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La Covid-19 et l’apprentissage du chaos ?

La Covid-19 et l’apprentissage du chaos ?

Il est illusoire de penser que l’on pourrait rendre l’information moins folle, moins chaotique. C’est d’une nouvelle intelligence pour la traiter dont nous avons besoin. « Se hisser sur les épaules d’un géant » comme le disait Newton. Grandir, changer d’échelle, de dimension et son corollaire l’imaginaire.

Bonjour à vous tou.te.s, la Covid-19 est un excellent révélateur du monde qui sera le nôtre dans les prochaines décennies. On assiste à une surproduction d’analyses et de points de vue, à un matraquage médiatique et une avalanche de plus de 20 000 études scientifiques publiées sur le sujet. La multiplication des canaux d’information décuple la diffusion des opinions, des luttes de pouvoir et des règlements de compte. Les sollicitations sont constantes et contradictoires. Les interprétations des mesures sanitaires se lisent selon sa propre vision du monde. Pro ou anti-masques ? Le virus est-t-il un épiphénomène mondial dans un monde qui va très bien ou une catastrophe annoncée comme la grippe espagnole ? Même pour les spécialistes il est quasi impossible de répondre avec certitude à bon nombre de questions. L’omniprésence des réseaux sociaux, telles d’immenses caisses de résonnance, donnent à voir le monde dans la seconde même à travers toute la subjectivité de ses acteurs, de leurs conflits, de leurs ambitions. Ces informations en flux continu débordent la capacité d’un cerveau à se les approprier et lancent le défi de la complexité : comment les analyser, les corréler, les confronter, organiser ces connaissances de façon adéquate en les reliant et en intégrant l’incertitude. 

Il est illusoire de penser que l’on peut réguler ce processus, le rendre moins fou, moins chaotique. Cette apparente confusion est le prix à payer pour un autre accès à la connaissance, à la liberté et à ses inévitables travers : l’absurde et le totalitaire. C’est un nouveau traitement de l’information dont nous devons faire l’apprentissage. Newton avait cette magnifique métaphore pour parler de ses travaux : « Se hisser sur les épaules d’un géant », grandir, changer d’échelle, de dimension et son corollaire l’imaginaire. Aucun progrès ne pourra être accompli sans renouer avec cette ressource fondamentale : l’imagination. Une capacité de projection « hors les murs » qui n’a rien à voir avec le taux de QI qui ne mesure que l’éducation scolaire et le niveau de l’élève. C’est une intelligence qui vient « d’ailleurs », une « expérience de la nature », disait John Dewey, philosophe et psychologue américain, « dont la richesse et la profondeur sont davantage fondées sur les strates d’expériences contradictoires et aléatoires que sur l’accumulation de diplômes ». Il est urgent de passer à une autre étape, sortir de l’apprentissage de type universitaire qui consiste à faire ce que l’on sait déjà faire en l’améliorant. Nous avons besoin de ruptures. Il est urgent de traverser collectivement les frontières du savoir, d’imaginer de nouvelles interactions, de nouveaux passages, des correspondances entre des choses comme dans la construction d’une œuvre d’art.

Sans aucun doute des mutations sont en cours. On voit émerger chez les très jeunes générations cette aisance, cette capacité de trouver un fil rouge dans ce qui semble n’être pour d’autres qu’un chaos sans loi, sans ordre. Quand certains regardent l’univers et son expansion, d’autres se limitent aux murs d’une pièce. D’où le fossé toujours plus grand entre ceux qui regardent le monde d’un œil anxieux, pessimiste, qui perçoivent dans les nouveaux outils dont nous disposons, l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux, un appauvrissement de la civilisation, et ceux pour qui la complexité ne fait pas problème et voient l’avenir avec plus de confiance. Des mutants ? Leur cerveau a certainement déjà opéré quelques transformations pour s’adapter à notre nouvel environnement. La question est alors celle de la transmission. Jusqu’à quand allons-nous subir le pouvoir d’acteurs politiques et économiques qui, programmés selon d’anciens schémas, ne sont plus en mesure d’agir sur le monde ? Faudra-t-il les pousser dehors ? D’autres méthodes plus consensuelles sont-elles possibles ? Questionner cela n’est-il pas déjà un début de réponse ? A suivre…

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