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Interview de François Négret

Interview de François Négret

Le 74ème festival de Cannes s’est terminé il y a une semaine. Loin des paillettes de Cannes, dans un café de la rue Caulaincourt, je retrouve l’acteur François Négret.  Nous parlons de ce que c’est, le métier d’acteur. Je me souviens de Jean-Roger dans De bruit et de fureur, un personnage inoubliable de ce film magnifique réalisé par Jean-Claude Brisseau, grand cinéaste français. Oui, tous ces adjectifs ! Jean-Roger, 14 ans (François en avait 19) : des yeux fiévreux, cerné, pale, révolté contre toute autorité, dans ce paysage en béton de Bagnolet, qui n’a pas changé en trente ans, traverse ces dalles extérieures ou souterraines, survolté et désespéré. Louis Skorecki écrivait dans Libération sur le jeune acteur François Négret : (Il) a la présence d’un jeune Brando, l’allure de James Dean, l’intériorité meurtrie de Montgomery Clift. «Magnifique à faire peur», selon l’expression de Michel Cressole, qui décrivait son personnage comme « une vraie peste, un enfant-loup, intenable », avec « des éclairs dans ses yeux bleus, rapide comme un coup en traître ». C’était le premier rôle de François Négret. Et aujourd’hui, où en es-tu François ?

Je ne suis pas James Dean, dieu merci, j’ai pas eu le destin de toutes ces stars qui sont mortes jeunes, c’est bien de vivre, survivre, durer dans ce métier. Là, je rejoue, j’étais parti au Mexique jouer Antonin Artaud, puis je fais un spectacle.

Après De bruit et de fureur, ça a démarré très fort, mais j’ai pas su prendre, je ne suis pas arrivé, j’ai bu, de plus en plus, j’ai pris des produits, j’ai rencontré un nombre stupéfiant de produits, c’est pas un secret, j’en parle librement, j’ai tout arrêté il y a 17 ans. C’est violent le cinéma, les gens qui viennent vous voir, vous disent que vous êtes formidable, tout ce monde de paillettes de cinéma. Brisseau, c’est le premier qui m’a fait confiance : Jean-Roger, le fils du personnage interprété par Bruno Crémer, le fils parricide…

J’ai revu De bruit et de fureur il y a trois ans à l’Archipel, présenté par Serge Bozon…

Oui, j’y étais, Serge Bozon avait invité Brisseau qui était intarissable dans les débats et ce soir-là, il était intarissable comme toujours. C’est Jean-Claude – c’était, il est mort, il y a deux ans. Moi, je n’avais pas revu le film. Quand j’ai l’ai revu, c’est vrai, le film se bonifie avec le temps. C’est un film culte. C’est un film sur les oiseaux, j’étais allé le voir une fois avec un ami, qui chante de l’opéra et qui siffle aussi, comme les oiseaux, il avait dit c’était un film sur les oiseaux, j’aime bien ce côté : un film sur « de drôles d’oiseaux ». Le premier souvenir que j’ai du film, c’est le faucon, en sortant du métro à Bagnolet, il y avait le faucon dans sa cage, et le type qui s’occupait du faucon.

J’en suis revenu du cinéma. Il y a, au cinéma, un coté pyramidal et féodal. Il y a des types qui sont en haut de la pyramide, c’est insupportable. Je trouve plus de bonheur à faire travailler des gens pour mon spectacle. J’ai créé ce spectacle, on en est à la 76ème représentation, c’est juste là, pas loin, au Bab Ilo. En arabe « bab » veut dire porte, c’est une porte ce spectacle. J’ai retrouvé un endroit de liberté, un peu comme dans le spectacle de rue. Flèche la chair, c’est le titre. Je chante aussi dans le spectacle, je me suis mis à chanter. Je chante faux, mais qui a déclaré que chanter faux était le contraire de chanter vrai ?

Dans mon spectacle, il y a Verlaine, Jean Genet, Louis Calaferte, il y a des poèmes de Mahmoud Darwich, ce poète palestinien, j’adore la poésie. La poésie n’a pas de frontières, gardez vos politiques en dehors de ma musique. Je n’ai pas une conscience politique mais poétique, mais la conscience poétique est aussi politique, par contre la politique est rarement poétique.

Il y a plusieurs langues, tu pourrais venir aussi, si tu voulais parler en tchèque, ça me plairait beaucoup, dire quelque chose en tchèque – on a plein de langues, l’allemand, le suédois, le coréen… mais pas le tchèque. C’est un spectacle qui est ouvert à tout le monde, il y a des gens qui reviennent, c’est le contraire du cinéma. J’ai été blessé dans ce métier, on te prend, on te jette.

On veut toujours me faire jouer des rôles de salauds, le côté stéréotype du cinéma, je ne supporte pas. Après De bruit et de fureur, j’ai refusé des rôles qui voulaient me mettre toujours dans le même rôle.

Ce n’est pas que le cinéma m’a toujours déçu, il y a eu Brisseau qui m’a initié à la cinéphilie. J’ai aimé Béla Tarr : Damnation, Les Harmonies Werckmeister, Satantango d’après Krasnosznahorkai. Et aussi Boy meets girl (de Leos Carax), c’est un film qui m’a marqué. Là, je suis allé voir Dans la ville blanche d’Alain Tanner, j’aimais bien le titre.

Qu’est-ce que la caméra enregistre ? La lumière, la fêlure, ce sont des fantômes. C’est la lumière qui passe à travers la fêlure.

Et on se sépare avec François Négret devant le café rue Caulaincourt.

Le spectacle on va le rejouer en septembre !

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