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Changement d’ère

Changement d’ère

 le décalage entre l’élite et le peuple renvoie au décalage entre fonctions cognitives et fonctions sensibles dans le corps.

Les sensibles reçoivent directement les informations (externes et internes) que les cognitives interprètent grâce au bagage mémoriel, ce qui permet de prévoir la suite –établir un diagnostic qui permet d’agir. Ainsi le présent sensible et immédiat est médiatisé par le processus d’articulation passé-futur dont le cognitif a la charge. Le cognitif se trouve donc nécessairement « en retard » sur le sensible, retard qu’il compense par sa capacité prévisionnelle. Tant que les prévisions du cognitif sont vérifiées, le sensible y adhère, y trouve « sens ». Lorsqu’elles ne fonctionnent plus, le retard cognitif s’alourdit, si bien que le sensible n’y retrouve plus le sens nécessaire à son action. La distance entre les deux devient incommensurable. Les deux sont livrés à eux-mêmes. Le cognitif reste perché dans son discours, le sensible agit sans plus de processus qui lui offrait une distance par rapport au monde. 

Il y a  crise. 

Dans le discours dominant, le corps social renvoie au même processus : l’élite est celle qui est en charge de gérer la mémoire collective et d’organiser le futur, le peuple est la masse sensible qui « éprouve » le présent. 

Tant que l’« élite » (mot issu leur fiction, leur domination) parvient à articuler les trois temps, le présent est vivable selon le « sens » qui lui donne cette articulation. Le sensible (nous) s’y retrouve. 

Quand elle n’y parvient plus, le peuple (nous) se trouve en situation d’éprouver (chômage, santé, pauvreté) sans pouvoir lire et donc comprendre ce qui lui (nous) arrive. L’élite, déconnectée de son corps sensible, n’éprouve aucun des effets de cette même situation, elle n’a donc aucune raison de changer. Elle perpétue ainsi un logiciel qui, chaque jour, prend plus de retard sur le réel éprouvé par d’autres. Elle reste avec son logiciel lisant un monde déjà trépassé. Elle interprète une réalité qui n’existe plus, avec des clefs obsolètes pour saisir le présent. Seul le sensible (nous) le subit de plein fouet. 

Le monde change. 

les mutations actuelles sont comme le passage d’un système de valeur multiséculaire : Rationalité, Individualité, Progrés, à un autre qui entre en dominance : Émotion, Communauté, jouissance du Présent. 

Si cela semble cohérent avec ce que l’on observe aujourd’hui, je crains que ce ne soit un peu simplifiant, comme lecture, pour éclairer notre futur le plus immédiat. En nous  appuyant sur cette dynamique évidente, nous ignorons que les grands promoteurs du Nous occupant l’espace médiatique aujourd’hui s’appellent Xi Jing Pin, Poutine, Erdogan, Daesh, etc. Soit : un Nous qui semble bien décidé à éliminer les défenseurs du Je.  

Est-il possible de concevoir un Nous qui, loin de s’opposer au Je, le renforce. Et un Je qui, par son travail créatif, approfondisse la conscience collective, ce « Nous » ? C’est à la recherche d’une nouvelle dynamique ou « Nous » et « Je » se renforce l’un l’autre, que nous trouverons, peut-être, une «Démocratie » d’aujourd’hui, de demain. Celle-ci sera sans plus de division entre un « cognitif » et un « sensible » mais de tous, à la fois sensibles et cognitifs, s’occupant de tout.

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