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“WOODEN GRAFFITI” interview du graffeur menuisier Renz par Veneno.

“WOODEN GRAFFITI” interview du graffeur menuisier Renz par Veneno.

Réussir à faire rentrer un graffiti de 10 mètres dans un objet en bois sans perdre l’énergie des lettrages est un véritable challenge ! J’aime l’idée de toujours faire quelque chose de nouveau et d’unique“.

Peux-tu te présenter ? Quelle formation as-tu ?
Salut Veneno ! 
Je suis Renz dans le Graffiti (Tagr Wood pour mes créations en bois), fier membre des crew MCT, CSX, IBS, EB et tout fraîchement BANDIDOS. 
Je suis menuisier depuis plusieurs années.

Parle-nous de ta carrière de graffiti artist ? Quand as-tu commencé ?
J’ai fait mes premiers tags en 1996 en région parisienne. Je m’intéressais déjà à cet univers que je ne comprenais pas vraiment mais qui m’attirait fortement. C’est à 16 ans que j’ai appris les bases du Graff. On était un bon groupe d’amis, le BRS CREW. Ça squattait et ça peignait à longueur de journée. J’avais deux obsessions à cette époque, le basket et le Graffiti, ce qui était loin d’être incompatible vu que je passais mon temps dans les transports en commun pour aller à l’entraînement, muni de ma 15…

Comment définirais-tu ton style de lettrage ?
Plutôt classique, je viens du chrome, même si j’ai eu une grosse période wild style ou j’essayais de caler 15 flèches par peinture. J’aime l’efficacité et le dynamisme ! Il faut que chaque lettre de ma pièce puisse se tenir toute seule. Aujourd’hui si je rajoute des phases (effets) à mes lettres c’est pour donner plus de mouvement. 
De temps en temps, je m’essaye à des pièces plus abstraites. Tout aussi jouissif, mais plus rare.

Si tu devais citer 5 artistes ou graffiti artist qui t’ont influencé dans ton parcours, lesquels nommerais-tu ?
C’est difficile de réduire la liste à cinq personnes ! La première et la plus importante c’est Inser. C’est lui qui m’a inculqué toutes les bases. Sans lui et son fort caractère je n’aurais jamais pu en être là où j’en suis aujourd’hui ! 

Après je vais plutôt citer des crew, comme les HG, les CP5( Yo Sino, Ease), les MCT (Yo Papy !), les OC (big up à Vision qui fut une grosse inspiration), les BAN bretons (autre big up à Jone, qui s’était incrusté sur notre mur et m’avait mis une telle claque visuelle que je suis revenu le lendemain pour refaire ma pièce, ce qui fut mon premier Wild Style) puis forcément les New Yorkais et Stare NME ! 

Enfin les trois derniers writers à m’avoir beaucoup influencé, Peams Csx, Persu et Aise, de très bons amis.

Tu es le fondateur du IBS CREW, que peux-tu nous dire à propos de ce crew Nantais ? Quelle en est la philosophie ? 
On est quatre à la base, Worm, Persu, Smerf et moi. C’est une équipe de bons copains avant tout, qui regroupe des gens aux profils et aux styles très différents.  

Je viens d’un milieu qui était plutôt fermé, mais avec le IBS on fait s’entrechoquer des univers artistiques qui, de prime abord, ne sont pas forcément destinés à se côtoyer. Ça donne des sessions peinture hasardeuses mais riches et plaisantes.   

Veneno & Buryal

Tu as vécu pas mal d’années à Belgrade. Comment as-tu perçu la scène graffiti Belgradoise ? As-tu des anecdotes à ce sujet, rencontres, moments vécus ?
C’était fou ! Même s’il y avait quelques graffeurs vraiment old school en Serbie, aux débuts des années 2000, on était la deuxième génération vraiment active. La scène était petite avec une poignée de graffeurs mais la compétition était vraiment présente. Ayant moi-même commencé dans le milieu des années 1990, ça se rapprochait vraiment de l’image qu’on se fait des débuts du Graffiti : plein de gamins libres qui couraient partout bombe à la main. Le gouvernement et la population touchés par l’après-guerre d’ex-yougoslavie ne savaient pas comment gérer cette nouvelle vague. C’était vraiment free. Les trains, les immeubles, tout y passait sans se soucier des conséquences. D’ailleurs, moi qui revenai de Paris, j’avais des réflexes de préservation face à la police que les gars de mon crew SDB n’avaient pas forcément, mais ça ne m’a pas pris long pour m’adapter ! Quand j’y repense, c’était vraiment une ambiance particulière. La police Serbe n’était pas connue pour sa pédagogie pourtant l’insouciance était de mise.

