J’essaie d’être aussi légendaire qu’oubliable. Et très souvent les deux…
La question du racisme dans le rap se pose rarement. On entend souvent « c’est plus facile quand t’es blanc » mais y a-t-il des avantages à être noir aussi ?
Un peu de contexte :
À chaque semaine sa polémique. Mais concernant le racisme dans le rap, ces dernières se font souvent discrètes. Pourtant, l’omniprésence des dynamiques racialistes dans notre manière de consommer, juger et produire la musique devrait poser problème. En effet, le tabou autour des privilèges dus à la couleur dans le rap est finalement rarement brisé. Et lorsque cela arrive, cela prend rapidement des proportions démesurées.
C'est vrai que nous aussi quand on pense "rappeuse française" on pense Diam's, pas vous ?@chillaofficiel @DavinhorPacman @Lejuiicemusic @IamVickyR_ @jstcallmebibi
— CANAL+ Docs (@CanalplusDocs) November 3, 2021
Reines, pour l'amour du rap, seulement sur @canalplus pic.twitter.com/S69PrEPiNK
Existe-t-il un privilège noir dans le rap ?
Il semble logique de se demander si, comme dans tous les autres secteurs de la société, il existe un privilège blanc dans le rap (le suspense est insoutenable). Mais on est aussi en droit de se poser une question différente : y a-t-il des avantages à être noir.e lorsqu’on pratique une musique noire ?
C’est vrai, pourquoi pas ?
Finalement, « rap de blanc » a longtemps été utilisé comme un synonyme de « rap sans sève ». D’autre part, il y a beaucoup plus de rappeurs et rappeuses noir.e.s et maghrébin.e.s que de rappeuses et rappeurs blanc.he.s. parmi les artistes exposés nationalement. Et pourtant, très souvent les artistes blancs font figure d’exception parmi tous. Pourquoi ?
C’est plus facile quand t’es blanc ou c’est plus facile quand t’es Nekfeu ?
De fait, les rappeur.euse.s blanc.he.s qui ont percé sur la scène française semblent parfois surexposé.es par rapport à leur petit nombre. Des nominations aux Victoires de la musique jusqu’aux invitations dans les émissions grand public, certains choix semblent incompréhensibles. Souvent, les évènement qui cristallisent le grand écart de vision entre le milieu du rap et les médias généralistes implique ces rappeur.euse.s blanc.he.s.
On citera la victoire de Manau en 99 face aux classiques du rap français que sont « Suprême NTM » d’NTM ou « Quelques gouttes suffisent » d’Arsenik. Plus récemment on pourrait s’attarder sur l’invitation du rappeur James The Prophet chez Quotidien.
Orelsan sort un projet, regardez bien comment tous les médias vont en parler (TF1, BFM TV, France 2, Canal +…) c'est pareille quand c'est Nekfeu, Lomepal etc. Mais quand c'est Ninho, Niska ou autre "non blanc" là il n'y a que Skyrock et Génération les inviter. On est en 2021.
— Benni 🍃 (@bennikid) November 18, 2021
Lorsqu’on travaille dans le milieu de la musique il n’est pas rare d’entendre de la part de décideurs (en média ou en maison de disque) que la couleur de peau est un facteur important dans la réussite d’un artiste. On comprend alors, et la réalité factuelle semble le confirmer, qu’il est plus facile de promouvoir un artiste blanc auprès d’un public blanc, majoritaire en France. Oui, il existe des formes de racisme dans le rap. Pourtant, au début de la carrière d’un rappeur.euse blanc.he, la question de la crédibilité de ce dernier est quasi-systématiquement posée par le public.
Maska c’est le seul blanc qui a était accepté dans la sexion d’assaut, c’est sur il avait le permis à l’époque mdr pic.twitter.com/Pw5nPFo6Ap
— Sam’s 🦁🇩🇿 (@samolo1304) May 7, 2020
Le racisme dans le rap est-il aussi une forme de fétichisme ?
« La prison j’y suis allé
Je m’en souviendrais
Mais pas plus que ça
Les journalistes en parle plus que moi
J’ai vraiment pas besoin d’elle pour être crédible »
Sinik - Dans le Vif
En effet, il existe différents publics dans le rap, et différentes formes de racismes dans le rap. Vous me voyez venir ? Tout comme pour la misogynie dans le rap, le public et les décideurs de l’industrie reproduisent les stéréotypes ancrés dans l’imaginaire collectif. Ils calquent leur comportements face à la musique d’un artiste sur la perception qu’ils ont de son vécu en fonction de leur préjugés. Il est dur pour Orelsan d’aborder les mêmes sujets que Lacrim et inversement car chacun d’entre eux doit en partie sa réussite au fait qu’il incarne le stéréotype auquel on l’identifie.
Mais est-ce parce que leur vécu est différent qu’ils ne peuvent pas aborder les mêmes sujets ? Est-ce parce que leurs origines sont différentes qu’ils n’ont pas le même vécu ? Est-ce parce qu’ils ont un vécu qui correspond au stéréotype qu’on se fait d’eux qu’ils ont eu la chance d’être exposés ? Probablement un peu de tout ça. Beaucoup de questions méritent d’être posées à ce sujet.
Oui, le racisme dans le rap existe, parce que le racisme existe dans la vie, chez chacun d’entre nous. Et parce que, plus que les autres, cette musique est le reflet d’une culture.
J’essaie d’être aussi légendaire qu’oubliable. Et très souvent les deux en même temps.
