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L’affaire Duhamel et la confiscation du pouvoir

L’affaire Duhamel et la confiscation du pouvoir

Au-delà de l’inceste, cette affaire révèle comment notre pays est enfermé dans une pensée conforme qui règne dans les plus hautes sphères de l’état et bloque toute possibilité de progrès

Ce que cette histoire révèle est édifiant. Je ne parlerai pas ici de l’inceste et des agressions sexuelles en général. Je parlerai de l’omerta dans les plus hautes sphères de l’état. Comment le microcosme des gens du pouvoir à Saint Germain des Prés est prêt à toutes les turpitudes pour préserver sa main mise sur tout le système politique, médiatique, économique. Olivier Duhamel y incarnait une forme de permanence des coteries françaises, transpartisanes et intemporelles. Si le principe est connu, en mesure-t-on la gravité ?

On parle beaucoup des violences policières, des écarts de richesse, de la pauvreté, mais ce phénomène d’entre soi et de confiscation du pouvoir est tout autant violente. Un sujet invisible aux yeux du public mais qui en coulisse écrase toute forme d’alternance et par voie de conséquence de progrès. Les générations se succèdent et les mêmes réseaux perdurent à travers un système de filiation et de cooptation immuable. Ces dictateurs dernière génération sont cools, cultivés, anciens trotskystes peut-être, de gauche souvent, fervent défenseurs de « leur » République. On les adule pour leur intelligence effective, pour leur modernité, leur ouverture, leur culture ; des personnages sympathiques qui ont réussi à construire un système pour privatiser à leur seul profit tous les outils du pouvoir avec pour conséquence « d’éteindre » la société française, de la rendre caduque, inopérante.

Une connivence qui commence sur les bancs de l’école et qui se termine avec une collection de jetons de présence dans les conseils d’administration. Un passeport au sein des grands corps de l’Etat et des camaraderies avec bon nombre de ministres, de patrons, de journalistes. Pas question de laisser entrer qui ne viendrait pas de ce « petit monde ». Olivier Duhamel était au centre de ce bloc aussi compact qu’une légion romaine. Il intervenait dans une émission hebdomadaire sur Europe 1 et régulièrement sur l’antenne de LCI, siégeait au comité directeur de l’Institut Montaigne – la grande boîte à idées de la Macronie financée par les grandes entreprises. Membre du Club des juristes, il régnait en souverain sur le jury du prix Guy-Carcassonne qu’attribue ce cercle tous les ans dans les locaux du Conseil constitutionnel. Surtout, l’ex-professeur à Sciences-Po présidait depuis 2016 la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), qui chapeaute le prestigieux établissement universitaire.

Le politologue a prospéré dans la haute société parisienne des médias, des affaires et des idées, quand bien même l’affaire était connue de son premier cercle familial et amical dès les années 90. La fuite parvenue jusqu’à des journalistes en 2011, après l’ouverture d’une enquête de police finalement arrêtée. Personne n’avait intérêt à mettre à mal un édifice qui accorde des bénéfices incomparables. Il faut saluer Camille Kouchner dont la décision de parler, après que l’on aura souligné son courage, va certainement lui coûter très cher. Tous les noms qui s’articulent au sein de son réseau sont comme une fratrie qui tient en main la France. Laurent Bigorgne, directeur de l’institut Montaigne a présenté Olivier Duhamel à Emmanuel Macron en 2016 qui lui-même l’invita au soir du premier tour de l’élection présidentielle. Nicolas Demorand a beaucoup fréquenté Olivier Duhamel. Luc Ferry, Elisabeth Guigou, fréquentaient la maison du couple Pisier/Duhamel à Sanary. Jean Veil, fils de Simone Veil, un membre indéfectible de la famille a intégré Olivier Duhamel à son cabinet en 2010 et lui a donné un coup de puce pour enseigner à Sciences Po ou il est devenu proche de Frédéric Mion. Ami de DSK, d’Anne Sinclair, de Jean-Claude Casanova, président du FNSP et de Michel Pébereau, il se démène pour organiser la succession de Descoings, ancien compagnon de Guillame Pepy et ancien président de Sciences Po. Le préfet Marc Guillaume, ancien secrétaire général de l’Élysée s’est vu contraint après les révélations de Camille Kouchner de quitter toutes les fonctions qu’il occupait avec Olivier Duhamel ; le conseil d’administration de Sciences Po, la revue Pouvoirs et le club Le Siècle, cercle de la nomenklatura.

L’affaire Duhamel est un puissant révélateur de l’omerta politique et de ce qui tue la société française en opposant toute possibilité de renouvellement de sang neuf dans un circuit gangréné. C’est une fabrique de la pensée conforme et une garantie d’échec pour la société française, comme nous le constatons encore une fois avec Monsieur Macron, archétype de cette noblesse qui manque cruellement de hauteur. C’est ici que réside la face la plus dramatique de ce scandale. Enfermées dans des coteries d’un autre âge qui entassent les cadavres dans le placard, la France stagne, incapable de produire de la richesse. Peut-être faudrait-il coupler ces machines intellectuelles avec des gens hors normes, plus lents, des marginaux, des individus qui viennent d’ailleurs, dotés d’une imagination et surtout d’une expérience au quotidien de la vie ou elle advient. Nous ne pouvons plus accepter des dirigeants persuadés qu’ils ont la légitimité à diriger contre les citoyens sous prétexte qu’ils savant mieux que quiconque ce qui est bon pour le pays. Donnons enfin à notre pays la capacité de respirer.

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