Ça a donné des scènes irréelles d’ailleurs. Lors d’un flagrant délit, une voiture de police a appelé des renforts. Lorsque les 4 policiers sont arrivés, le ton est très fortement monté entre eux pour savoir s’ils devaient nous laisser partir ou nous interpeller. Ce soir-là on a eu de la chance.  

On s’est fait braquer par des gardiens de train armés de Kalachnikov dans un dépôt. Ils voulaient juste nous faire peur heureusement. Mission réussie ! Mais on est revenus… des dizaines de fois !

Il y avait un dépôt de train en plein bidonville dans lequel on venait régulièrement avec des restes de bombes de peinture qu’on distribuait aux gamins. En échange, ils faisaient le guet pour nous.

De toute ma carrière de graffeur, ça reste ma période préférée. On était une bonne bande de potes très actifs, on avait un QG magique, un bar flottant sur le Danube ou je passais du son tous les dimanches…La compétition était rude et les souvenirs se comptent par centaines.

Persu & Buryal

En parallèle du graffiti tu créés des boombox (poste radio cassette) en bois représentant des lettres s’inspirant du style de tes propres graffitis.  Peux-tu nous expliquer ton concept ? Comment t’es venue l’idée de mêler ta passion pour l’ébénisterie avec celle du graffiti ?
Ça fait un moment que je m’évertue à mélanger mes deux passions, le Graffiti et le travail du bois. J’ai commencé par faire des tags en bois, des enseignes de bar et autres pièces inspirées du Graff.  

Mes boombox sont le fruit du hasard et d’une envie de pousser plus loin mon concept en désignant des meubles basés sur de la typographie.

Avant de me lancer dans la conception grand format d’une étagère, j’ai fabriqué une maquette pour voir quels seraient les problèmes rencontrés. Pendant la fabrication, je suis tombé à plusieurs reprises sur une paire d’enceinte qui étaient toujours dans mes pattes dans atelier et j’ai fini par les poser sur l’établi.  
Une fois ces deux éléments côte à côte, ça m’a semblé évident. Comme pour beaucoup de gens, la musique rythme ma vie de tous les jours, que je sois entrain de bosser ou promener mon chien, j’ai toujours le casque sur les oreilles ! Sans hésiter, j’ai démonté les haut-parleurs et j’ai fait plusieurs tests pour les intégrer à la maquette. 

Un mec qui passait devant mon atelier donnant sur rue s’arrête et regarde perplexe ce que je fais. Il me dit : « cool ton projet, mais tu vas faire comment pour le calcul des volumes internes ? » Ce bref échange m’a fait comprendre à quel point l’eau dans laquelle je nageais était profonde et à quel point mon besoin de challenge allait être assouvi !

Quel est ton secret pour que la qualité acoustique soit à la hauteur du rendu esthétique ?
Je fais tester la qualité acoustique de chacune de mes créations par un professionnel pour m’assurer qu’elle soit au rendez-vous. En parallèle je continue mes recherches et fais beaucoup de tests. 
Au fur et à mesure de mes avancées théoriques, j’achète du matos afin de les mettre en pratique. 
Mes boombox passent toutes par les mains expertes de Didier de chez 
www.soundheritage.fr pour m’assurer que tout soit carré !

J’ai également remarqué que tu as réalisé une lampe, toujours avec cette idée de valoriser l’objet avec un style très graffiti. Comment choisis-tu les lettres ? Est-ce par pur esthétisme ou pour des raisons techniques ? 

J’ai vraiment envie d’exprimer mon amour pour la lettre, la mettre en valeur mais aussi lui donner une utilité. Cependant les contraintes techniques de chaque création influent directement sur son aspect, surtout pour les boombox, pour lesquelles le matériel HI-FI choisi me dicte les proportions et formes que je vais privilégier.

Comment cela se passe-t-il si quelqu’un veut te commander un tel objet ? 
On peut me contacter sur Instagram @tagrwood. Les gens arrivent souvent avec une idée en tête et ensuite je leur propose plusieurs designs.  Mon site internet est presque prêt, vous pourrez retrouver le lien sur ma page Insta dans les jours à venir.

Qui sont tes clients ? Particuliers, professionnels ? Les deux ?
Pour l’instant des particuliers, mais je serai très heureux de collaborer avec des professionnels.

Quels sont tes projets futurs ? 
Je continue à développer les boombox et les lampes. Je veux présenter des projets de plus en plus complexes, travailler de nouvelles formes, de nouveaux matériaux. Réussir à faire rentrer un graffiti de 10 mètres dans un objet en bois sans perdre l’énergie des lettrages est un véritable challenge ! J’aime l’idée de toujours faire quelque chose de nouveau et d’unique.  

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?  
Que mes clients continuent de me challenger !

Instagram : https://www.instagram.com/tagrwood/
Facebook : https://m.facebook.com/tagrwood

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