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“XXI” Une BD où c’est toi qui choisis la suite… Interview de TomaCHKP par Veneno

“XXI” Une BD où c’est toi qui choisis la suite… Interview de TomaCHKP par Veneno

C’est cool de pouvoir échanger avec les lecteurs, de voir le sadisme dans leurs choix ou d’aller dans la contrainte pour le scénario.

Peux-tu te présenter ?

Salut, mon pseudo c’est Tomachkp, un mix entre mon prénom et mon crew de dessinateur depuis maintenant 15 ans « le chakipu » (c’était un nom cool à l’époque !).

Je suis dessinateur, sérigraphe, illustrateur, graphiste, éditeur, scénographe et j’ai quelques alter égos en comédie et en DJing…

J’aime bien boire des coups, la raclette et les barbecues, regarder des films des années 90 le dimanche soir… Quoi d’autre ? J’ai grandi à Viâpres-le-Grand/Plancy city.
Quand j’étais petit, j’aimais bien vider les poulets et les lapins avec ma grand-mère, j’allais à la pêche mais j’étais nul. Je vis à Nantes, mon premier concert était un concert de Try Yann au feu de la St Jean à Méry-sur-Seine, j’ai perdu ma virginité à 17 ans et accessoirement,  j’aime bien dessiner…


Parles nous de ton parcours artistique ?

Ma formation de base est la bande dessinée. En sortant de l’école, très inspiré par Fluide Glacial et par la BD américaine en noir et blanc, avec Neyef, Jebedai et Emmanuel Bazin, on a créé un fanzine de BD « Le Chakipu». Plus tard, Clé, Prozeet et Blondie nous ont rejoints, on s’est fait les griffes dessus. Grâce à ça, on a rencontré des gens et un public, on a intégré POL’n, un lieu culturel Nantais, qui nous a beaucoup appris. On a pu y développer nos projets artistiques tout en continuant le fanzine, ça nous a ouverts à beaucoup d’autres pratiques artistiques. C’est là aussi où chacun a pris sa voie. On continue de bosser ensemble, mais sur des projets plus spécifiques.

Pour ma part j’ai découvert la sérigraphie, c’était un moyen d’impression hyper accessible pour imprimer mes productions. J’ai aussi pris conscience que créer des projets, c’était toujours faisable : un peu de savoir-faire, des compétences partagées, des potes pour t’aider. Du coup à travers toutes ces expériences, j’ai dessiné des groupes de rap aujourd’hui mort : Insolite/Singe des rues… J’ai fait des décos d’évènements : électro pour Sweatlodge, métal pour le Hellfest… des pochettes d’albums, pour Eiffel, Slobodan Expériment…  J’ai co-organisé des événements comme « Les lampadaires Hurlants », « KRAFT », festival de sérigraphie … J’ai fait aussi du spectacle, enfin pas moi, mes alter egos Georges pour « Le Catch de Dessinateur à Moustache », « Michel Michel » pour La Mailloche (entresort de Toto Black) … de l’édition avec « Bastard Comix », des affiches d’évènements, des commandes … bref tout un tas de trucs impossibles à mettre dans des cases mais mortellement kiffant !

Peux-tu nous expliquer le concept de la BD « XXI » que tu es en train de réaliser.
Comment t’es venu l’idée ?

Je suis sûr que quelqu’un a déjà fait ça ou dans le même genre…

Mais « XXI » c’est une BD où tu choisis la suite, je me suis adapté au format Instagram, bien que je sois une vraie merde sur les réseaux, je déteste ça mais je scrolle tout le temps sans savoir pourquoi. Bref, 9 cases de BD carrés ou en panorama et une pour choisir la suite. Je fais une planche par semaine et vous avez le week-end pour choisir la suite : A ou B et on recommence. Je reste dépendant du choix des votes pour la planche suivante. C’est un peu comme une série où après chaque épisode c’est toi qui choisis ce qui va se passer.

Comment l’idée est venue ? Je dirais que ça faisait un moment que je n’avais pas fait de BD et que ça me manquait et je kiffe regarder des séries.
Et bien sûr, étant donné le contexte, tous les projets sur l’événementiel sont en stand-by, alors il faut que je m’occupe !
Il doit y avoir un mix entre les livres dont tu es le héros (le concept est cool), même si j’ai dû en lire un seul quand j’avais 10 ans et que ça m’a saoulé et que je ne suis pas un bon scénariste. Du coup, laisser le choix et avancer avec des options, ça pouvait me permettre de créer sur le fil. Mais aussi le fait de ne pas être dans un récit pré-écrit sur un squelette narratif, de pouvoir changer d’idée au fil de son humeur, de l’évolution de l’histoire, des personnages et de se laisser une liberté de voir où ça peut aller.
Et surtout il n’y a pas d’obligation de résultat.

