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Nouveau rapport du GIEC : le capitalisme est-il une secte ?

Nouveau rapport du GIEC : le capitalisme est-il une secte ?

Le capitalisme est-il une secte ? La question peut sembler absurde ; pour être honnête, elle l’est un peu. Ceci dit, elle a une vertu essentielle : questionner la façon dont le pouvoir s’exerce et rappeler l’importance de le conquérir. Une nécessité alors que le dernier rapport du Giec précise les possibilités d’action concrètes pour le climat, qui ne sont en définitive qu’une affaire de choix politiques et de justice sociale.

Dans mon précédent article sur le sujet, je rappelais que nous sommes profondément structuré.e.s par nos croyances et que celles-ci sont notamment déterminées par le système économique dans lequel nous vivons – le capitalisme donc. Et bien évidemment, il nous est impossible d’en sortir.

Nous pouvons simplement chercher des marges de manœuvre, qui seront plus ou moins grandes selon notre capacité à changer collectivement les structures elles-mêmes. Intéressons-nous à ce 2e aspect avec ce nouveau rapport du Giec.

Quand les agents ne sont pas très très rationnels…

En effet, le rapport du Giec soutient qu’une telle transformation de fond est indispensable. Ses auteur.ice.s y exposent l’état des connaissances sur les moyens mobilisables pour y parvenir.

Leur conclusion est finalement assez simple : soit on s’y met à fond, on atteint le pic d’équivalent-CO2 rejeté dans l’atmosphère en 2025 et on continue de réduire rapidement. Soit on traîne et on sera durablement dans la panade. Non seulement nous avons les moyens d’agir (scientifiques, techniques et financiers), mais en plus c’est rentable.

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Il y a là un paradoxe. L’option écologique est le choix le plus rationnel, elle ne nécessite pas forcément d’abolir le capitalisme, elle est soutenue par de nombreux citoyens (2e préoccupation des Français.es, depuis longtemps). Pourtant, elle reste reléguée au second plan de l’essentiel des programmes politiques.

La question mérite donc d’être posée : pourquoi n’y a-t-il pas d’hégémonie du discours écologiste ?

Une main invisible pour les gouverner toutes et tous

Toute tentative de contestation du statu quo est aujourd’hui systématiquement disqualifiée. On peut parler de « l’irréalisme », de la qualification de « marginaux » de celles et ceux qui tentent de vivre autrement, des « amish », du « wokisme » pour dénigrer celles et ceux qui dénoncent les rapports d’exploitation, etc. 

Ce que ces procès en hérésie soulignent, c’est l’existence d’un dogme fondant l’ordre social. On croit, avec plus ou moins de ferveur, dans l’efficacité de la « main invisible », que ce serait un « la meilleure solution » et « pour le bien de la société » (dixit le FMI). Ce discours a une fonction, notre adhésion est nécessaire au maintien de cet ordre. Qui plus est dans un système politique démocratique, aussi imparfait soit-il. 

Les « élites » (économiques, politiques, administratives, médiatiques…), qui professent ce catéchisme de la croissance et du profit, ne sont pas engagées dans un sombre complot. Elles ne font que mener à son terme la logique d’un système dont « l’essence est la recherche du profit » et « l’égoïsme rationnel » (selon le FMI toujours).

Le statu quo leur bénéficie, aucune raison de souhaiter le changer. Au mieux, nous sommes invité.e.s à imiter ces personnalités « inspirantes » et « méritantes ».

la maison brule dit le giec et nous ne réagissons pas

La dérive sectaire du capitalisme ou la surenchère d’un système pris dans sa propre contradiction

Sauf que, les inégalités et autres dégâts générés au passage commencent à se voir et pas grand monde ne le vit bien. Une taloche pour McKinsey, un bisou pour le Giec et un câlin à la jeunesse et aux précaires. Or, moins il est facile d’y croire, plus il faut le répéter fort et souvent.

Et que voit-on se déployer alors que le consensus s’effrite ? Autant de tactiques qui isolent les individus et les poussent à s’affronter, qui étouffent dans la peur toute volonté de contestation, qui créent des illusions de choix… Autrement dit, qui installent une emprise.

Mentionnons par exemple : le silence volontaire ou la désinformation active sur le travail du Giec, la précarisation du travail, les violences policières dans les quartiers et les manifs, la pression sur les bénéficiaires des droits sociaux, l’omniprésence de la rhétorique raciste ou encore la focalisation insensée sur le nucléaire. J’en passe.

Pourrait-on parler « de la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé (…) d’un dévoiement de la liberté d’expression ou d’opinion [qui se caractérise par] des pressions ou des techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société. » ?

Ça y ressemble pas mal. Et, vous l’aurez deviné, c’est la définition d’une « dérive sectaire » selon les services du Gouvernement.

L’écologie sans justice sociale, c’est du jardinage

Le Giec insiste encore et encore : pas d’écologie sans justice sociale. Et si c’était ça le problème ? Car nos pays riches ont été et demeurent les principaux responsables du changement climatique. Et les plus riches parmi nous encore plus. A l’heure de l’abolition des privilèges, normal que ça rechigne un peu.

La révolution écologique est un universalisme, elle entend réunir tous les peuples dans une commune humanité respectueuse du vivant sous toutes ses formes. Quiconque prétendant aujourd’hui défendre le « progrès », la « science », la « raison » et la « responsabilité », la « dignité », « la liberté / égalité / fraternité », le « mieux vivre », la « prospérité » ou encore « l’avenir » ne peut que faire de la lutte contre le changement climatique une priorité absolue.

S’y refuser, c’est au mieux faire un caprice, au pire être cynique ou menteur. Car, en réalité, nos peurs et nos espoirs sont instrumentalisés pour le bénéfice de quelques personnes. Qui détruisent par la même occasion tout ce que nous avons de commun – l’environnement aussi bien que nos valeurs.

Cette dérive sectaire et réactionnaire ne profite réellement qu’à une minorité. Vous, moi et l’immense majorité des 7 milliards d’habitants de cette planète n’en faisons pas partie. Brisons l’emprise.

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