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Chronique d’Urnes – Qui perd gagne : les 500 signatures de parrainage

Chronique d’Urnes – Qui perd gagne : les 500 signatures de parrainage

Au jeu des 500 parrainages, Zemmour aurait tout à gagner en perdant. Le système des signatures a été verrouillé en faveur des directions de partis par Hollande-Valls qui ont rendu publics les signataires. La critique de ce système est donc d’autant plus légitime. Or, l’extrême-droite n’a plus besoin de la candidature Z : elle sature déjà les débats publics. Le plumitif sortirait ainsi renforcé de la course qu’il a peu de chances de gagner.

Le présentateur vedette de Bolloré TV, Cyril Hanouna (C8), s’est démené pour venir en aide au candidat de Bolloré, Eric Zemmour. En toute objectivité, il a lancé un « sondage » à ses téléspectateurs qui devaient répondre à la question d’une rare neutralité axiologique : « Eric Zemmour pourrait ne pas avoir ses parrainages, comprenez-vous qu’il parle de “scandale” ? ».

Lors de la rédaction de cette question, il a probablement hésité avec d’autres options, du genre « Doit-on empêcher la candidature d’un multi-condamné pour propos racistes ? ». Ou bien « Les parrainages ont ils pour fonction d’empêcher un apôtre de la guerre civile de se présenter ? ». Empathique, Hanouna a préféré prendre le point de vue du raciste pour qui, bien évidemment, les 500 parrainages sont « scandaleux ». Curieusement, il n’a pas fait de sondages similaires pour Anasse Kazib ou Philippe Poutou.

Une extrême-droite au centre de l’espace médiatiques

Mais Zemmour veut-il vraiment ces fameuses signatures ? Du point de vue de l’extrême-droite dans son ensemble, sa candidature n’a plus de raison d’être. Il a déjà atteint les objectifs de sa famille politique . Il faut dire, celle-ci a été solidement soutenue par le chef de l’État. Macron n’a eu de cesse de légitimer l’extrême-droite antirépublicaine. Il a ainsi fait croire qu’il y aurait une anathème de la “Cancel Culture” contre Charles Maurras. Dans la réalité, il était juste question que la République ne fête pas la naissance de ce farouche ennemi de la République, qu’il appelait la « gueuse ». Macron a aussi voulu réhabiliter Pétain, dont il faudrait admirer le « héros » de la 1ère Guerre Mondiale et pas seulement le collabo de la Seconde. Pas un mot, bien sûr, sur le massacre des Rifains dirigé par ce même Pétain.

Zemmour a su capitaliser à fond cette impulsion gouvernementale vers l’extrême-droite. Ainsi, le pays n’a jamais autant écouté de propos racistes décomplexés. On parle aujourd’hui de « grand remplacement » comme s’il s’agirait d’une banale opinion. Or, il s’agit d’une idée paranoïaque qui mène directement à une réponse de type génocidaire. Si vous êtes dans une guerre raciale, que votre existence est menacée par d’autres races, il est de votre devoir de défendre la votre. Ce sont ces idées qui saturent aujourd’hui l’espace public.

Plus puissant hors de la course

Mais vomir sa haine contre les Noirs et les Arabes, même avec les meilleures intentions hitlériennes du monde ne suffit pas à diriger un pays. Zemmour, lui-même, a bien plus à perdre dans ses élections qu’à gagner. Son passage au second tour est assez improbable, si bien que sa candidature ne ferait qu’empêcher le passage de Le Pen. À terme, il apparaitrait comme le jouet préféré de Macron.

En revanche, s’il n’obtient pas les fameuses 500 signatures, il reste dans tous les cas de figure un personnage de premier plan. Il pourra geindre pendant des années et ses geignements dirigeront idéologiquement le gouvernement, qu’il soit de Macron, Pécresse ou Le Pen.

L’absurdité de sa proposition pour contourner les 500 parrainages laisse à penser que la question l’indiffère. En effet, il aurait pu rejoindre Mélenchon qui lui aussi proteste contre ce système. Le candidat de gauche propose ainsi de revenir à l’anonymat des 500 élus signataires et/ou le parrainage de 150 000 de citoyens lambda. Zemmour préfère un « pool » de signatures, dans lequel iraient puiser les candidats en manque de parrainages. Il n’explique cependant pas quels seraient les critères (autres que sondagiers, ce qui n’a strictement aucune valeur légale ni réelle) pour y avoir accès. Autrement dit, son idée de bourse qui mutualiserait les signatures n’est qu’une annonce pour faire bonne figure dans une course qu’il n’a que peu d’intérêt à mener.

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