.

Écouter un bulletin d’information à la radio nous dit beaucoup des partis dits “politiques”. En Israël, il est question d’une vaste coalition de partis politiques, depuis l’extrême-droite à la gauche, contre Netanyahou (lui-même de droite, d’extrême-droite ?). En Norvège, une Première ministre sociale-démocrate se fixe comme objectif “zéro demande d’asile”, le but déclaré des extrême-droites européennes. Sur le même thème, rappelons que la droite allemande avec Merkel a été la seule à prendre la mesure de la catastrophe historique en Syrie et prendre sa part dans la “crise des réfugiés”. Dans le même temps, la gauche française a mené la politique indigne que l’on sait, la France devant à jamais garder son label de “pays des droits humains” en violant tous ses principes.

Il est souvent dit que ce sont des repères qui se seraient brouillés dernièrement, un signe de notre temps ; auparavant les partis auraient représenté un certains nombre de valeurs relativement fixes, dans lequel tout un chacun pouvait s’y retrouver (et choisir en fonction). On peut rappeler le pacte de non-agression entre l’Allemagne nazie et l’URSS communiste qui s’est traduit, en France, par un PCF allant jusqu’à négocier la réapparition de son journal avec les autorités allemandes au début de l’Occupation. Ou la figure tutélaire de la gauche française, François Mitterrand, ministre de la Justice de gouvernements socialistes menant la guerre à outrance en Algérie, qui insista pour que les militants FLN fussent guillotinés. Voilà pour les repères d’antan.

Dans ces conditions, il est logique et légitime que les révoltes contre l’ordre établi se disent très souvent “apolitiques”. Au delà de leurs très grandes différences internes, les Gilets Jaunes se sont ainsi montrés particulièrement rétifs à “la politique” tant que celle-ci est identifiée aux partis. Mais ni les Gilets Jaunes ni la plupart des mouvements de révoltes à travers le monde sont “apolitiques”, ils sont a-partisans. Précisément parce que ce sont les partis qui, eux, sont apolitiques, incapables de fixer quelques repères qui puissent les distinguer les uns des autres. Toujours prêts à n’importe quel retournement, alliance et contre-alliance, pour leurs intérêts du moment.

Dès lors, il apparaît raisonnable de ne surtout pas donner le pouvoir aux partis. Autrement dit, jamais les voter. D’ailleurs, vous votez Macron pour éviter Le Pen, et vous avez Darmanin qui trouve Le Pen trop molle. Pourtant, choisir de les renvoyer tous dans la même bauge infâme, c’est à mon avis faire un pari dangereusement optimiste. Ce serait croire que puisque la politique se fait ailleurs –et nous la faisons tous ailleurs-, les partis (contre-) politiques à l’assaut du pouvoir étatique n’auraient aucune incidence sur nos vies. Ce n’est pas le cas.

La position la plus pure est certainement de ne pas voter, refuser ce carcan qui semble dessiné pour nous étouffer, tout réduire aux deux mâchoires d’un même piège à con –pour reprendre la formule de Manchette. La plus pure, oui, pas la plus réaliste car elle implique de nier la capacité du gouvernement à nous faire mal, son pouvoir de nuisance bien réel.  Qu’on le veuille ou non, l’État possède ce pouvoir. Violent par sa police pléthorique et ses moyens de propagande qui s’abattent sur des populations ciblées selon le bon vouloir du prince (tel jour les racisés, tel autre les Gilets-Jaunes, tel autre les islamisés-gauchisés –“islamo-gauchisés” par un mécanisme pas égal mais similaire à celui des racistes pour désigner ses cibles-). Violent donc, mais aussi séducteur, par sa capacité à redistribuer des oboles qui constituent, pour beaucoup, la seule ressource matérielle face à l’indigence. Faire abstraction de ce pouvoir peut être une option pour quelques groupes ou personnes possédant des ressources suffisantes pour s’en préserver, ce n’est pas une possibilité pour la grande majorité. L’État est là. Et il intervient dans la vie de la plupart. Qui le gouverne n’est donc pas égal.

Aussi, ces saltimbanques appelés “personnalités politiques”, dont les acrobaties, pirouettes et autres figures de style grotesques, nous font rire quotidiennement, ont des incidences sinistres. Contraints et forcés, il nous revient d’établir quelle serait la personnalité la moins pire, dont le pouvoir de nuisance nous serait la moins nocive.

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