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« AILLEURS, PARTOUT » BOULEVERSE LE REGARD SUR LA FIGURE DU REFUGIE

« AILLEURS, PARTOUT » BOULEVERSE LE REGARD SUR LA FIGURE DU REFUGIE

Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold sont des réalisatrices rares, et donc précieuses. Et quand ça frappe, ça frappe fort, là où ça fait mal. Par ce film, les réalisatrices propose une véritable opération de retournement de la figure du réfugié.

Le dernier film « Ailleurs Partout » de Vivianne Perlmuter et Isabelle Ingold bouleverse absolument le genre désormais consacré du film social. A des années lumières de toute commisération sympa, c’est un regard original et nouveau qu’elles proposent. La figure du réfugié en ressort transformée.

Des bons sentiments à la mise en exergue du trajet

Le principe est de glisser de la rhétorique humaniste du reportage à l’enquête poétique. Implacable néanmoins, une recherche qui construit plan après plan, une sorte de collage, d’agencement. C’est l’itinéraire de Shahin, un jeune homme iranien, cultivé, intrépide, de Fooladshahr à Londres, via la Turquie et l’Europe.

Et la grande force du geste des autrices est de nous impliquer dans cette enquête par bribes. Des interrogatoires obsédants aux coups de fil à la mère inquiète ou des images fragiles arrachées aux caméras de surveillance, nous y sommes. Jusqu’aux chats laconiques avec les réalisatrices qui s’écrivent et se raturent en distanciel sur l’écran.

Une poésie essentielle aujourd’hui

Comme dans la poésie objectiviste américaine, de ces éléments épars nait un temps étrange. Celui d’une traversée dont on saisit peu à peu le point de départ et l’espérance, l’amertume de l’arrivée toujours reportée et l’entrelacs des obstacles constants.

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Nous voilà bien plus vers l’Akerman de « De l’autre côté » ou du des Pallières de « Poussières d’Amérique » que du documentaire d’indignation généraliste. Et l’apparente majesté distante du film, sans jamais gérer l’empathie comme produit d’appel, finit par dépeindre un monde : le notre. Englué dans ses peurs, ses réseaux, ses failles et ses bugs. Mais que traversent encore, aux hasards des frontières et des camps de réfugiés, des étoiles filantes de liberté et de désir.

« Ailleurs Partout » tresse ainsi, entre le son et l’image, un état des non-lieux lucides et irrémédiables, en pistant Shahin à la trace numérique. Ce faisant, elles inventent une beauté inédite au monde instable des réseaux où on le confine et qui nous broie nous aussi. Ici nulle part, mais dans un endroit où le cinéma sert encore à quelque chose.

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« AILLEURS, PARTOUT » un film de Vivianne Perelmuter et Isabelle Ingold. Encore quelques séances au cinéma Saint-André des Arts (tel: 01 43 26 48 18)
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