Pour l’instant le lecteur a le choix entre la proposition A ou la B que tu as imaginée… Serait-il possible qu’il puisse également choisir la suite en imaginant les propositions lui-même ?

Pour le moment, le lecteur a le choix sur des actions que le personnage peut faire selon les situations. C’est le début et je ne sais pas où ça va aller, j’essaye de créer un environnement et le début d’une intrigue, c’est là où je me dis que j’aurais dû lire des bouquins sur l’anatomie d’un scénario… Mais j’aime bien l’idée de surprendre le lecteur, et d’imaginer comment il voit la suite selon la possibilité que je propose… Mais oui carrément, j’ai pensé aussi à choisir quel personnage le lecteur suit, quelle émotion il peut choisir, quelle attitude. Et merci pour l’idée que les lecteurs imaginent la suite !!

Il y avait aussi l’envie que le choix ne soit pas uniquement binaire. Bref il y a plein de trucs à exploiter et c’est cool.

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As-tu vu l’épisode « Bandersnatch” dans la série Black Mirror qui proposait cinq fins alternatives dans lequel le spectateur pouvait influer sur le déroulement de l’intrigue ? Si oui qu’en as tu pensé ?

Oui, évidemment, je suis un grand fan de Black Mirror surtout la partie avant Netflix. Pour Bandersnatch,  j’étais super excité par le concept, le taff que ça a dû représenter, le boulot scénaristique, etc… J’ai été un peu déçu car les premiers Black Mirror, c’était un truc de fou, et la patte Netflix a un peu tout cassé de l’énergie de la série… Mais le concept est fou, avoir le pouvoir sur la suite de ce que tu regardes, c’est ultra bien ! Seulement, le format cinématographique ne permet pas la réactivité sans avoir tout prévu à l’avance donc au final tu es un peu enfermé dans un scénario à multiples tiroirs et pas dans un vrai choix d’influence sur la suite… Les jeux vidéo comme GTA ou Red Dead sont encore plus free car dans un arc narratif, tu peux faire ce que tu veux en parallèle par exemple.

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Avec cette idée d’avoir une interaction directe avec tes lecteurs, qu’elle est ta réaction lorsque le choix fait par le public ne correspond pas à celui que tu aurais fait toi ?
Quand je dessine la page, je prépare 2 croquis des pages suivantes, selon les choix possibles pour ne pas me perdre dans les dialogues ou dans ce que cela va impliquer pour la suite. Du coup, j’ai une préférence pour l’une ou l’autre dans la dynamique du dessin, ou dans ce que ça peut donner derrière. Encore une fois c’est le début et je pense que je vais m’arracher les cheveux sur certaines situations, mais rien n’empêche de garder des idées non abouties, pour la suite.
Et c’est cool de pouvoir échanger avec les lecteurs, de voir le sadisme dans leurs choix ou d’aller dans la contrainte pour le scénario. Je kiffe quand il y a quelqu’un qui donne son choix et qui rajoute un truc sur la page précédente, ça prouve qu’il suit bien le truc car avec les réseaux, tu as souvent le côté “clic vite” sans aller chercher la source…
Après, j’aime bien imaginer ce qu’aurait pu donner une série comme Game of Throne où les personnages principaux meurent au fur et à mesure, si on avait le choix…

Cette BD participative est-elle une première pour toi ?
Penses-tu la publier en version album papier ou est-elle destinée uniquement aux réseaux sociaux ?

Je n’ai pas beaucoup été publié hors l’auto-édition avec le Chakipu ou Bastard Comix et j’ai participé à Psikopat et Aaarg. C’est une première pour le côté participatif, j’ai eu l’idée, l’envie,  je le fais et ça durera le temps que ça durera… Pas de plan pour la suite avec ce projet, je m’amuse et j’essaye que ça ne me prenne pas trop de temps pour le reste.
Et si ça me saoule, à la fin, je proposerai A : c’était un rêve ou B : il meurt, à toi de choisir… 😉

Comment définirais-tu ton style de dessin ?
En BD, je dessine à l’ancienne : papier, crayon bleu puis encrage au “pentel”. Graphiquement, c’est Charles Burns, Mezzo, Jamie Hewlett si je devais citer des influences. Plutôt dans le style des comics américains, Les Contes de la Crypte, etc…
Je n’arrive pas à faire autrement mais j’essaye.


