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Assassinat d’un métèque au cœur de Paris

Assassinat d’un métèque au cœur de Paris

Assassinat d’un métèque au cœur de Paris

A l’aube du samedi 19 mars, Federico Aramburú, ancien joueur des « Pumas » (équipe d’Argentine de rugby), a été assassiné à Paris. Son meurtrier présumé, Loïk Le Priol, est un militant d’extrême-droite. Retour sur ce drame tragique ou l’on assassine au coeur de Paris.

Loin d’être anodin, ce meurtre à Saint-Germain des Près (6ème Art.) reflète le climat de haine raciale que les principaux médias alimentent jusqu’à l’incandescence depuis des mois. En effet, Aramburú et son ami Shaun Hegarty se sont interposés suite à des propos racistes tenus par la bande de Loïk Le Priol à l’encontre d’un tiers. Après cette altercation, les deux amis sont partis. Mais Le Priol et ses complices les ont rejoint, cette fois à bord d’une voiture depuis laquelle ils ont canardé les deux rugbymen. Puis Loïk Le Priol est descendu de sa Jeep et a tiré à plusieurs reprises sur Aramburú, des balles dans le dos.

Un pays saturé de discours raciste

Dimanche 27 mars, la campagne présidentielle bâtait son plein avec pas moins de quatre évènements partisans presque simultanés. Fabien Roussel faisait son show-cocorico à Toulouse. Au Zénith de Paris, Jadot cassait du sucre sur Mélenchon. Ce dernier faisait l’un de ses principaux meetings à Marseille. Seul celui d’Eric Zemmour au Trocadéro était retransmis en direct par trois chaines d’info-en-continue.

Si vous ne voyez pas le rapport avec la mort d’Aramburú, c’est que vous êtes gagné par le racisme ambiant. Le meurtre du rugbyman au cœur de Paris a été rendu possible par un climat de racisme débridé orchestré par un grand nombre de puissants médias. Oui, CNews a une responsabilité indirecte dans l’assassinat de l’Argentin. Elle a offert les conditions mentales aux plus violents des militants d’extrême-droite (idéologie violente en soi) pour qu’ils passent à l’acte. Dans l’environnement saturé de discours raciste, les racistes réalisent leurs rêves : tuer du métèque.

Chronique d’une mort annoncée

Le discours de Zemmour, accepté comme légitime bien au-delà de la seule Bolloré-TV, a des conséquences. On ne parle pas jour et nuit de « grand-remplacement » et de « guerre civile » sans que des individus gorgés de ce discours réagissent en fonction. Non, ce n’est pas une simple rixe de bar qui aurait mal tourné. C’est d’abord un acte raciste, suivit d’une réaction saine des rugbymen. Puis, dans le champ mental d’impunité dans lequel les militants d’extrême-droite agissent, une exécution en retour.

Aussi fortuit soit le crime, la mort d’Aramburú est l’aboutissement d’une chronique déjà écrite depuis des mois. C’est cette campagne présidentielle abjecte. C’est le battage médiatique depuis avant cette campagne. Ce sont vos sondages, vos commentaires sans fin, votre tri entre les vies humaines acceptables et à rejeter. Votre France étriquée, faite de clichés rassurants effaçant de la photo tout ce qui n’est pas Blanc. La baguette sous l’aisselle et le camembert vous dégoulinant de la cervelle.

Federico Aramburú, assassiné à 42 ans par un fasciste

Effet Bolloré : assassinat d’un métèque au cœur de Paris

Ce soir-là, les petites frappes se sont retrouvées face à des hommes corrects. Elles n’étaient plus à quatre contre une personne seule qu’elles pouvaient harceler sans entrave. Elles avaient des gars fermes qui se sont levés comme devrait se lever l’ensemble de ce pays. Juste pour leur dire non, vous ne pourrez pas insulter nos frères impunément. Les petites frappes sont parties la queue entre les jambes, blessées dans leur virilité toute entière placée sous le signe de la violence et la bêtise crasse conjuguées.

