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La folie furieuse des « modérés »

La folie furieuse des « modérés »

Et si la modération n’était pas aussi louable qu’elle le semble? C’est la question que nous nous sommes posée à grand renfort d’attaques en règles vis à vis de la radicalité. Retour sur une radicalité peut être nécessaire pour contrer la folie furieuse des « modérés ».

Il n’y a pas si longtemps, le terme « radical » était plutôt un moyen de délégitimer un propos, faire comprendre que la personne s’en revendiquant n’avait pas trop les pieds sur terre, présentait des solutions irréalistes (eussent-elles de bonne intentions). La modération en politique était comprise comme une forme de sagesse, en lien avec ce qui est possible. Aujourd’hui, la modération est du côté du dogme frôlant la folie suicidaire et la radicalité de celui du raisonnable.

Notre maison brûle et les dirigeants vont chercher un verre d’eau

Parmi les fous furieux, on a été servi ces derniers mois. Par exemple, il y a eu des sommets internationaux (G20 et Cop26) où se ont se sont réunis les dirigeants politiques du monde, tous unis dans une même forme de schizophrénie aigüe. Ces gens-là sont désormais tous d’accord pour dire que la planète sera un espace de catastrophes pour la jeune génération actuelle et directement invivable pour les suivantes. Conclusion : la priorité est à la relance économique et à la croissance, c’est-à-dire à accentuer les causes de la destruction de la planète.

Ceci dit, que les dirigeants soient des suicidaires ne surprend plus personne. Et la guerre nous le rappelle seulement avec plus de stridence. On regrette seulement qu’ils embarquent l’humanité dans leur désir de mort. Après tout, ils pourraient parfaitement se faire sauter joyeusement le caisson ensemble lors de l’un de leurs prochains sommets. On ne rapatriera pas les cadavres. Ce sera leur contribution à la sobriété carbone : enterrer sur place, ils ne consommeront pas un autre vol inutile. Ce serait bien la première fois qu’ils auraient fait quelque chose pour la planète. On les remercierait pour cela.

Les changements lents équivalent à une fin rapide

L’effrénée, le radical, la rupture, c’est la forme raisonnable d’entreprendre les défis. Surtout, le champ du possible s’est ouvert à plein. L’envisageable n’est plus du tout le même que seulement deux ans auparavant. Stopper la plupart des échanges internationaux, laisser au sol les avions, réduire drastiquement la consommation, etc. Tout cela a été fait dans les premiers mois de pandémie. C’est faisable. De même, « l’argent magique », inconcevable quelques mois avant, a coulé à flot durant un an. Emprunter à futur pour sauver le futur n’est plus une lubie. L’appel au boycott des produits issus des colonies israéliennes en Palestine était criminalisé. Le boycott de la Russie est aujourd’hui applaudi. Méthode radicale, méthode raisonnable.

Les dirigeants, ces braves gens qui ne veulent pas mourir seuls, représentent la quintessence de la raison modérée. S’ils font (ou plutôt ne font pas) ce qu’ils font, c’est parce que cela serait raisonnable en fonction des multiples critères et contraintes d’un monde complexe. Ils signent des accords modérés car ceux-ci seraient les petits pas réalistes vers une sauvegarde de notre espace commun de vie. Mais, précisément, du fait qu’il s’agit de la vie de notre espèce (qui embarque dans sa fin la plupart des autres qu’elle n’a pas déjà exterminées), cette modération est une folie. Aujourd’hui, faire un petit pas, c’est avancer à grande vitesse vers la mort. Seule une course effrénée permettrait, peut-être, de sauvegarder une planète vivable.

Être raisonnable, c’est être radicale: tout, ici et maintenant

La sorte de répétition générale qu’est la pandémie amène à penser en termes beaucoup plus crus que ne le faisaient les dirigeants d’hier (qui sont ceux d’aujourd’hui, dans un déphasage à résoudre en urgence). Leurs raisons modérées n’étaient déjà pas brillantes auparavant, elles sont totalement absurdes aujourd’hui. Quand bien même ils voudraient « sauver l’économie », tout le monde aura bien vu qu’économiser un lit d’hôpital en amont c’est infiniment plus cher le moment venu. Ne pas changer radicalement aujourd’hui, c’est détruire y compris leurs totems demain, et demain vient très vite. Il faut tout changer, maintenant.

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