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Mode : le crop top, énième vêtement polémique

Mode : le crop top, énième vêtement polémique

Dans une interview au magazine Elle, Emmanuel Macron expliquait que selon lui, “tout ce qui vous renvoie à une identité, une volonté de choquer ou d’exister n’a pas sa place à l’école”. Le débat s’est instantanément enflammé dans la presse et sur les réseaux sociaux : tentative de décryptage.

“À l’école, je suis plutôt ‘tenue décente exigée’, aussi bien pour les filles que pour les garçons.” répondait le président de la République à la journaliste qui lui demandait son avis sur le port du crop top “dans la rue ou à l’école”. La polémique a aussitôt enflé dans les médias. Rien de bien surprenant dans les propos d’Emmanuel Macron, qui rejoignent les dires de Jean-Michel Blanquer. Le 21 septembre dernier, le ministre de l’Éducation invitait les collégien.nes et lycéen.es à se vêtir “de façon républicaine”

“Le problème, c’est le regard des hommes”

Ce fait de société est problématique puisqu’il stigmatise une fois de plus les corps des jeunes filles. Si l’entretien se voulait résolument féministe, la question a été tournée de façon à donner un avis sur la tenue des jeunes filles. Pourquoi la même question n’a pas été posée concernant les jeans portés sous la ceinture pour les garçons ? “Je ne suis pas sûr que j’ai à me mêler de tout”, avait d’ailleurs déclaré Emmanuel Macron, prônant le “bon sens”, au sujet du mouvement #lundi14septembre, qui avait pour but de lutter contre les injonctions faites aux adolescentes dans leurs tenues. 

Côté réactions, chacun s’y est donné : Jean-Luc Mélenchon a qualifié Macron de “penseur de l’habillement féminin, qui décide de la longueur à partir de laquelle une jeune femme, une jeune fille ou une fillette se comporte de manière décente ou non. C’est tellement incroyable que je pense que la plupart d’entre nous en restons sidérés, et qu’on se demande même si on a envie de polémiquer sur un sujet pareil. La France est prise dans une sorte de folie où on se dirigerait progressivement vers une police du vêtement, les uns ne supportant pas les foulards et les voiles, les autres la longueur des T-shirts, d’aucuns pourraient se prononcer sur la longueur des robes.” 

Eric Piolle, le maire écologiste de Grenoble déclarait au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV : “Est-ce que le problème, c’est les crop top ? Parce que finalement pour certains et pour Blanquer on a l’impression que le problème c’est le nombril des filles, moi je pense que le problème c’est le regard des hommes.”

Le problème étant que si Macron n’étant pas favorable au crop top, il exprime surtout le fait que selon lui, “tout ce qui renvoie à une volonté d’exister n’a pas sa place à l’école”. Pourtant, tout vêtement est un mode d’expression en lui-même, je ne vous apprends rien ici. 

Culture du viol

Cette énième polémique sur la tenue et l’apparence des jeunes filles ne date pas d’hier. Le média Brut a d’ailleurs retracé ce débat dans une vidéo mettant en parallèle les restrictions qui s’appliquent aux écolières dans les années 60, qui expliquaient qu’on leur interdisait “les cheveux dans le dos, les cheveux décolorés, le maquillage, les lunettes fumées…” Ce mécanisme de culpabilisation constante des adolescences est l’un des symptômes de la culture du viol, définie selon l’ONU Femmes comme “l’environnement social qui permet de normaliser et de justifier la violence sexuelle, alimentée par les inégalités persistantes entre les sexes et les attitudes à leur égard”. On est à deux doigts du “tu as vu comment elle était habillée ?”

Intéressons-nous au vêtement de la discorde. Le crop top, haut court ou “chandail bedaine” en québecois se popularise dans les années 1960 lors de la révolution sexuelle et revient à la mode dans les années 1980, propulsé par le film Flashdance. On trouve aussi des crop top pour hommes, portés notamment par Kid Cudi, Zac Efron dans Dirty Grandpa ou encore Will Ferrell dans SaturdayNightLive en 2011. Ce top est devenu, avec le mouvement #lundi14septembre mais aussi depuis les années 2000, le symbole d’une génération qui s’assume et défend ses droits.«Je vois cette résistance comme une forme de puritanisme qui demande aux filles de se couvrir, sous-entendant que cette chair dénudée est indécente, à cacher.» décrypte Alice Pfeiffer pour Madame Figaro.

Si aujourd’hui, les corps s’acceptent et se montrent, plutôt que de shamer les jeunes femmes, et si on offrait un cours d’éducation civique à ces messieurs pour arrêter d’hypersexualiser les adolescentes ?

Sources : https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2020/10/06/le-crop-top-de-thomas-edison-a-zac-efron-en-passant-par-flashdance_6054910_4500055.html

https://www.unwomen.org/fr/news/stories/2019/11/compilation-ways-you-can-stand-against-rape-culture

https://i-d.vice.com/fr/article/43kyqg/mais-ou-sont-passes-les-hommes-heteros-en-crop-tops

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