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L’Edito – Le monde en 2035 (part 2) : La chute (possible) de la démocratie américaine

L’Edito – Le monde en 2035 (part 2) : La chute (possible) de la démocratie américaine

Saurons-nous résister au monde virtuel, tel le metaverse, que les acteurs de la tech comme Facebook ou Fornite sont en train de construire à coup de milliards de dollars ? Serons-nous tentés par une fuite hors de la réalité pour nous réfugier dans « La Matrice » comme l’avaient imaginé les Wachowski. (Voir notre dernière tribune.) Toutes ces questions qui semblent encore surréalistes pour certains sont bougrement palpables et concrètes. Demandez à Mark Zukerberg qui une fois encore a tout compris et annoncé jeudi soir que la maison-mère ne s’appellerait désormais plus Facebook, entreprise qui relève du passé, mais Meta pour positionner l’entreprise (post Zuckerberg) dans les nouveaux mondes virtuels. Si les Apps et les marques telles Facebook, WhatsApp, Instagram ou encore Oculus demeurent, elles seront désormais sous le vaste parapluie de Meta. Chapeau, Mark !

Plongerons-nous dans cette « Matrice » proposé par Zuckerberg comme nous avons massivement plongé dans Facebook ? La réponse dépend directement du monde que nous aurons été en capacité de construire d’ici à vingt ans. Sera-t-il encore habitable ? Saurons-nous transmettre aux générations suivantes un modèle acceptable ? Où sont nos risques d’échec ? Nos chances de réussite ? Malgré cette tendance au repli et cette idée que notre avenir dépend du « local » (spécialement dans les extrêmes de droite et de gauche), notre avenir dépend principalement de la politique des trois grands blocs que sont les États-Unis, la Chine et l’Europe. Seuls ces grandes puissances ont la capacité de peser sur la question du climat, de la santé, de la régulation de la finance, des big pharma, des entreprises de la tech, etc. Quel est l’avenir de ces acteurs et comment vont-ils s’emparer des grands enjeux du XXIe siècle ? Tournons-nous d’abord vers les États-Unis où quelque chose est en train de basculer.

Un mouvement de fond est à l’œuvre au pays de l’oncle Sam et dont Trump est la conséquence (et non la cause). On pourrait croire ce personnage iconoclaste disparu des radars, perdu dans les « oubliettes » de l’histoire après son échec aux dernières élections présidentielles et son lamentable départ de la Maison Blanche. C’est mal comprendre la situation qui est en train de se dessiner. Donald Trump sera le candidat en 2024 d’un Parti républicain qui ne se définit plus par ses idées politiques, mais par le rapport de forces entre trumpistes et anti-trumpistes. Le « Grand Old Party », ce référent de la droite républicaine, a cédé sous la pression d’une extrême droite décomplexée et complotiste. Tous ceux qui au sein du Parti ont tenté de s’opposer ont été exclus. L’appareil politique est dédié à la réélection de Trump et il est soutenu par des millions de partisans fanatiques. 

Certains de ces partisans ont déjà « voté » à Wall Street en soutenant le nouveau projet professionnel de l’ancien président. Un réseau social baptisé « Truth social » Un nouveau Gafam alternatif et antisystème pour « résister face au monopole de la censure exercé par les géants des technologies », qui ont « utilisé leur pouvoir unilatéral pour réduire au silence les voix dissidentes en Amérique », déclare l’ancien président, qui détient plus de la moitié du capital de la société et qui a vu sa fortune bondir de près de 4 milliards de dollars en deux jours. Largement de quoi financer une campagne électorale, même aux États-Unis.

Si Trump est candidat il n’hésitera pas à recourir à des moyens non démocratiques pour gagner les Etats clé. « La boxe, comme les élections, ça peut être truqué », a-t-il déclaré récemment depuis sa résidence californienne. Avec cette volonté affichée de « contrôler » coûte que coûte le processus électoral, sa candidature pourrait ouvrir une période d’extrême violence. « On est en train de planter le décor du chaos, avertit Robert Kagan, historien américain. Imaginez des semaines de manifestations et contre-manifestations de masse dans plusieurs États, alors que les parlementaires des deux partis revendiquent la victoire et accusent l’adversaire de se livrer à des manœuvres anticonstitutionnelles afin de prendre le pouvoir. Les partisans des deux camps sont susceptibles d’être mieux armés et plus enclins à passer à l’acte qu’ils ne l’étaient en 2020. » Des violences qui pourraient entraîner l’effondrement de l’Etat fédéral et un affrontement entre les démocrates et les républicains.

Scénario catastrophe ? Peut-être, mais il existe aujourd’hui une vague de passions dont Trump est le symptôme et qui submerge l’Amérique. La résurgence d’une vieille opposition entre les « rouges » et le « bleus », démocrates et libertariens, qui a profondément divisé l’Amérique pendant la guerre de Sécession et qui pourrait encore aujourd’hui faire des ravages. En janvier 2021, l’assaut du Capitole par des milliers d’émeutiers radicaux à l’incitation de Trump pour bloquer la certification des résultats du vote de l’élection présidentielle était-il une répétition générale d’un événement « hors norme » ? La première puissance mondiale se laissera-t-elle glisser sur cette mauvaise pente en sortant du cadre démocratique et en ouvrant une ère d’instabilité politique ? Les répercussions sur l’ensemble de la planète en seraient désastreuses.

Le monde dans vingt ans sera-t-il encore habitable ? Serons-nous tentés par une fuite hors de la réalité comme Meta nous y invite ? Il existe du côté de l’Amérique un risque réel de voir le pays se fragmenter et qu’il soit dans l’incapacité de jouer son rôle de grande puissance pour peser sur les enjeux majeurs qui déterminent notre avenir. Un risque non négligeable qui signerait la mort du politique et favoriserait sans aucun doute la mégalomanie de ce cher Mark et de bien d’autres grands fauves technologiques. « Bienvenue dans la Matrice »

Quid de la Chine, le troisième acteur dans cette grande course mondiale pour trouver des solutions durables à l’équilibre de la planète ? Nous verrons la semaine prochaine comment cet Empire est en train de gérer sa (possible) place de future première puissance mondiale, quels seront ses rapports avec les deux autres grands blocs et comment elle participera (ou pas) à la construction d’un monde acceptable.

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