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Macron face à Pap Ndiaye, un funambule a « deux balles »

Macron face à Pap Ndiaye, un funambule a « deux balles »


Darmanin, Lemaire, Dupond-Moretti, Pap Ndiaye, trouvez l’intrus ? La nomination de Pap Ndiaye à l’éducation nationale n’est-elle pas dans la pure logique macronnienne. A défaut de faire de la politique, jouer avec les symboles. Un jeu dangereux qui démontre une inconsistance et un véritable mépris pour la chose publique.

Macron 2 versus Macron 1. Une triangulation gouvernementale solide aux postes stratégiques garantit une continuité politique néolibérale sans faille, violente et sans nuance : Darmanin, Lemaire, Dupond-Moretti sous la houlette d’une techno sans âme : Elisabeth Borne. Jusqu’à présent nous restons dans une pure logique macronienne, se fondre dans le courant dominant sans réflexion de fond, un exercice dont on sait M. Macron aujourd’hui incapable.

Mais quid de notre ministre de l’Education nationale ? Sans souci de cohérence, M. Macron fait fi de tout ce qu’il a défendu durant son premier quinquennat en nommant Pap Ndiaye, un grand intellectuel, fervent opposant aux violences policières, et l’un des grands spécialistes en France de la condition noire qu’il n’a cessée d’éclairer avec talent en rappelant les différences historiques entre États-Unis et l’histoire post-coloniale française, dans le sillage d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon. Un homme dont on se demande bien ce qu’il vient faire dans cette galère…

La manipulation est indigne

On savait M. Macron invertébré en matière de politique et d’histoire. Ne se contente-t-il pas de jouer avec les symboles en révélant son inconsistance et son mépris pour la chose politique? Si son effet d’annonce lui fait gagner quelques voix aux législatives, sa vraie nature ne manquera pas de resurgir après les élections : Mon vrai pote, c’est Darmanin. On connaissait la plasticité d’Emmanuel Macron qui n’a jamais été avare de revirements à 180 degrés au cours du quinquennat précédent – sur le nucléaire, sur l’identité ou sur le colonialisme. On découvre ici le tueur.

Quant à l’engagement de M. Pap Ndiaye, celui-ci laisse songeur… Comment un « antiflic » peut-il cohabiter avec un ministre de l’Intérieur qui se révulse lorsqu’il entend parler de violences policières et un président de la République qui juge « le monde universitaire coupable » d’avoir « encouragé l’ethnicisation de la question sociale » ? De quelles marges de manœuvre disposera l’universitaire dans un camp politique qui méprise tout ce qu’il porte depuis deux décennies ? Comment siéger au Premier Conseil des ministres entre deux personnalités – Damien Abad et Gérard Darmanin – citées dans des affaires portées en justice ? Qu’en dit sa sœur Marie, que je tiens pour l’une des plus grandes plumes françaises de ces quarante dernières années et qui a quitté la France comme elle l’avait promis, lorsque M. Sarkozy (sorte de jumeau de notre actuel président) avait été élu président ? A suivre.

Un cyclone raciste

Cette nomination a déclenché un cyclone raciste en faisant resurgir le racisme structurel de la société française et de sa classe politique. Une vague qui charrie avec elle la condition noire et la question coloniale. Dans une classe politique si peu encline à faire émerger au premier plan des figures issues de l’immigration post-coloniale, la nomination de l’historien est venue rappeler les tréfonds haineux de la société française. Pap Ndiaye est un « cheval de Troie », dit le député Julien Aubert. Comme si Pap Ndiaye n’était pas vraiment des nôtres, comme si sa condition noire venait le placer à l’extérieur de la communauté ? Une rupture difficilement crédible avec son prédécesseur dont le seul apport au débat politique français restera ses offensives contre « l’islamo-gauchisme », le voile et le « wokisme ».

Qu’adviendra-t-il de l’alliance des gauches ?

Alors que M. Macron s’enfonce dans de petites combines à l’ancienne qui rendent la politique tellement misérable, la maturité et la modernité de l’alliance des gauches nous prend par surprise et nous redonne espoir. Qu’adviendra-t-il de cette alliance ? Laissons le temps faire son œuvre ; les fondements de sa construction sont encourageants. « Nous sommes d’accord sur l’essentiel, mais l’idée n’est pas d’aboutir à une fusion idéologique », déclare M. Mélenchon. « Si demain nous avons des groupes [parlementaires] à l’Assemblée nationale, ils défendront leurs convictions », a ajouté M. Brossat. Nos divergences de positions sont des « nuances » par rapport aux grands axes du programme, a commenté Clémence Guetté, cadre de LFI.

Serait-ce une esquisse plus ouverte et plus collaborative de faire de la politique qui s’opposerait aux vieux partis et à ses « éléphants » qui réclament la soumission ? La complexité et la diversité du monde réclament d’autres formes de gouvernance et une clarté idéologique. L’alliance des gauches en serait-elle un exemple ? A suivre…

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