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Pilule rouge ou pilule bleue ?

Pilule rouge ou pilule bleue ?

Sommes-nous prêts à nous extraire de la Matrice et de notre confortable ignorance pour passer dans le réel et y retrouver notre liberté et notre indépendance ? Le film Matrix nous donne la clé pour échapper à cette dépendance. La pilule rouge ! Oui mais l’addition est lourde.

Bonjour à tou.tes.s,la question se pose aujourd’hui avec une acuité pressante, laquelle prendre ? La rouge ou la bleue ? Depuis que les sœurs Lana et Lilly Wachowski ont mis en image cette question du passage à l’acte, la question taraude tous ceux qui ont compris comment la Matrice fonctionne et quel y est notre rôle. Et ça fait beaucoup de monde. Matrix, la fiction réalisée par les réalisatrices « trans-libertaires » pop et à laquelle a contribué le philosophe Slavoj Žižek se rapproche chaque jour de notre réalité quotidienne. Ce film culte et visionnaire contient de nombreuses références à des idées philosophique et religieuse, et rend hommage à l’Allégorie de la caverne de Platonainsi qu’à des œuvres telles que Simulacres et simulations de Jean Baudrillard ou encore Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Alors qu’elle appartenait encore au domaine de la science-fiction il y a encore vingt ans, la réalité de ce film devient plus palpable jour après jour.

Nous sommes des moyens de production

Ingénieur en informatique le jour et hacker la nuit, Thomas Anderson (Keanu Reeves) dit Néo est supervisé par Morpheus (Lawrence Fishburne), sorte de pape du hacking, qui va venir toquer à la porte de son écran d’ordinateur pour lui exposer les faits : tout n’est qu’une illusion. En réalité, dans un passé lointain les humains sont devenus les esclaves des machines et sont utilisés comme de vulgaires batteries, puis jetés dans les toilettes. Notre réalité n’est-elle qu’une activité virtuelle destinée à produire l’énergie dont la machine a besoin pour « exister » ? Voilà l’ironie du sort dans Matrix : plongés dans une cuve à côté de millions d’autres êtres humains nus, « endormis » et « connectés », nous offrons notre force vitale, nous devenons des moyens de production, des piles qui alimentent cette ville de robots et toute cette société mécanique animée par une intelligence artificielle. « Tout semble se fondre pacifiquement en moi, je ne trouve tout simplement plus rien à faire ou à penser : d’où le nihilisme du monde virtualisé », dit Morpheus.

Bienvenue dans le désert du réel

Lorsque Néo est confronté au marché que Morpheus lui propose : la pilule bleue ou la pilule rouge ? Il fait le choix de la rouge. Le choix de sortir de la Matrice. Il se réveille alors dans le réel, et que voit-il ? Un paysage dévasté et recouvert de ruines calcinées. Et lorsque Morpheus encore, le chef de la résistance l’accueille, il lui réserve cette réponse ironique : « Bienvenue dans le désert du réel. » Un monde de jouissance et d’abandon. Un monde vidé de sa substance, privé de son noyau, de résistance matérielle… Sommes-nous emprisonnés dans la Matrice ? L’allégorie anticipe avec talent le chemin de la dépendance que nous sommes en train de suivre. Ce film de science-fiction est la représentation du contrôle institutionnalisé auquel la quasi-totalité d’entre nous accepte de se soumettre. 

Un contrat faustien

« Confiez-nous vos vies et nous vous donnerons le Paradis. » Ça ressemble à un contrat faustien. Dans la réalité, des services nous sont offerts « to make the world a better place to live in », comme accéder à toute la connaissance (Google), être connecté à l’ensemble de la planète (Facebook) en échange d’une soumission à la « machine » à laquelle nous dédions toute notre énergie (toutes nos données). « Nous sommes les produits », comme le déclarent avec une naïveté confondante les professionnels du marketing. Chacune de nos actions alimente une gigantesque machine à cash et un centre de surveillance qui aspire progressivement la « loi ». Une chute gravitationnelle dans laquelle tout le monde a oublié ce que « vivre » veut dire. 

Le récit initié par des hippies en sandales était pourtant séduisant, l’utopie nous promettait un monde débarrassé de ses heurts et de ses contradictions, une nouvelle révolution cognitive où tout est gratuit, facile, où tout est possible. Personne n’a entrevu qu’à travers cette utopie se préparait un immense hold-up planétaire. Les données sur mon ADN, mon cerveau et ma vie sont-elles mon bien ou celui de monopoles libertariens, d’une société ou d’un collectif humain ? Qui suis-je et quelle est ma véritable raison d’être ? La tragédie « hollywoodienne » est en train de tourner au vertige, de se transformer en idéologie sectaire mais tellement puissante que « la plupart ne supporteraient pas d’être débranchés, certains sont tellement dépendants du système qu’ils iraient jusqu’à se battre pour le protéger », dit Morpheus. S’insurger, casser les banques, battre le pavé, au pire poser des bombes, oui, facile, ça fait partie du grand jeu. C’est facilement contrôlable et ne fait que confirmer notre dépendance à la Matrice et légitimer la répression aux yeux de la majorité. Le film Matrix nous donne la clé pour échapper à cette illusion et cette dépendance. La pilule rouge ! Oui mais l’addition est lourde. « Bienvenue dans le désert du réel », un paysage dévasté et recouvert de ruines calcinées. Qui aura le courage de sacrifier sa réalité pour s’y rendre ? Je vous laisse méditer…

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