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Eesah Yasuke rap son prose combat

Eesah Yasuke rap son prose combat

Eesah Yasuke (« prononcer « Issa ») nous vient de Roubaix dans le Nord. La pandémie et les confinements n’ont en rien freiné l’ascension de la jeune rappeuse, promise à un bel avenir. Après avoir remporté le concours Buzzbooster, Eesah Yasuke a multiplié les apparitions scéniques et médiatiques en 2021. Elle sort aujourd’hui son premier EP : Prose Combat.

Après seulement 3 ans d’exercice, Eeash Yasuke nous présente son premier projet rap intitulé Prose Combat. Celle que certains nomment déjà « la future étoile du rap français » nous raconte son histoire.

Inspiration homérique

« Avant d’en venir au rap, j’ai toujours été passionnée de lecture. La littérature avait une place centrale dans ma vie, depuis toute petite je fréquentais beaucoup les bibliothèques. » nous dit celle qui a écrit des poèmes avant d’écrire des textes de rap. L’écriture comme exutoire, le rap pour répondre à une urgence irrépressible de parler au plus grand monde.

Ses inspirations sont pour le moins surprenantes pour une artiste de hip-hop. « J’ai toujours été fascinée par la mythologie. J’écoute beaucoup de podcasts à ce sujet » nous confie-t-elle. « L’un des piliers de ma pensée est L’Odyssée dHomère. Ulysse est pour moi un modèle de détermination et de réussite ».

Eesah rencontre Yasuke

C’est d’ailleurs à l’écoute de l’un de ces nombreux podcasts qu’elle rencontre le personnage de Yasuke. Cet esclave du Mozambique, au XVIeme siècle s’était affranchi de sa condition pour migrer vers le Japon et devenir le premier Samouraï noir de l’histoire, à l’époque d’Edo. Périple qui n’est pas sans lui rappeler un certain Ulysse. C’est alors qu’elle appose le nom de Yasuke à Eesah, marquant au fer rouge son œuvre d’une combativité certaine.

Eesah Yasuke refuse toute étiquette, ne rentre dans aucune case. Alors qu’on lui évoque sa condition de femme dans un milieu toujours très masculin elle répond toute en humilité « je suis une artiste, tout simplement ». Ce qui ne l’empêchera pas d’être finaliste du concours Rappeuses en Liberté et de brandir avec fierté les espoirs d’un renouveau des femmes dans le rap. Et au vu des nombreuses artistes actuelles de talent, elle a de quoi s’inspirer. « Je suis très fan de Rhapsody, Little Simz, Iamddb ».

Cadavre exquis

Malgré les incertitudes du contexte actuel, les premiers pas d’Easah Yasuke dans la musique sont brillants. Après s’être constitué une solide et fidèle fanbase, elle transforme l’essai et nous gratifie du EP « cadavre exquis » en juin dernier sur le label bordelais Banzaï Lab. Son univers musical est inspiré, inspirant, intimiste voire aérien. Sa plume est acérée et précise. Les compositions semblent avoir été faîtes sur mesure et cette première et très prometteuse réalisation laisse transparaître une évidente maturité artistique.

C’est par hasard, sur Instagram qu’elle fait la connaissance du beatmaker lillois Chief Waxy. Comme un coup de foudre musical, les deux artistes étaient voués à collaborer ensemble. Les productions de Chief Waxy épousent donc à merveille les écrits d’Eesah. Oui, dans ce sens, chose peu courante dans le processus de création d’un disque de rap. « J’ai rappé un morceau a capella, et Waxy a dessiné l’instrumentale sur mesure pour coller à mes textes ». De là est né le morceau « cadavre exquis » qui donnera son nom au EP. Référence assumée à la littérature surréaliste et à la poésie.

Triptyque

Loin de vouloir s’arrêter en si bon chemin, n’est pas Samouraï qui veut, Eesah sortira en février trois titres inédits, projet qu’elle nomme « triptyque », ainsi qu’une belle collaboration avec le rappeur Sako du groupe Chiens de Paille. Elle remontera sur scène afin de défendre son EP pour plusieurs dates et fera honneur à celle du festival Main Square à Arras en juillet prochain. Rien que ça.

Quand Yasuke pose les armes, Eesah lit beaucoup et pratique le sport et la méditation, pour se ressourcer et se reconnecter avec elle-même. Ce qui l’inspire pour créer, à nouveau. La boucle est bouclée, comme son propre retour à Ithaque. Eesah, artiste cultivée et lumineuse, continuera donc d’abreuver sa musique de sa vision, de son intelligence et de sa singularité. Fraîcheur incontestable et bienvenue dans le paysage actuel. Nul doute que l’Illiade ou l’Odyssée du rap en France ne s’écrira pas sans elle.

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