pixel
Now Reading
Festival court de Pantin, un rendez-vous important de cinéma

Festival court de Pantin, un rendez-vous important de cinéma

Le festival Côté Court de Pantin vient de se terminer le mercredi 23 juin. Ce festival de courts-métrages fondé par Jacky Évrard il y a 30 ans est devenu un rendez-vous important pour le cinéma

Jacky Évrard dit à propos du court-métrage : « Il y a des choses magnifiques qui ne pourraient pas durer plus de 20 minutes, ce que j’essaie de faire, c’est aller là où je sens une proposition forte qui peut être singulière, et pourquoi un tel film s’impose. »

De nombreux cinéastes ont présenté leurs courts-métrages à Coté Court : Arnaud et Jean-Marie Larrieu, Justine Triet, Emmanuel Mouret, Antonin Peretjatko, François Ozon, Laurent Achard, Danièle Arbid, Mati Diop, Yann Gonzalez, Serge Bozon, Christophe Honoré, Frank Beauvais, Ladj Ly …

Les débuts du festival, Jacky Evrard m’en parle : 

« Je suis arrivé à Pantin pour l’ouverture de cinéma municipal, le Ciné 104. Je suis arrivé en 87, et dans ma programmation, j’ai très vite intégré des courts-métrages. À cette époque, il y avait un festival qui existait à Épinay dans le 93, on m’a demandé de faire partie du comité de sélection, j’ai donc vu beaucoup de courts-métrages, dans ma programmation au Ciné 104 j’ai donc programmé des films courts. J’étais le seul dans la région parisienne à faire ça, et ces soirées je les ai appelées Côté Court. En 89, le festival d’Épinay s’était arrêté, donc il n’y avait plus de festivals de courts-métrages en Île-de-France et le département de Seine-Saint-Denis est venu vers moi en disant : ça serait bien que tu réfléchisses à mettre en place un festival. Et le festival a été monté avec le concours de la ville de Pantin et du département de Seine-Saint-Denis.

En 1992, la première édition du festival, c’était finalement sous la forme dans laquelle il existe encore, l’idée d’une compétition des films de l’année, issus d’une sélection, et à côté, un focus sur le cinéma étranger, puisque le festival, lui, était national. On n’avait pas les moyens de faire une sélection au niveau international. Et aussi un focus sur un cinéaste, le premier invité était Artavazd Pelechian, un cinéaste arménien.

Ensuite le festival s’est développé d’année en année, il a pris de l’ampleur.
Quand on a démarré, on recevait 400-500 films, aujourd’hui 1 800, pour une sélection de 25-30 films. A l’époque, les films étaient sur pellicule, donc il y en avait moins, par contre, on visionnait en salle de projection ; pour la sélection, c’était toute une organisation. Puis, là, depuis les années 2000 avec la numérisation, la sélection se fait en ligne. Cette année, on a reçu 1850 films. Justement, le cinéma aujourd’hui est devenu accessible à tous, à l’époque de la pellicule, il fallait pouvoir en acheter, la faire développer, tout ça. Il fallait trouver des techniciens, tu les trouvais plutôt en région parisienne. Si tu habitais au fin fond du Gers, t’avais peu de chance de pouvoir faire un film. Aujourd’hui, ça s’est démocratisé à cet endroit-là, précisément : si tu habites au fin fond de Gers, tu peux faire un film avec ton téléphone portable et le monter sur ton ordinateur. Bon, après, il y a un peu de frais pour la postproduction, mais c’est devenu accessible, et c’est important, parce qu’il y a beaucoup de jeunes qui s’en emparent, et font des propositions très intéressantes.

Le Ciné 104 se trouve à Pantin, en Seine-Saint-Denis, est-ce qu’il y a des films qui sont tournés par des jeunes de ce département ?

Dans le 93, un nom qui vient immédiatement, parce que tout le monde le connaît, c’est Ladj Ly, qui a filmé à Clichy-Montfermeil, qui avait une pratique militante au départ, et petit à petit l’envie de faire des films est venue. Nous, on avait sélectionné son court métrage qui était un pré-film des Misérables, il s’appelait Les Misérables aussi, et il y avait déjà une petite structure qui est maintenant dans son long-métrage.

Ladj Ly a présenté un film court cette année au festival, c’est un film de confinement, un film très simple, mais très beau. Il reprend son personnage principal des Misérables, le personnage avec le drone qui est chez lui, confiné, et il envoie le drone qui se promène dans la cité, et on revoit les personnages du film.

