pixel
Now Reading
Faire son premier film avec le GREC

Faire son premier film avec le GREC

Il y a cet endroit, le GREC (Groupe de recherches et d’essais cinématographiques), où on peut faire un premier film. J’ai rencontré Anne Luthaud, qui est la déléguée générale du GREC.

Anne, peux-tu me dire ce qu’est le GREC et comment on peut faire un premier film ?

Le principe du GREC, c’est que n’importe qui peut déposer un projet de court-métrage, sans avoir jamais fait de film avant, sans avoir fait une école de cinéma, sans avoir une connaissance cinéphilique importante. L’idée c’est d’être ouvert à tous ceux dont c’est le désir de faire un film. On leur donne les moyens de le faire via une aide financière et un aussi un accompagnement. Donc qui veut postuler au Grec en envoyant son projet de film, peut le faire. Ça peut être une fiction, un documentaire, un film expérimental… Après, il y a une sélection : 3 groupes de lecteurs se réunissent 3 fois par an et retiennent à peu près 20 projets au total. Il n’y a pas de lois, si on veut faire une fiction de genre, une comédie, un documentaire, une comédie musicale, je veux dire, il n’y a pas d’interdit. La bourse pour le premier film s’échelonne entre 16 000 et 18 000 euros. Le GREC est soutenu et subventionné par le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), qui donne de l’argent pour que les premiers films, qui ne ressemblent pas aux autres, existent.

« Nous ne sommes pas encore morts » de Joanne Rakotoarisoa

Mais est-ce qu’il faut envoyer un scénario dialogué, avec les séquences, tout ça ? Ou est-ce qu’on peut présenter juste un texte, en décrivant comment on imagine le film, si on n’a pas vraiment la connaissance de ce que c’est qu’un scénario ?

La chose importante, c’est que les personnes de la commission de sélection composée de réalisateurs, producteurs et techniciens puissent se rendre compte vraiment de ce que ça va être, le film. Après, on n’est pas obligé de rentrer dans les règles du scénario établi comme par exemple pour le CNC ou d’autres commissions institutionnelles.

Tournage « La Loire » de Alain Petiteau

Un film peut aussi s’inventer au fur et mesure, sans dialogues écrits…

Les scénarios qu’on reçoit sont la plupart du temps dialogués, mais la règle n’est pas obligatoirement respectée. Il faut dire qu’au GREC, on a la liberté de présenter et de raconter son film comme on a envie, sans avoir appris l’écriture d’un scénario. L’idée de départ, quand le GREC a été créé en 1989 par le cinéaste Jean Rouch et les producteurs Pierre Braunberger et Anatole Dauman, c’était de permettre à tous ceux qui ont envie de faire un premier film, de le faire. On leur donne les moyens techniques et les moyens financiers : on prend son temps, il n’y a pas une obligation de rentabilité, on peut essayer des choses.

Tournage « Basses » de Felix Imbertdav

Est-ce qu’on peut ne pas passer par l’écriture du scénario ?

Il y a aussi une possibilité de présenter 5 à 7 minutes de rushs : ça s’appelle GREC Rush, c’est une sélection à partir de rushs d’un film déjà tourné, mais pas terminé. Par exemple des images tournées avec une petite caméra, accompagnées d’une page seulement, où on décrit comment on imagine le film, d’où vient l’idée. Et on envoie ça, et le GREC aide à finir le film, à faire le montage, le mixage, l’étalonnage… On ne donne pas seulement des moyens techniques mais aussi une bourse pour finir le film.

Il y a une nouvelle génération, on voit leurs films dans les festivals. À Pantin, par exemple, il y a des films étonnants…

Comme le GREC est ouvert à tous, il y a des films qui sont très différents les uns des autres. Cette année, il y a eu 10 films à Cannes dont le réalisateur avait fait son premier film au GREC, c’est beaucoup, ça veut dire que c’est un endroit où les gens commencent et apprennent en faisant. Ils apprennent toutes les étapes, il y a une équipe ici qui peut les aider. On leur donne des conseils pour la préparation du film. Ils peuvent apprendre aussi l’écriture : si leur scénario n’est pas assez écrit, on peut leur proposer un scénariste. On va leur apprendre comment on fait un devis. Sur le tournage, ce n’est pas comme dans une école, le réalisateur est seul avec son équipe. Après, on les retrouve au montage, on regarde plusieurs fois avec eux, et on leur fait des retours. Mais il n’y a pas, comme le font certains producteurs, cette chose de vouloir les conduire à un certain endroit. On n’essaie pas de les faire entrer dans un créneau ou une ligne, on les aide dans leur idée à eux.

« Bobby brule » de Jade Boudet et Amelie Bigard

Et pour connaître le GREC ? Il y a plein d e gens qui ne savent pas que ça existe…

Ca fait 5-6 ans qu’on fait un travail de communication, on cherche des partenariats, on a créé une résidence Frontière avec le Musée national de l’Histoire d’immigration. Ça fait venir d’autres personnes. C’est une résidence pendant 6 mois, sur le thème des migrations. Le cinéaste reçoit une bourse, et après le film est produit par le GREC. On essaie surtout de faire en sorte que les films faits au GREC soient montrés. On a une liste de festivals, on aide le réalisateur à envoyer les documents qu’il faut. Il y a beaucoup de films qui sont au festival de Pantin, où il y a plusieurs sélections. Mais les sélections dans les festivals sont de plus en plus difficiles pour les courts-métrages, alors on fait un travail de diffusion, on a des partenariats avec des cinémas comme le Saint-André-des-Arts ou le Nouvel Odéon, où on montre des films qui n’ont pas été dans les festivals.

J’ai envie de dire encore que le GREC c’est un endroit du désir, tu aimerais faire un film, tu viens, et tu fais.

Nous ne sommes pas encore morts de Joanne Rakotoarisoa :

Tant qu’il nous reste des fusils à pompe de Caroline Poggi et Jonathan Vinel

Scroll To Top