Et, avec la veulerie si caractéristique de la gent d’extrême-droite, elles sont allées chercher des armes à feu. Rétablir l’inégalité du combat, l’inégalité au cœur de leur façon d’être au monde. L’inégalité sans laquelle ils ne sont que des larves, de petits être fragiles, noyés dans leur haine impuissante. Les lâches sont allés chercher leurs armes de lâche. Ils sont allés chercher leur bite, leur virilité ne reposant que sur cet accessoire mortifère. Ce sont des usines de mort qui fabriquent leur fameuses couilles de « mâle alfa ». Sans cet ustensile ce sont des carpettes.

L’assassin présumé, Loïk Le Priol –dont Street Press dresse le portrait-, a été arrêté en Hongrie. Il souhaitait, lit-on ici ou là, rejoindre le front en Ukraine. On pense au bataillon initialement dominé par des néo-nazis, évidemment (dont un documentaire de Paul Moreira retraçait l’histoire en 2016). On peut aussi penser qu’il serait resté à prendre des selfis loin du front, histoire d’impressionner ses potes à Paris avec un décor de guerre, sans la faire. Un peu à la manière d’un BHL, version facho. Le ridicule traverse les frontières idéologiques.

Cachez ce racisme que je ne saurais voir

Dans les médias dominants, l’absence du caractère raciste du meurtre est très significative. J’y entends le raisonnement non-dit qui bruisse dans les rédactions. Aramburú n’était pas noir, pas arabe. Il était Argentin descendant de basque. Votre tri immonde de l’humanité, vos bons et vos mauvais réfugiés. Et bien Aramburú s’est levé contre votre pensée explicite ou implicite. Et vous êtes complices de sa mort. Peut-être pas assassiné parce qu’étranger mais, sans conteste possible, assassiné parce qu’antiraciste. Il est mort pour son geste de dignité. Celui qui vous manque.

Et le gouvernement pourra autant qu’il voudra faire des équivalences entre fascistes et antifascistes, racisme et antiracisme. Ça ne changera rien à l’affaire : il n’y a rien de commun, aucune équivalence possible. Faire cette équivalence, c’est se placer de facto du côté des fascistes. Dissoudre une association antiraciste (CCIF) ou antifasciste (Gale, Lyon) ), c’est abattre les rares entraves au fascisme en marche.

Loïk Le Priol, fasciste avéré et assassin présumé

Quand je vois le portrait de l’assassin, je vois le parfait milicien de 1943. La Milice est la quintessence du pétainisme, le pétainisme dans son dernier bastion, sans les fards rassurants du vieux Maréchal en 1940. Maréchal-Le Pen-Zemmour ont encore les atours de 1940. Mais Loïk Le Priol a déjà jeté le masque. Il a les traits saillants de leur milice maréchaliste. Voilà ce à quoi s’attèlent à normaliser, « dédiaboliser », tant de médias qu’ils en sont dominants.

Il n’y a pas d’antiracisme excessif, il y a de la dignité face à un crime en cours

Excessif, moi ? Arrêtez vous deux secondes à réfléchir ce qu’implique une théorie paranoïaque telle que le « grand-remplacement ». Demandez vous, concrètement, comment il faudrait répondre à un tel envahissement fantasmé. Imaginez, concrètement, ce que signifie un ministère de « rémigration ». Demandez vous où seront mises les personnes jugées pas assez « françaises ».

Et, plus prosaïquement, informez vous sur le sort des réfugiés actuels, en France, en Europe et à ses portes. Pensez à ces centaines de milliers de vies bloquées et/ou abandonnées, ces milliers de personnes qui deviennent folles du fait de leurs conditions infrahumaines de détention. C’est actuel. Le projet des salauds qui occupent tous vos médias c’est le pas suivant. Le pas franchi par Loïk Le Priol.

Alors non, je ne suis pas excessif. Je fais preuve de beaucoup de modération. J’espère seulement avoir un jour le courage de Federico Aramburú, et que tout le pays aura ce même courage, cette dignité. J’espère seulement qu’on se lèvera enfin contre le racisme.

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