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ya.danger (2) des créateurs/activistes de mode performent sur la place saint Michel

ya.danger (2) des créateurs/activistes de mode performent sur la place saint Michel

Remi et Pierre sont à l’origine de ya.danger, ils créent des produits et des expériences de haute couture. Ils nous ont invité à l’une de leurs performances mise en scène avec leur « crew » place Saint-Michel. Nous les avons rejoints sous le pont du même nom lors de leur préparation. Voilà :

On part du pont, face à Saint-Michel et on descend les marches, une à une, il a plu, ça glisse, peut-être l’urine, celle des touristes et on retrouve la bande qui se bat avec des sacs plastiques verts. Ça fait du bien. D’emblée j’aime ces gens-là. Pourquoi, je ne sais pas mais ça fit. L’histoire commence là. Sous un pont. Comme ça. Qu’est-ce qu’il en adviendra ? Qu’importe, il existe un début. On le prend et on suit.

J’ai vite compris qu’ils étaient loin devant, là où personne ne les n’attend. Inconvenants. Petits, grands, enveloppés dans une élégance de contes pour enfants réservés aux grands. Un mélange serein et enfantin qui donne au sexe la part belle. Les peaux s’additionnent aux tissus comme un continuum, femme, homme, tissus entassés, couleurs qui montent et descendent dans des gammes qui explosent. Il n’y a pas d’opinion, juste une grandeur d’âme qui passe dans des regards joyeux, apaisés. Tissu/peau. C’est la parure qui rend beau. Ça donne du tact aux gens, certainement sont-ils moins vulnérables et plus serviables avec une couche de vêtements conçue pour leur peau.

Le monde est différent sous ce pont. On attend. L’un d’eux donne le signal et ils s’ébranlent dans l’escalier qui rejoint la place Saint Michel dans leur costume vert Poubelle. Des lucioles qui s’allument dans le trafic. Discrets, lents. Ils sont là, bien, là et ils tiennent. Ça part lentement d’abord, un ballet comme une sorte de marelle dans la soie, la fourrure, la ficelle. C’est neuf et il n’y a aucune usure, ça sent la fraîcheur, le matin. On sent bien qu’ils en ont besoin, qu’il y a urgence, se parer, tourner, se mettre en valeur, donner du monde une nouvelle version à travers leurs vêtements. Il y a une urgence de beauté, de nonchalance. Ça vient de la nuit des temps, du sacré et ça danse, chamans qui se balancent. Les piétons pensent, j’en veux autant, sans rien dire. Ça prend des photos avec le sourire.

Le rythme s’accélère, on se roule par terre comme une gloire au printemps, on s’enroule dans ses vêtements, on lève les bras en l’air. Il y a au centre de la danse un totem qui régule les mouvements et envoie des vagues de bonheur. Urgence. On a besoin de ce point fixe au centre qui donne de l’assurance, qui couvre les erreurs, donne de la puissance, élève dans une dimension supérieure, car c’est bien ça qu’ils font au fond. Quitter la banalité pour les couches supérieures, rien que ça. Élever. Des vêtements. Du temps. Des couleurs. Cette espèce de moiteur qui colle au front. On mélange. On visite les étages supérieurs. 

C’est elle qui aura l’idée d’y mettre un pied, la grande blonde, la fontaine, l’eau et ça patauge dans l’eau et ça devient de plus en plus élégant, ça grimpe sur la fontaine, une scène fellinienne, le cinéma italien et ils tournent dans l’eau, les vêtements qui collent sur la peau et les photos qui se déchaînent. La ville est à leurs pieds, les voitures ont fui, ils sont seuls dans la ville et dans la fontaine. Un bruit diffus avant le clip de fin ça s’illumine et la lumière se brouille. Stop, on éteint. Doucement ils redescendent dans la rue en se donnant la main. Leur performance et terminée et ils ont faim.

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