Dans tes illustrations on ressent l’influence de la culture mexicaine, par exemple tu représentes régulièrement Frida Kahlo, luchadors ou squelettes …  Comment choisis-tu tes thèmes ?
Je suis un imposteur… Je ne suis jamais allé au Mexique … et oui la réappropriation culturelle … mais le monde reste une grande d’inspiration. Mais oui, je fais une petite fixette sur Frida Kahlo, c’est pour moi le personnage le plus inspirant de l’histoire. Déjà parce que c’est une femme, féministe, elle en a bien bavé dans sa vie et elle avait un talent et un style incroyable. Je ne sais pas, elle est devenue avec le temps, entre les lectures et les images que j’ai pu voir, une icône pour moi. Impossible de ne pas la dessiner, elle m’accompagne …

et puis il y a une esthétique folle dans toute l’histoire mexicaine : les Zapatistas, la lucha libre, la fête des morts, Frida,…  ça reste un point de vue sans avoir mis les pieds au Mexique mais c’est vraiment inspirant !

Comment as-tu intégré le collectif « Le Chakipu » ? En quoi consiste-t-il ? Le Chakipu, c’est 2006, c’est la sortie d’école. Comme je disais plus haut, on l’a créé pour faire un fanzine à la base, avec Neyef, Jebedai et Emmanuel Bazin. Ce n’est que plus tard que Clé, Prozeet et Blondie nous ont rejoints.  Et on est toujours vivants ! On fait différemment maintenant, mais ça a été un palier de professionnalisation des membres du collectif. On a sorti 7 magazines, un Sales Gosses, et 5 Bastard comix, accompagnés de bonne soirées de sorties de bouquins. À côté de ça, on fait plus d’événementiel maintenant entre autres avec le Hellfest, et surtout, chacun suit son chemin, on a tous des plans personnels en plus du collectif. Mais c’est nos 15 ans cette année et on va essayer de faire un truc, malgré la situation…

En 2015 tu es le premier artiste à participer au projet de la BD « BASTARD COMIX ». Il s’agit d’un format « comics » de 16 pages en noir et blanc qui accueille un dessinateur différent par numéro.
Que peux-tu nous dire à propos de ce projet ?
C’est un peu la continuité de la partie édition du Chakipu. Les fanzines c’était trop lourd à porter et j’avais envie d’éditer des BD autrement, de trouver un système financier qui paye les auteurs, l’impression et qui soit édité en peu d’exemplaires. En gros, c’est seize pages noir et blanc, en sérigraphie avec un auteur par numéro, édité à trois cent exemplaires. On a trouvé un équilibre financier pour payer tout le monde et créer un objet unique. On en a déjà fait 5 mais c’est du travail à accompagner surtout quand tu t’auto-produis, sans subvention, sans pub, tout seul par tes propres moyens du coup ça met du temps. Et puis la période est peu propice, car ça marche sous le manteau, dans les salons ou les évènements. On en a deux de prêt, en attente, et un 3ème en préparation … C’est un projet qui continuera à vivre tranquillement, mais sans rencontre physique ça n’a pas de sens …

Peux-tu nous parler de ta participation au « Catch à Moustache » ? Quel est le concept de cet évènement ? Quel personnage incarnes-tu ?
Moi je ne suis que dans l’organisation. Le catch de dessinateur à moustache, c’est un show digne de Las Vegas. C’est un combat de dessins entre deux athlètes sur un ring, en deux rounds de 3 minutes, à l’issue duquel le public vote pour le meilleur des deux dessins sur deux thèmes tirés au sort et donnés par ce même public. Si tu n’as rien compris c’est normal … Pourtant le concept est simple : A la fin des deux rounds de trois minutes le public vote pour son dessin préféré. Accompagné de « Victor Suprême » présentateur et arbitre, de « DJesus Christ » aux platines et des « Muscadettes », les pom pom girls ! Le tout dans un joyeux bordel contrôlé d’1h30. T’as capté ?

Voilà pour le concept, je laisse ma place à Georges le clown qui est lui catcheur et aussi mon coloc pour répondre à la suite.

« Bonjour, je suis Georges, j’ai grandi dans un cirque. Mes parents adoptifs m’ont forcé à devenir clown, j’ai été incarcéré à Fleury-Mérogis pour avoir violé la Joconde, (le tableau) … j’ai rencontré Victor Suprême en prison et il m’a dit que j’avais assez de talent (après lui avoir tatoué le portrait de sa mère, Ariel Dombasle sur son pénis) pour rejoindre le « Catch de Dessinateur à Moustache » … Depuis je lui dois pénitence et obéissance… Amen… »

Quels sont tes futurs projets ?  Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Continuer « XXI » déjà. Mener à bien tous les projets avec les différentes structures avec lesquelles je bosse et surtout pouvoir reprendre une activité normale, merde y’en a marre à la fin…
Obtenir un statut pour les artistes/auteurs, au même titre que les intermittents, on veut pouvoir vivre de notre art sans être dans cette précarité permanente, on le ressent d’autant plus en ce moment !

Tchao

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