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Deux journées de commémoration des victimes des armes chimiques

Deux journées de commémoration des victimes des armes chimiques

Les 30 novembre et 1er décembre, le Collectif Vietnam Dioxine organisait deux journées de commémoration pour les victimes des armes chimiques. Utilisées pour la première fois en 1915 lors de la bataille d’Yprès, elles font encore aujourd’hui des millions de victimes partout dans le monde.

En commémoration, une journée est dédiée aux victimes des armes chimiques le 30 novembre. Plusieurs collectifs et personnalités publient alors une tribune sur Médiapart intitulée « Pas de cessez-le-feu pour les victimes des armes chimiques ».

Rappeler l’ombre macabre qui plane sur notre histoire contemporaine.

Le 1er décembre, l’artiste Trâm-Anh présentait son exposition pédagogique « Agent orange ». Celle-ci se déroulait à la Mairie du 13ème de Paris, pour la soirée de commémoration des victimes des armes chimiques.

Une exposition poignante

Ses dix panneaux illustrent l’histoire de cette arme chimique, ses conséquences environnementales et sanitaires. Un parcours tout en dessins pour sensibiliser et mobiliser le grand public. Souvent passée sous silence l’horreur de cet herbicide aux propriétés défoliantes est méconnue.

Epandu pendant la guerre du Vietnam, il a tué et contaminé des millions de personnes au Vietnam, au Laos, au Cambodge. L’exposition de Tram-Anh est un hommage aux victimes de cet agent orange ainsi qu’au combat de Tran To Nga.

Cette femme de 79 ans incarne, à elle seule, la lutte pour la reconnaissance de l’implication des firmes d’agrochimies. Journaliste, militante, guérillero, victime elle-même, elle ne cesse de dénoncer les 14 firmes impliquées dans ces crimes (Dow, Monsanto (Bayer), Hercules, Uniroyal…). Elle est aussi autrice de « Ma terre empoisonnée ».

Une table ronde passionnante

Mme Tran To Nga était l’une des invitées de la table ronde organisée à la Mairie du 13ème ce 1er décembre. Elle resta, néanmoins, dans le public afin de laisser la parole aux autres intervenantes et refusant ainsi de monopoliser l’attention sur son combat. 

Sur la scène, Linda Nguon du Banh Mi podcast a animé un échange passionnant entre Maia Missri (pharmacienne, autrice d’une thèse sur les armes chimiques) et Ève Bureau-Point (chercheuse au CNRS, anthropologue, spécialiste des pesticides au Cambodge), avec la participation de Kim Vo Dinh, coordinateur du collectif Vietnam Dioxine.

Des recherches appliquées et impliquées

Maia Missri, d’origine syrienne, reviendra, émue, sur la soirée tragique qui a définit son sujet de thèse. Un soir d’été, le 21 août 2013, le régime syrien bombarda sa population avec du gaz sarin. Le monde découvrit alors des montagnes de corps entassés, images insoutenables. En quelques heures, les bombardements au gaz sarin font 2000 morts dont 500 enfants.

Lors de ses recherches pour sa thèse, Maia Missri est effarée d’apprendre que ces armes chimiques et biologiques sont encore utilisées dans beaucoup d’autres pays. Ces derniers violent alors le droit international. En effet, cet emploi est proscrit depuis la fin de la première guerre mondiale. Leur mise au point, stockage et transfert seront ensuite interdits progressivement entre 1972 et 1993.

Ève Bureau-Point travaille, quant à elle, au Cambodge depuis 2005 sur des questions de santé. Elle étudie l’introduction des pesticides au Cambodge depuis la colonisation française jusqu’à son usage dans la guerre du Vietnam. Membre du consortium du programme Pagodi, depuis 2018, elle effectue des études de cas.

Au Cambodge sur la piste Hô Chi-Minh, elle recueille des récits pour voir les effets de la guerre chimique dans les villages. Elle interroge aussi la mémoire de cette guerre chimique dans les familles, notamment celles où l’un d’eux présente un handicap. Toujours l’objectif est de saisir la perception de la toxicité.

Saisir les enjeux d’une culture de la lutte

Cette rencontre s’achève ainsi avec Trong Hieu, chanteur germano-vietnamien, gagnant de Vietnam Idol en 2015. Il a été invité par Tran To Nga dont il admire le combat. Tant et si bien qu’il a repoussé son retour en Allemagne pour pouvoir assister à l’événement et lui (nous) offrir deux chansons.

Cette soirée de commémoration ne pouvait donc pas se finir sans un bon repas. C’est donc en off que nous partîmes 500 (en réalité, une vingtaine) au restaurant. J’ai eu la chance d’avoir en face de moi, Mme Tran To Nga, de pouvoir ensemble partager, discuter, manger, rire… tout simplement vivre car le plus beau pied de nez à la mort est de vivre…

Et hasta la victoria siempre!

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