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Les mots captifs – S’autodéterminer

Les mots captifs – S’autodéterminer

S’autodéterminer dans un monde où le pouvoir appartient à quelques-uns. Où les lois concernant le corps des femmes sont votées, en majorité, par des hommes. Où les décisions sont prises dans des assemblées où les membres se ressemblent tous, mais ne ressemblent pas à ceux qu’ils représentent. La tâche semble ardue. Il est temps de se questionner sur ce mot captif.

L’abrogation de la loi sur le droit à l’avortement par la Cour suprême des États-Unis a de quoi indigner. Sur les neuf juges impliqués dans la décision, seulement trois sont des femmes. Ainsi, une belle majorité d’hommes, n’ayant jamais eu affaire à l’avortement, a manœuvré ce choix politique.

Les décisions exogènes

Cette malheureuse nouvelle rend compte du fossé croissant entre les décideurs politiques (juges compris) et ceux qui supportent, non sans douleur, leurs décisions. Des décisions qui, par ailleurs, s’orientent vers un biopouvoir toujours plus puissant, où les corps sont contrôlés et les comportements imposés.

Force est de constater l’importance de s’autodéterminer dans ce contexte : pouvoir choisir par soi-même et pour soi-même, défendre la propriété de soi, lutter contre des décisions exogènes qui, jamais, ne s’appliqueront pour ceux qui en sont à l’origine.

Voilà un besoin fort nécessaire, que le groupe américain Public Enemy évoquait déjà, à l’époque où l’arrêt Roe v. Wade était remis en question.

Capture d’écran Instagram du 02/07/2022

Quelle liberté ?

Dans le cas présent, deux libertés s’opposent : celle défendue par la Cour suprême de laisser les États décider par eux-mêmes d’agir (ou non) sur le corps des femmes, et celle de laisser aux femmes la pleine souveraineté sur leur corps. Résolument, l’une représente la liberté d’ingérence et l’autre le droit à l’autodétermination.

“My Body, My Motherf*****’ Choice!”

Megan Thee Stallion

A l’occasion du festival Glastonbury en Angleterre ce 25 juin, plusieurs artistes se sont positionnés à ce propos. La rappeuse Megan Thee Stallion a sans hésitation défendu la liberté de chacun.e de disposer, comme bon lui semble, de son corps. Au fond, à qui regarde l’usage de son propre corps, si ce n’est son propriétaire ?

Une position qui, dans un tout autre genre, était soutenue par Orelsan dans la série « Bloqués » avec Gringe.

T’es pour ou contre l’avortement ?

– Je sais pas, je m’en bats les c*******, c’est pas à moi de décider nan ?

Vas-y, développe.

Je veux dire je suis un mec. Si jamais un jour il y a un truc qui fait que mes couilles elles deviennent grosses comme des pastèques et qu’il y a un être humain qui va sortir de mon urètre, ça me ferait chier qu’il y ait quelqu’un à qui ça arrivera jamais qui vienne me dire comment gérer le bordel.

Grince & Orelsan dans « Bloqués »

Les limites de l’autodétermination

Si conduire ses propres décisions lorsque la propriété de soi est mis en question est bien légitime, l’autodétermination a aussi ses limites. Effectivement, la vie en société demande parfois de dépasser la possibilité de choisir pour soi-même (et uniquement pour soi-même), pour la possibilité de choisir pour tous. Autrement, la société ne se fragmenterait en groupes d’individus, mus par la seule défense de leurs intérêts personnels. Un monde sans projection collective.

Le véritable problème n’est donc pas que toutes les décisions ne soient pas prises par les principaux intéressés – ce qui reviendrait à dire que chaque mesure devrait être prise par celui qui en est le plus impacté. Il réside davantage dans l’ampleur du pouvoir accordé à des preneurs de décision hors-sol, dont l’impertinence témoigne de leur insensibilité au mal social qu’ils provoquent.

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