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Gangneung, une ville de bord de mer et un festival de cinéma en Corée du Sud

Gangneung, une ville de bord de mer et un festival de cinéma en Corée du Sud

Le festival GIFF Gangneung International Film Festival existe depuis trois ans à peine. Il se déroule à Gangneung, une ville de bord de mer, en Corée du Sud. Corée d’où nous arrivent de beaux films, comme ceux de Hong Sang- Soo. Jin Cho est la programmatrice du festival.

Jin Cho

Salut Jin, peux-tu nous dire comment a commencé ce festival ? Et pourquoi avoir créé un nouveau festival ?

Beaucoup de gens aiment visiter Gangneung. il y a la mer, la montagne et un lac, mais la ville a une image « ancienne ». On nous a demandé d’y créer un festival de cinéma. Au départ, ce devait être un festival basé sur la tradition de Gangneung, une tradition littéraire. Le premier roman coréen a été écrit ici, au XIIIe siècle, alors on nous a proposé de faire un festival qui parle du rapport entre le cinéma et la littérature. On a rapidement abandonné cette idée parce que notre programmation n’était pas très intéressante. On a juste créé une section dans notre programmation, « Cinéma et littérature ».

Quels sont vos critères de sélection ?

Les critères de notre sélection, ce sont des films oubliés par le grand circuit commercial. En Corée, il y a le Festival international du film de Buzan, où un très bon programmateur présentait des films asiatiques peu connus. C’est grâce à sa programmation que c’est devenu le plus grand festival d’Asie. Mais avec le temps, ce festival a perdu un peu de terrain : cette année, par exemple, il s’est contenté de programmer des reprises du festival de Cannes.Je trouve que c’est dommage de sélectionner des films primés, d’autant que les films primés à Cannes sortent de toute façon en Corée. Nous, on essaye de faire un travail de découverte. C’est pour ça que j’ai choisi les films de l’Acid de Cannes, parce que j’aime beaucoup ce qu’ils présentent : des films de très bonne qualité mais qui n’ont pas de distributeur.

Vous avez voulu créer un festival où on découvre des films. Comment cherchez-vous ces films ? Êtes-vous plusieurs à les sélectionner ?

Jusqu’à cette année il n’y avait que moi, mais, à partir de l’année prochaine, on va être plusieurs. Sur 4000 films que j’ai visionnés, j’en ai sélectionné 116. Il y a beaucoup de films qui ont été tournés, même pendant le Corona (on appelle ici le Covid 19 par le nom qu’on lui avait donné au début, le Corona). Il y a des réalisateurs qui perdent de plus en plus leur place dans le cinéma commercial ; on voulait que ce soit un lieu de découverte. Il y a des films que j’ai très envie de montrer aux spectateurs, puis il y a aussi des films où c’est un compromis. Je ne veux pas que notre festival devienne un festival élitiste. Et puis on a besoin des spectateurs ; un festival c’est la fête. C’est la grande différence de voir un film pendant le festival : ce n’est pas seulement voir le film, c’est aussi rencontrer les gens. C’est pour ça que je voulais construire une sorte de communauté de cinéma. Les spectateurs ne peuvent pas être homogènes. Certains attendent une programmation très pointue, mais un festival, pour moi, c’est d’abord un lieu de rencontre.

As-tu vu beaucoup de nouveaux films coréens ?

On essaye de présenter des films indépendants coréens, mais cette année, il n’y en a pas eu beaucoup, parce que les salles de cinéma n’ont pas très bien marché. Il n’y a pas eu de confinement en Corée, mais quand même, les gens sont moins allés dans les salles de cinéma. Ils ont plus regardé Netflix ou la plate-forme coréenne What’s Up Corée. Beaucoup de films produits cette année sont allés directement sur la plate-forme. Nous, on ne voulait pas faire la promotion de ces films, alors j’ai choisi pas mal de courts métrages coréens. Il y a des films très intéressants, qui parlent de la vie quotidienne après le Corona. Dans les longs métrages, Giff a présenté cette année des films de jeunes réalisateurs coréens : Lee Weonyouong, Kang Kyungtae, Yoon Danbi.

Moving On de Yoon Danbi

On subventionne aussi des projets de courts métrages. Chaque année, on en aide trois, choisis sur scénario. Mais l’année dernière, sur ces trois films, un seul a été réalisé, tellement les mesures contre le Corona étaient sévères. Ça demande plus d’argent pour réaliser un film, alors il y en a qui sont abandonnés.

On voit la réaction des spectateurs à notre festival. La plupart étaient contents parce qu’ils y trouvaient des films très peu connus. On montre aussi des films classiques, des films anciens, des films que le public coréen ne connaît pas, comme le film de Michael Powell et Emeric Pressburger, Je sais où je vais (I Know Where I’m Going !) 1945; le film de Dušan Makavejev, Les Mystères de l’organisme (Mysteries of the Organism) 1971; des films de John Sayles ou de Paul Vecchiali.

Au 6e étage d’un bâtiment à Gangneung, comme dans un centre commercial, on prend l’ascenseur et on se retrouve dans le festival. On pourrait se demander, dans cet endroit caché, comment ici, au 6e étage, un festival peut fonctionner. Mais les spectateurs sont là. Entre les masques obligatoires, les distances, un fauteuil sur deux condamné par des bandes de scotch, le festival fonctionne, par quel miracle le festival fonctionne-t-il ? Des films avec des productions fragiles, ou de solides coproductions internationales ; le cinéma est là, loin des circuits bien balisés. Les films primés cette année viennent du Kurdistan (Neighbours, de Mano Khalil), de Hongrie (Natural Light, de Dénes Nagy), d’Iran (Botox, de Kaveh Mazaheri).Puis je découvre de nouveaux films coréens. Le cinéma ici se porte bien, malgré tout. Il ne survit pas mais vit à fond.

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