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AlRawabi School For Girls, une fiction qui révèle la réalité

AlRawabi School For Girls, une fiction qui révèle la réalité

Netflix diffuse actuellement la nouvelle série limitée, AlRawabi School For Girls. Réalisée par Tima el Shomali et Shirin Kamal, elle soulève des questions relatives à la société jordanienne que le journalisme local peine à aborder. Une fiction qui met le doigt sur ce dont on parle peu et qui propose de déconstruire l’image calme du royaume hachémite.

Affiche officielle de la série AlRawabi School For Girls sur ©Netflix

Majoritairement félicitée par le public, la série jordanienne fait mouche. Malgré son apparence bon enfant, elle s’apparente en réalité davantage à une fiction soulevant des questions sociales et culturelles auxquelles le monde arabe n’est pas étranger au sein d’un pays qualifié de conservateur par son gouvernement.

Le harcèlement scolaire, l’intimidation, les privilèges, la corruption, la religion, le patriarcat, la dépendance des femmes et les crimes d’honneur. Une saison dense de 6 épisodes pour exposer chacun de ces points trop peu évoqués ailleurs. 

L’histoire se passe principalement dans la prestigieuse école AlRawabi à Amman. Mariam et ses amies Dina et Noaf sont harcelées par un trio de filles populaires : Layan, Rania et Ruqquaya.

Atteinte par divers incidents, Mariam décide de mettre en œuvre un plan enfantin pour leur rendre la monnaie de leur pièce. Un scénario qui ressemble à celui du film Mean Girls où l’intimidatrice devient l’intimidée.

Animé par la haine, ce plan enfantin échappe à toute rationalité, dépassant toute mesure et conscience. 

Layan, véritable victime de « crime d’honneur »

La série aborde ses personnages dans un cadre plus intime que celui de l’école. La personnalité et la psychologie de chacune d’entre elles se révèlent petit à petit. Leur entourage également se dévoile progressivement pour faire apparaître des parents et des frères violents, absents, désintéressés et rabaissants.

Très vite, l’empathie initiale pour Mariam, victime de harcèlement, disparaît pour laisser place à une tolérance mesurée. Parallèlement, un attachement pour Layan, Rania et Ruqqaya, les autrices de harcèlement, grandit.

©Noorrtaher

La sensibilité de Layan apparait ainsi au fil des épisodes. Son nom est d’ailleurs en référence à une victime réelle de crime d’honneur. Elle se révèle être une amie sincère et solidaire, une petite amie romantique et innocente et une fille discréditée devant ses deux grands frères.

Membre d’une famille influente, ses faits et gestes sont surveillés de très près. Par sa famille, mais aussi par ses professeurs et sa directrice d’école qui semble envoûtée par la fortune familiale. Si la corruption dépeinte n’étonne pas, la fatalité de la trajectoire de Layan remue. Elle met en exergue un phénomène bien présent, mais peu entendu : les crimes d’honneur. 

« Ces films heurtent nos traditions et principes jordaniens« 

Dans un pays où les productions cinématographiques engagées sont rares, l’arrivée sur les écrans de AlRawabi School For Girls a fait l’objet de plusieurs polémiques.

“Trop loin de la réalité”. “Ne concerne que la haute-classe”. “Brise l’image idéale de la société jordanienne”. “Dégrade la réputation des adolescentes”. Les critiques se sont succédées dans les médias, sur les réseaux sociaux et au sein même du pouvoir.

“Le gouvernement et les autorités de régulation de notre pays savent-ils que ces films heurtent nos traditions et principes jordaniens, répandent la décadence morale et éducative, déforment l’image de la fille jordanienne, et offensent les écoliers du Royaume en facilitant la production et la représentation de ces films et séries et leur permettre d’être tournés en Jordanie ?”, a demandé Saleh Al-Armouti, membre du Parlement au Premier Ministre jordanien, Bisher Al-Khasawneh.

Malgré ces critiques et protestations, cette série reste l’illustration subtile d’une frustration qui touche tous les niveaux des sociétés du monde arabe. Ce faisant, elle démontre la force des productions culturelles, combien elles questionnent et favorisent le débat pour élargir et approfondir la réflexion.

©Netflix

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