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Où en est-on de la liberté ?

Où en est-on de la liberté ?

L’histoire est brève, fulgurante, soixante-dix ans, beaucoup, pas grand-chose. Elle est partie d’un point A, juste après la Seconde Guerre mondiale, avec une promesse de liberté qui a galvanisé les esprits pour nous transposer aujourd’hui au point B avec la gueule de bois.

Qui aurait pu penser que cette liberté, porteuse de paix et d’espoir dans les années cinquante, deviendrait soixante-dix ans plus tard un instrument d’oppression et d’acculturation ? Pourquoi, dans un monde qui aurait pu bénéficier d’une autonomie incomparable à l’échelle de notre temps, avons-nous basculé dans un totalitarisme qui ne dit pas encore son nom ? Pourquoi notre seul et véritable capital, le « politique », ce patrimoine commun que nous avons construit au prix de sacrifices sanglants est-il en train de fondre comme neige au soleil pour nous renvoyer entre les mains de prédateurs ? Que s’est-il passé ? Qu’avons-nous raté ?

Personne n’a entrevu qu’à travers le grand moment de rupture technologique, sociétal, économique initié en Californie se préparait un hold-up planétaire. L’association mortifère entre le libertarianisme de la Silicon Valley et le néolibéralisme lancé par Reagan et Thatcher dissimulait un pacte faustien : « Confiez-nous vos vies et nous vous donnerons le Paradis. » En ouvrant la voie à une technicisation de l’individu, une rationalisation statistique de toute chose, une étape était franchie pour organiser, produire et exercer un contrôle sur  l’ensemble de la société. Le processus démocratique a cédé devant des entreprises transnationales sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. Des monopoles en capacité de créer des bouleversements mondiaux et sans aucun contrôle.

Nous devenons progressivement des données stockées dans des « nuages » ; dans la situation d’alimenter notre propre servitude. Une fiction qui n’a rien à envier à Matrix. Ce flux d’informations dont nous sommes à l’origine ouvre la voie à des transformations radicales dans tous les domaines de l’activité humaine : de la science à la médecine en passant par les armes de destruction massives. Il annonce une emprise totale sur nos vies et nos manières de penser, comme en Chine, pays qui a fait le choix délibéré du totalitarisme au prétexte d’améliorer la vie de ses citoyens. Les choix, les comportements, les décisions des individus sont prédictives statistiquement et contrôlées par une prétendue objectivité produite par des machines et des formules mathématiques.

La liberté, ce socle de la pensée occidentale, condition de notre dignité et de notre développement tout autant intellectuel qu’économique, a basculé du côté de sa face la plus sombre, la  plus individualiste, où règne la loi du plus fort et l’absence de limites. Ce n’est plus La liberté que l’on défendra alors, mais sa propre liberté. Une liberté à sa convenance. Une liberté sans limite, ne cédant ni devant les droits du prochain ni devant le service du bien public. Une liberté ne reconnaissant aucune obligation, aucun devoir, aucune volonté autre que la sienne propre. « Jouir sans entraves », comme il s’écrivait sur les murs en Mai-68.

Le pouvoir politique, qui a perdu toute forme de légitimité, relaye allègrement cette mise sous tutelle à travers des lois liberticides au nom de principes fallacieux. Le spectacle est pathétique : des politiques impuissants qui tentent de sauver (l’apparence de) la démocratie en cherchant des solutions là où elles n’existent pas. A défaut de penser le politique, on s’épuise dans des combats stériles autour de slogans qui n’ont aucun fondement scientifique, on s’étripe autour de « l’islamo-gauchisme », du « communautarisme », de la « racialisation » ou du « séparatisme » pour faire voter des lois racistes et liberticides comme celles sur la sécurité globale ou le séparatisme, on fait perdurer les états d’urgence sécuritaire ou sanitaire. Le piège se referme doucement, telle une prison à ciel ouvert.

Confort ou révolte ? Matrice ou dignité ? Pilule verte ou pilule rouge ? Progrès ou catastrophe ? Le choix de la désobéissance n’est plus une option. Il est temps de dire non. Personne n’acceptera plus d’être traité comme des objets et réduits à des moyens. Les opinions prennent peu à peu conscience que le système qui nous a été vendu comme la fin de l’histoire est une « arnaque ». Il est temps de se réapproprier ce monde qui appartient comme aux époques les plus reculées à 1 pour 100 de la population.

C’est à travers la culture que s’éveillent les esprits, et nous lançons un appel aux artistes pour redonner vie à la démocratie, brandir la liberté, l’égalité, issues directement de la rue, du peuple, que nous soyons jaune, blanc ou noir de peau. Un appel pour remettre en cause ce « système total » et sans nuances qui nous surveille et nous asservit. Soyons fiers d’affirmer nos convictions et de porter cette phrase de Paul Eluard : « Liberté, j’écris ton nom. »

Il est temps de désobéir non pas par refus mais par amour, par considération du droit, une désobéissance qui dit oui avant de dire non. Un moyen de contester l’ordre établi non pas pour le détruire ou faire le malin, mais pour en maintenir les principes fondateurs trahis par le pouvoir. Nous sommes du côté du droit.

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