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COP 26, ça sent le chaud

COP 26, ça sent le chaud

La dégradation du climat est la première grande épreuve qui pose la question d’une gouvernance mondiale. Si les plus grandes catastrophes comme les guerres, les famines, les crimes contre l’humanité, les dictatures, les pandémies, la financiarisation des échanges ont mis à l’épreuve notre cohésion sociale, nos familles, nos communautés, notre morale, aucune, même parmi les plus terribles, n’a remis en cause la vie sur terre, l’existence de l’humanité toute entière.

Aujourd’hui, nous y sommes. Nous sommes devant une situation inédite, inconnue, avec laquelle le monde entier est foutrement embarrassé : si nous voulons survivre, chacun est redevable de l’ensemble. Aucun moyen d’y échapper. Si l’Inde et la Chine ne stoppent pas leurs productions de charbon, si l’Occident ne lâche pas des milliards pour rééquilibrer les relations Nord-Sud, si nous n’avons pas des systèmes de protection santé et sociaux uniformes pour tous les habitants de la planète… alors nous mourrons.

La question posée aujourd’hui va bien au-delà des questions techniques liées à la production de CO2, ce sont des questions existentielles sur le progrès, la gouvernance, la responsabilité, la liberté, l’individualité, notre place dans la nature, les constructions politiques. Des questions qui ne nous sont familières qu’à petite échelle, nation, communauté, région, famille, village. Nous avions encore l’habitude de mener nos petites affaires en solo à l’intérieur de nos frontières. On bricolait des trucs chacun de son côté pour tenter de survivre. Comment aujourd’hui habiter ensemble la planète (tous les corps vivants) ? Jamais cette question ne nous avait été posée à une échelle globale.

Peut-être faudrait-il que la question nous soit ainsi formulée en termes philosophiques, plutôt que de nous infantiliser sur le triage des déchets, le bien-manger, les politiques pseudo écolo et hygiénistes qui sont bigrement limitées. Mettre les questions à leur juste échelle serait certainement plus fédérateur et accessible à toutes les formes de pensée et de classes sociales. Une chose est actée, nous ne renoncerons jamais à notre confort pour sauver le monde. Si nous réussissons à limiter les dégâts et éviter un effondrement total de notre écosystème, c’est que les progrès technologiques nous le permettront et qu’ils seront partagés par l’ensemble du monde, ce qui relève alors de la révolution politique et économique. Il n’y aura, par exemple, pas de solution viable si l’occident utilise l’hydrogène comme source d’énergie et l’Afrique le charbon. Ce sera encore le génie humain qui nous sauvera.

Pour l’instant le Génie est encore dans sa bouteille. Si nous regardons les choses en face, personne ne peut apporter de réponses à toutes ces questions. Nous sommes dans le noir et l’ignorance la plus totale. La politique est incapable de jouer son rôle de régulateur, nous n’avons aucune vision à long terme sur les technologies qui permettraient de renverser la vapeur. Des milliers de questions se posent et la réponse serait plutôt : « On sait, mais en attendant on se goinfre », avec un avantage monumental pour les pays les plus riches qui auront les moyens de se protéger mieux et plus longtemps. Les grands prédateurs sont à l’affut pour vendre leurs salades ; soins médicaux ; univers virtuels ; l’espace… On avance, à tâtons, au jour le jour, et notre exercice favori pour tromper l’angoisse est de dézinguer tout ce qui bouge sans distinction, juste par distraction, par frustration. La dénonciation et le cynisme, ça détend.

Gagnerons-nous cette course contre la montre que nous avons déclenchée contre nous-mêmes ? La question est quasi métaphysique. Elle pose de manière brutale toutes les questions que l’humanité se pose depuis qu’elle a appris à faire communauté. Les écarts de statut et de richesse, l’argent, le pouvoir, la possession, la répartition des richesses. C’est tout cela que nous devons affronter : toute notre histoire sans connaître l’issue du voyage. Gageons que nous y gagnerons en intelligence, contraints de développer nos capacités cognitives, une souplesse mentale pour produire de nouvelles manières d’être et de penser. La principale qualité que nous tirerons de cette expérience (si nous nous en tirons) sera peut-être la capacité de sortir de notre terrifiante binarité et de penser notre être à différents niveaux pour affronter la nouvelle hyper complexité du monde… Ouf, ça ferait du bien.

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