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Le Moring, art et danse guerrière réunionnaise :

Le Moring, art et danse guerrière réunionnaise :

Patrimoine culturel méconnu de l’île de la Réunion, le Moring ou Moring Kréol, art et danse guerrière, fait partie des traditions réunionnaises.

Le terme moring semble être un mot endémique dans le bassin de l’Océan Indien. D’origine afro-malgache, le moring se décline en plusieurs styles d’arts guerriers notamment à Madagascar ou encore dans l’archipel des Comores. Nous pouvons citer : le Watcha, le Tsimihety, le Ringa, le Diamanga, le Moridima, le Mrengué et bien d’autres.

Voici un clip vidéo de Michel Dragon énonçant les différents styles de moring présents dans l’Océan Indien:

D’un point de vue étymologique, le mot moring vient de la langue malgache « moraingy ».

Toutes ces pratiques qui sont arrivées à la Réunion à travers les esclaves, et se pratiquaient dans les plantations de café ou de canne à sucre au 18ème et 19ème siècle.

Au 20ème siècle, le moring sombre dans l’oubli pour des raisons encore obscures. Peu d’articles ont été, encore à ce jour, consacrés au moring.

Avant d’être considérée comme une danse de combat, le moring est un art martial ayant pour but de défendre son clan, sa famille et soi-même dans le temps de l’esclavage. Le côté acrobatique est venu après avec son évolution et sa codification.

Le rite dans le moring est en effet un temps fort autour duquel s’organise l’ensemble du cérémonial. Un batteur de tambour faisait démarrer le moring en jouant de son instrument.

Prologue du combat, le battement était au début lent, invitant les combattants à se manifester et à entrer dans le rond. Le rôle du batteur de tambour, qui est en quelque sorte l’arbitre du combat, était capital car de lui dépendaient le rythme et l’intensité des coups lors des combats. De même, il pouvait empêcher le début du combat en cas de disproportion de force ou l’arrêter s’il estimait que les règles étaient faussées et qu’un combattant était en danger de mort.

Dans les années 90, Jean-René Dreinaza a fait en sorte que le moring soit reconnu en ayant un agrément ministériel. Cela a permis une reconnaissance officielle du moring par l’Etat mais cette action engendre également une perte d’authenticité de cet art. Le moring comprenait à l’origine des coups de têtes, poings et coudes en plus des coups de pieds. Suite à cette reconnaissance, uniquement les coups de pieds sont gardés.

« Le « moring kréol » (nom du moring réunionnais) a des ressemblances avec la capoeira : le talon zirondel, le bourant, les esquives etc, ce sont des coups qu’on retrouve aussi dans la capoeira. A la Réunion, il y avait déjà des similitudes. » nous dit David Testan, moringuèr de Sainte-Suzanne.

Les principales différences entre ces deux arts guerriers, prenant tous les deux leurs origines du continent africain et d’une histoire coloniale partagée, sont : la musique, le rituel et la danse de déplacement.

Le moring kréol est aujourd’hui toujours bien représenté par David Testan ou encore Jonathan Camillot (originaire de la ville de Saint-Louis) qui, lui, a eu aussi l’occasion de représenter le moring dans de grands festivals à la Réunion et dans le monde (Madagascar, Afrique, Canada, Angleterre…) avec son groupe « Kozman Ti Dalon » en alliant la musique Maloya et le Moring.

Aujourd’hui, Jonathan intervient en tant que moniteur de moring dans les écoles.

Le moring à la Réunion est donc toujours présent. Il existe encore des personnes qui font vivre cet art à travers les « ronds moring » dans leur « kour » (quartier). Jonathan veut refaire vivre un moring « à l’ancienne », c’est-à-dire : « Plus de déguisement! Ni de maquillage! Rien ! Habillés normalement ! Pas besoin d’habit spécifique pour faire du moring ! Je suis avec mon jean, mes baskets, j’enlève ma chemise et je rentre dans le rond ! C’est ça le moring ! »

Tel est la véritable nature de cet art et danse guerrière : affirmer son identité culturelle, ne pas laisser les institutions prendre le contrôle de cette tradition réunionnaise et ne pas la limiter en la codifiant.

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