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Comment mettre le zbeul en restant non-violent

Comment mettre le zbeul en restant non-violent

Aux Camps Climat, ici à Grenoble, la non-violence est avant-tout stratégique. © Adrien Tanghe

Savez-vous lutter ? Dans toute la France, des associations de défense pour le climat organisent des Camps Climat pour discuter stratégie, organisation et actions non-violentes. Tuto express avec Thibaut Godin, militant à ANV-COP21 et Alternatiba.

Si vous venez pour de la castagne, vous allez être déçu. Aux Camps Climat, organisés dans toute la France par Alternatiba, les Amis de la Terre et ANV-COP21 (Action non-violente COP21), on apprend la lutte non-violente. « C’est très large, ce sont tous les modes d’actions qui permettent de faire passer des messages sans s’en prendre violemment aux personnes », relate Thibaut Godin, militant de 26 ans. Les dégradations matérielles ne sont pas exclues mais « elles doivent être décidées collectivement à l’avance », précise-t-il.

Le politologue Gene Sharp, spécialiste de la lutte non-violente et fondateur de l’organisation dédiée à ce sujet, la Albert Einstein Institution, a d’ailleurs dressé une liste de ces modes d’action, rappelle Godin, et en a dénombré 198, réparties en trois grandes catégories :

– Les méthodes de protestation et de persuasion non-violente : on y trouve les pétitions, les pamphlets et les livres, les groupes de pression, les peintures de protestation ou encore l’exécution de pièces de théâtre et de musique ;

– Les méthodes de non coopération : parmi lesquelles le boycott social, la grève du sexe, la démission d’institutions sociales, l’émigration de protestation (hijrat), le refus de payer des frais, droits et taxes (voir l’influent texte La désobéissance civile, de Henry David Thoreau) ou les nombreuses formes de grève (progressive, focalisée, par « maladie », etc.) ;

– Les méthodes d’intervention non violente : comme le jeûne, les occupations non violentes, le théâtre de guérilla, la contrefaçon politiquement motivée ou la recherche d’emprisonnement.

L’étymologie de « radical » ? « Racine »

Des écolos anglais qui s’attachent aux arbres pour s’opposer à la constructions d’autoroutes (voir l’excellent A bas l’empire, Vive le printemps, aux éditions Divergences), à l’occupation illégale de Notre-Dames-des-Landes en passant par les intrusions dans des centrales nucléaires par les militants de Greenpeace, l’action non-violente et la désobéissance civile font partie de l’arsenal de lutte historique des mouvements écologistes.

« Au niveau local, nous avons beaucoup de victoires », relate Thibaut Godin, l’accent mélodieux du Pays Basque. Ainsi par exemple en 2016, quelques mois après la COP21, le sommet du pétrole offshore à Pau réunissait des pétroliers « venus réfléchir à comment creuser plus encore pour extraire des énergies fossiles », dénonce le militant. La perturbation est totale : blocage des entrées par des structures gonflables d’un côté et par un sit-in de l’autre, mise en scène théâtrale d’un die-in pour représenter le caractère criminel de ces activités, interpellations… « On a eu écho de gens qui avaient arrêté de travailler dans l’industrie pétrolière avec ces actions, dit Thibaut Godin. Des policiers ont aussi changé de métier. » Plus récemment, en 2020, un projet de Surf Park a été abandonné face à la mobilisation citoyenne. La même année, l’association Bizi a réussi à imposer la construction d’une piste cyclable sur une artère principale de Biarritz en rénovation en taggant la loi qui contraint la mairie à le faire.

Radical ? Pour Thibaut Godin, ce n’est pas un gros mot. « C’est un mot qui est dévoyé mais l’étymologie de ce mot vient de racine. Nous prenons le système à la racine, c’est un mot important dans notre philosophie d’action. » Et si, face à la violence de l’État et du système, la non-violence ne suffisait plus ? « La question n’est pas de savoir si la violence est légitime ou non. Pour nous, la non-violence est stratégique : elle nous permet de changer le système avec le plus de monde possible », tranche Godin.

Comment réussir une action non-violente ? Tuto express.

– Tout ça, c’est de la comm’

Lorsque l’on organise une action, la première question à se poser est le message qu’on veut faire passer, explique Thibaut Godin. Il doit être compréhensible en une phrase par un enfant de 6 ans.

Autre aspect important de la communication de votre message : la photo. « Quelle est la photo à prendre lors de votre action ? Les gens que l’on va toucher sur le mouvement est une partie assez faible. Ce qui va compter est l’écho médiatique », explique le militant. 

– 1 personne = 1 rôle

La lutte non-violente est une affaire sérieuse et chacun doit être à sa place. Ainsi par exemple, il faut déterminer dans votre groupe des « peacekeepers » ou « anges gardiens » en VF. « Ils seront autour de l’action pour expliquer aux passants ce qu’on fait, qui on est, combien de temps on va rester et que nous sommes non-violents ».

De la même façon, on désigne un « contact police », qui sera la personne chargée d’expliquer à la police l’action en train de se dérouler en insistant sur la non-violence.

– Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous

Il arrive souvent, lors d’action de désobéissance civile, d’assister à des arrestations. Faites durer le plaisir ! En utilisant par exemple la technique du poids mort, pour vous rendre le plus lourd possible pour les forces de l’ordre.

Si vous êtes arrêté, vous pouvez décliner votre identité… et c’est tout !

– Misez sur la désescalade de la violence

Si la manifestation tourne mal, organisez-vous pour apaiser l’ambiance. Une bonne technique est de s’asseoir. « Les gens qui provoquent des violences peuvent être des agents sous couverture. » Ne répondez pas à la violence par la violence.

Et, puisqu’il faut bien citer le maître de la non-violence Gandhi, rappelons-nous : « Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses ».

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