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Rapport du GIEC : comment sortir de l’impuissance climatique ?

Rapport du GIEC : comment sortir de l’impuissance climatique ?

Face au rapport du GIEC

Le dernier rapport du GIEC alerte une nouvelle fois sur l’urgence de nous placer sur une trajectoire de réduction massive de notre impact sur l’environnement. S’il est indéniable que nous, citoyen.ne.s, n’avons pas les moyens de changer le système en profondeur, il nous faut aussi reconnaître que nous en sommes les complices plus ou moins conscients. Les « petits gestes » sont à ce titre une clé pour déverrouiller nos imaginaires, car l’inaction climatique est un reflet de notre impuissance politique. En sortir est vital. 

Moins d’un trimestre écoulé et 2022 promet déjà d’être un millésime pépite dans une décennie 2020 toute en paillettes. Le monde est tellement en bordel qu’on en oublierait presque qu’il continue de se réchauffer. Sauf que, le 28 février dernier, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC, ici pour plus d’infos) a sorti un nouveau rapport. 

Ce que nous dit le GIEC : c’est la cata

Source : Bon Pote

C’est tout à fait concret et personne n’est à l’abri. On parle de prix qui augmentent encore, de pénuries. De grands-parents qui décèdent chaque été à cause de la canicule. De maisons sous les eaux, emportées par les inondations ou la montée du niveau de la mer. On parle de déplacements forcés, d’intensification des conflits et des crises… Il ne s’agit pas du monde « que nous allons laisser à nos enfants », mais bel et bien celui dans lequel nous allons vivre et mourir, celui dans lequel nous sommes.

Pour prendre la mesure de la chose, je vous invite à parcourir le rapport du GIEC (en anglais) et ses résumés qui circulent sur les internets (parmi mes sources principales : le travail de Bon Pote, Blast et France Inter). 

Bienvenue dans un monde qui change

Notre monde est donc entré dans une phase d’instabilité chronique et de bouleversements profonds. A ce titre, les scientifiques du GIEC insistent sur le rôle clé des populations locales dans la mise en place de solutions d’adaptation qui soient acceptables, pertinentes et efficaces dans les territoires. Les « décideurs » et « décideuses » doivent s’appuyer sur l’expertise des collectifs et des citoyen.ne.s localement, et vice-versa.

C’est en soi un message d’espoir : nous avons un rôle à jouer. Ce qui implique que nous – en tant qu’habitants de nos quartiers, villes et villages, pays, de la Terre – soyons capables de nous saisir des enjeux et de les transposer dans notre réalité quotidienne. Cependant, force est de constater que, en tant que société, nous en sommes encore loin. Nous nous berçons d’illusions.

Pourquoi avons-nous tant de mal à admettre qu’il n’y aura pas de Grand Soir climatique ? Qu’il n’y aura pas de solution simple, qui convienne à tout le monde et qui puisse être mise en place une bonne fois pour toutes ? Qu’il n’y aura pas de « retour à la normale » et encore moins à des (supposés) âges d’or ? Que l’incertitude est la nouvelle normalité ?

« La réalité, tu la crées en partie »

On peut mettre en cause, à juste titre, les intérêts de celles et ceux qui « gagnent » dans le système actuel et en tirent des moyens d’influence conséquents. Les 0,1% des plus riches pour ne pas les nommer. Il est vrai que le monde de la finance, les lobbys, les médias, les élus politiques etc. retardent plus ou moins activement le passage à l’action. C’est une explication au déficit de sensibilisation et à la « capture » de bon nombre de mots. 

Ceci dit, n’est-ce pas faire insulte à nos capacités de réflexion, d’autonomie et de stratégie que de considérer que nous ne pouvons pas agir ? N’est-ce pas un peu facile d’attendre que la solution s’impose à nous ? N’est-ce pas dangereux, aussi, quand on voit le niveau d’impréparation, de coercition et d’hystérie qui accompagne la résolution des crises en cours ?

La fabrique de l’impuissance est aussi en nous

Critiquer l’idéologie dominante, le « système » est sain. Mais il s’agit aussi d’assumer que nous participons à sa reproduction au quotidien, dans toutes les sphères de notre existence. Et c’est ok, on ne peut pas être en dehors. Il faut donc aller contre des structures profondément installées en nous et autour de nous.

Or, changer nos habitudes, surtout de pensée, est super dur. D’autant que nos cerveaux ne sont pas bien outillés pour la tâche. Ces limites sont bien réelles et justifient que nous n’avons pas toutes et tous les mêmes capacités (notamment matérielles) pour agir, ni les mêmes responsabilités.

Sauf que, chercher à « maximiser l’impact », exiger un retour sur notre investissement, ne considérer que la dimension économique de nos choix, c’est penser en capitaliste. Et là se trouve le piège. La vision du monde dans laquelle nous sommes enfermés nous pousse à faire des causes du problème les clés de sa solution. Une telle contradiction ne peut mener qu’à la panique ou au déni.

Reprendre à son compte le message du GIEC : éloge des petits gestes 

On n’est pas condamnés à l’échec. Entraîner sa capacité à questionner, à faire évoluer ses certitudes ou à s’adapter, c’est se créer des marges de manœuvre. Cela permet d’ouvrir des espaces dans lesquels on a un pouvoir, même minime. C’est concrétiser dans son quotidien une démarche de transition et d’adaptation. Saisir ce qu’on y perd ou y gagne, ce qui dépend de nous et ce qui dépend des autres.

L’action individuelle, communément appelée les « petits gestes », ont en ce sens un potentiel révolutionnaire. Disons-le : changer ses habitudes de déplacement, de consommation, évaluer son bilan carbone, etc. n’aura qu’un effet limité dans la lutte contre le changement climatique. A ceci près que le message du GIEC est clair : c’est la trajectoire qu’on prend qui importe. Agir différemment, c’est penser différemment. C’est voir le monde autrement et commencer à changer de chemin.

Car une fois la démarche engagée, voter, créer ou rejoindre des associations, en parler avec ses proches, consulter les médias indépendants, redécouvrir des pans d’histoire oubliés – bref, travailler avec d’autres à changer sa propre vie – s’impose comme une évidence. Dans ces conditions, vouloir vivre dans un monde habitable et une société juste ne relève plus vraiment de l’utopie. Cela revient à évoluer dans un espace partagé d’expérimentation au quotidien. À réinventer en pratique la façon dont la société fonctionne. C’est un projet politique, profondément démocratique.

« Te laisse pas désarmer, la réalité, tu la crées en partie / Chaque action : un grain dans l’sablier qui t’est imparti / Esprit concentré si tu perds pas ton temps / Rassuré par l’amour des nôtres sur l’chemin qu’on prend »

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