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Proprios et locataires dans les mains de Mylène Romano

Proprios et locataires dans les mains de Mylène Romano

Mylene Romano un syndique pour arnaque

Notre petite enquête sur des figures de seconde zone du capitalisme français se poursuit. C’est ainsi que nous retrouvons notre premier portrait qui a encore quelques secrets à nous révéler sur l’immobilier.

Travaux interminables dans votre immeuble? Prix exorbitants de ces même travaux mal exécutés et, donc, souvent à refaire ? Des charges ahurissantes ?
Ces nuisances très banales de la vie quotidienne ont souvent une explication: le syndic de copropriété de l’immeuble. Initialement, le syndic est une institution qui permet de gérer les travaux et dépenses communes d’un immeuble. Mais il est devenu surtout un business très lucratif. Le syndic est une vache à lait que des entreprises peu scrupuleuses exploitent de toutes les manières imaginables.

Par exemple, le syndic va vous envoyer des courriers plus ou moins inutiles. Il s’agit alors d’être très attentifs aux factures. Sans quoi, jamais vous vous rendrez compte que l’envoie de cette lettre est facturée dix euros. C’est ce qu’aurait fait une connaissance de cette série d’articles: Mylène Romano. En effet, son cabinet Pierre Berard, gérant alors près de 10 000 appartements à Paris et dans la région parisienne, envoyait autant de lettres aux copropriétaires. La petite astuce lui aurait rapporté des centaines de milliers d’euros.

Autre exemple dans la même veine, si vous avez le malheur d’être en retard dans vos paiements, le syndic vous enverra une « lettres de relance ». Simple lettre qui vous sera facturé jusqu’à 60 €. Une aubaine pour le syndic.

Agence immobilière, entreprise du BTP et syndic sous les hospices d’une même holding

Ces abus ne sont pas si étonnants car le choix du syndic est souvent imposé par des agences immobilières. Or, il n’est pas rare que celles-ci imposent le syndic qui appartient au même groupe (ou holding) qui pourra, éventuellement être aussi propriétaire d’une entreprise de BPT (expliquant les coûts gratinés des travaux).

Ainsi, sans que les copropriétaires le sachent, le choix du syndic est promu par l’agence immobilière. Puis le syndic impose le choix de l’entreprise BTP qui fera les travaux. En fait, il s’agit d’une même holding, donc les sur-facturations vont dans les poches des mêmes personnes (les propriétaires de la holding) au détriment des copropriétaires (et des locataires qui doivent supporter les nuisances liées aux travaux).

Des abus peu réprimés

Les autorités publiques ont à de nombreuses reprises tâché de mettre fin à ces pratiques qui s’apparentent à une pure et simple arnaque. Par exemple, en 2014, loi Alur instaure un contrat type qui oblige à une certaine transparence dans la relation entre syndic et copropriétaires à partir de 2015. C’est l’année où la même Mylène Romano, propriétaires de plusieurs agences immobilières, décide de revendre son syndic.

A t-elle choisi de refiler sa petite arnaque lucrative car les autorités publiques s’y intéressaient de trop prêt? En tout cas, ses ennuis avec la justice précèdent de peu la vente du syndic. Cela lui permet de faire peau-neuve et… de poursuivre dans le locatif, toujours au détriment de ses clients en particulier, et du prix de l’immobilier parisien en général.

L’entre-soi de l’immobilier

Les pratique et la situation de Mylène Romano avant 2015 sont celles qui sont dénoncées par la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence et de la Répression des fraudes) dans son rapport de 2018. Pour autant, est-ce que la vente de son syndic empêche l’arnaque de se poursuivre?

On peut en douter. Dans la mesure où, à travers ses agences immobilières, Mylène Romano peut à la fois continuer à avoir des relations privilégiées avec un syndic en particulier (celui qu’elle a revendu ou un autre), ainsi que ce même type de relations avec les entreprises de BTP établies en tant que gestionnaire du syndic. Autrement dit, on peut parfaitement concevoir que la vente effectuée, les pratiques sont restées les mêmes, désormais sous les radars.

Cela est d’autant plus vraisemblable que depuis 2015, les enquêtes publiques se multiplient pour dénoncer les mêmes pratiques qui perdurent. Et pour cause, elles sont particulièrement rémunératrices et les infractions sont très peu sanctionnées (et, dans le cas où elles le sont, elles restent très peu dissuasives). Alors pourquoi se gêner?

Si le ménage sur le Web a visiblement été fait, la mémoire de l’arnaque aux lettres à 10€ reste prégnante. Lorsque Le Point dressait en 2020 le palmarès des meilleurs et pires syndics, le prix du pire était encore décerné au cabinet Pierre Berard. Ainsi, cinq ans après que le cabinet ait été revendu, il gardait son odeur d’arnaque parmi les propriétaires sondés. D’ailleurs, le cabinet ne survit pas à sa mauvaise réputation. Racheté par Nexity en 2015, il ferme définitivement en 2020.

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