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Banana Kush, le podcast qui sort le cannabis du placard

Banana Kush, le podcast qui sort le cannabis du placard

Le cannabis est de loin la substance illicite la plus consommée en France, elle fait partie de nos quotidiens, qu’on soit consommateur ou non. C’est ce parti-pris qu’a adopté le podcast Banana Kush, qui aborde la consommation de cannabis comme phénomène social et culturel tous les quinze jours.

Le 2 décembre dernier, San Francisco a interdit  à ses habitants de fumer dans leurs appartements, avec une exception pour le cannabis. A la même date, l’ONU reconnaissait l’usage médical du cannabis, permettant ainsi son utilisation dans la fabrication de médicaments, à l’instar de l’opium ou la morphine.

Des fun facts, des chiffres, des témoignages, des interventions d’experts, en bref, une méditation documentée, le tout roulé dans un format bien pop : “on voulait sortir de l’imagerie cliché du stoner” décrit Christophe Payet, fondateur de Nique – La Radio qui édite le podcast et co-animateur de Banana Kush avec la journaliste Camille Diao. L’un des enjeux du podcast, poursuit-il, c’est de “montrer que le cannabis n’est plus un truc de rasta et de stoners mais fait partie de nos usages et de notre pop culture. Donc on voulait éviter les feuilles de weed, les joints etc. On a consulté une liste de variétés de cannabis et on est tombés sur la “Banana Kush”, qui existe donc vraiment.”

Résultat, une quinzaine d’épisodes ont été réalisés depuis octobre 2018, liant le cannabis à notre vie de tous les jours : parentalité, entreprenariat, utilisation thérapeutique, cuisine, sexualité, troisième âge, prohibition, consommation en prison, ex consommateurs-rices…Des sujets discutés avec des invités qui pèsent aussi bien dans la vie culturelle que politique, comme Monsieur Poulpe, Benoît Hamon, Laura Felpin ou encore Johann Zarca.

Le format, ses couleurs pop et ses jingles plein d’humour réussiraient presque à nous faire oublier que la consommation de cannabis est interdite en France. Pourtant, hors de question d’occulter le terme comme pour les interviews “sandwich” de Konbini, précise Christophe Payet : On a fait le choix dans l’émission de parler frontalement du sujet, d’en parler librement, donc on parle de weed, de shit, de cannabis, de THC, de joints etc. Parce qu’on considère que ces mots ne devraient pas être interdit dans les médias sous prétexte qu’ils désignent des produits illicites. Les usages existent et donc nous nous faisons un devoir journalistique de les chroniquer tel qu’ils sont.”

L’ancien directeur du numérique chez Radio Nova et son équipe sont néanmoins confrontés à une forme de “puritanisme français (et des réseaux sociaux)” : s’il dit n’avoir “pour l’instant”, jamais eu de démêlé avec la justice, qui pourrait lui reprocher de présenter sous un jour favorable un produit illicite, il fait pourtant face à une forme de censure numérique liée à un sujet qui reste tabou. Ainsi, Christophe Payet relate plusieurs obstacles qui se dressent devant la popularisation de Banana Kush, d’abord sur les canaux traditionnels : “on a été déprogrammés de Radio Nova après un épisode parce qu’ils ont eu peur du gendarme” regrette-t-il. Mais aussi auprès des nouvelles nouvelles structures de podcast natif qui restent frileuses sur le sujet : “un studio de podcast que je ne citerai pas nous a contacté pour nous produire avant de faire machine arrière sur avis de leurs avocats, un autre a voulu nous distribuer mais sans nous produire pour que nous soyons seuls responsables pénalement” relate-t-il. Côté promotion, le sujet même du podcast rend impossible la sponsorisation des posts sur Facebook et sur instagram, tandis que le classement en contenu “explicit” sur les plateformes de streaming ne permet pas de bénéficier de mises en avant des contenus.  Banana Kush, un programme planant qui nous rappelle qu’on peut parler de tout, mais peut-être pas n’importe où ?

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