Des exemples comme Ladj Ly, il y en a d’autres, comme Itvan Kebadian, qui n’est pas du 93, mais qui a beaucoup graffé à Pantin, dans les Magasins Généraux, il faisait partie d’un collectif de graffeurs, TWE, et un jour, il a fait son premier film, qui s’appelait TWE, il l’a fait avec le GREC – Groupe de recherche et d’essai cinématographique, qui aide les jeunes qui veulent faire un premier film. C’était un film qui mettait en scène leur pratique de graff sauvage, dans le métro, dans des endroits interdits, comment ils faisaient pour rentrer dans le métro, c’est un très chouette film.

On a mis en place aussi quelque chose qui s’appelle Pass Jeune Réalisateur, et ça s’adresse à des jeunes gens, ou moins jeunes, qui ont une envie de cinéma, qui n’ont pas les outils, n’ont pas la perspective de se dire « Tiens je vais faire une école », parce qu’ils n’ont pas nécessairement le niveau scolaire qu’il faut. On organise 5 ateliers à Coté Court pour qu’ils découvrent ce que c’est que d’écrire un scénario, diriger des acteurs, faire la musique d’un film. On lance un appel, ils s’inscrivent, il n’y a pas de sélection, c’est ouvert à tous, sauf qu’on ne peut pas aller au-delà d’une centaine de personnes. Le principe, c’est qu’on projette un long-métrage en présence du réalisateur ou du scénariste, si on parle de scénario, ou du musicien, si on parle musique, et après il y a un dialogue avec les professionnels, ils peuvent poser des questions : comment on fait ceci, cela – ça sert vraiment à comprendre le langage cinématographique. Je peux te donner un exemple : Yassine Qnia qui est d’Aubervilliers et qui était à l’OMJA (Office municipal de la jeunesse d’Aubervilliers). Yassine a eu envie de cinéma, il venait au festival, je ne le savais pas, les gens viennent…, et il s’inscrit sur Pass Jeune Réalisateur, et ça lui a plu, il a appris des choses. Il filmait déjà ses copains qui se foutaient de lui et il fait son premier film qui s’appelle Fais croquer. Comment un gars de banlieue essaye de faire son premier film, et ses potes se foutent de lui, et son film était ici au festival, puis il a fait un second court-métrage, un troisième, tous sélectionnés ici, et aujourd’hui Yassine est à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs avec son premier long métrage De bas étage.

Ce type d’action, on la mène toute l’année, il y a une chose intéressante aussi, c’est l’Atelier, ça fait 5-6 ans qu’on fait ça, c’est quelque chose qui s’est fait dans la foulée de Pass Jeune Réalisateur, ça s’adresse à quatre jeunes qui ont envie de faire un film. Là, il y a une sélection, parce qu’il n’y en a que quatre qui sont retenus. Le principe, c’est qu’on va les suivre tout au long d’une année. Pour la sélection, il faut qu’ils présentent des images, pas un film nécessairement fini, mais des images, il y a une thématique et ils doivent faire des images animées, ou des photos, et écrire une lettre de motivation. Cet atelier s’appelle Atelier-Résidence, on les suit pendant un an sur leur projet, ce sont des cinéastes qui accompagnent ces jeunes tout au long de l’année, pour les aider à ce que ce métier leur devienne accessible. A la fin, ils ont un projet de film, et la restitution se fait pendant le festival, il y a des producteurs dans la salle, et pour certains, ils vont trouver un producteur et faire le film.

La première chose qu’on devrait faire quand on est jeune et qu’on a envie de faire un film, c’est fréquenter le festival. Venir voir des films, parce que c’est vrai, les gens vont au cinéma, voient des films de long-métrage, ça paraît totalement inaccessible, c’est un autre monde. Le court-métrage, c’est quand même beaucoup plus accessible. Et puis, on peut comprendre assez vite qu’on peut faire ça, à partir du moment où on a une idée, qu’on a une envie, le désir, et si on a du talent, parce que c’est en faisant qu’on découvre ça. Tu ne peux pas savoir si tu n’en fais pas.

Palmarès 2021 :

Grand Prix André S. Labarthe : Dustin de Naïla Guiguet

Prix de la mise en scène : Brûlent les villes, brûle le ciel de Frédéric Bernard 

Prix du meilleur premier film : Les Mauvais garçons d’Élie Girard

View Comments (0)

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Scroll To Top