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Annette de Léos Carax, un film qui signe (enfin) la mort du XXe siècle

Annette de Léos Carax, un film qui signe (enfin) la mort du XXe siècle

Avec Annette, Léo Carax signe l’une des œuvres les plus significatives de la fin de cette époque. Un film à la fois déprimant tant il nous montre la vacuité et l’indifférence de cette période passée mais qui nous hante encore, une étape dans nos vies qui n’en finit pas de mourir en de multiples circonvolutions amères, à la fois hilarant tant il nous jette au visage des clichés d’un autre âge dans un style compassé et condescendant. C’est à se pisser dessus tellement ça relève d’un bréviaire passéiste et lointain qui croit encore à l’art cinématographique et à la puissance illimitée de l’être humain. 

L’homme est un salop toxique qui ne peut assouvir sa libido que dans la destruction et la mort : moto, muscles, cynisme, succès, richesse. La femme est douceur et compassion, soprano, adulée, discrète, soumise. L’enfant naît pantin et trouvera forme humaine après l’anéantissement de ses procréateurs. Stop. A partir de là, ça procrastine, on joue avec les effets et les egos, plus rien ne se passe qui ne sorte du chemin connu de la décrépitude façon hollywoodienne. 

Où est Léo Carax ? A quelle histoire appartient-il ? Aucune apparemment. Profondément parisien/français/années 80, il tourne en anglais à LA dans un cadre et une langue qui jamais ne pourront résonner comme dans les réalisations de David Lynch où des frères Cohen, totalement immergés dans la culture américaine. Chaleur, villa, piscine, lumières de la ville, oui, mais là ça ne donne rien. Où est l’intense perversion de Mulholland Drive ou l’étouffante moiteur de Lost Highway qui engourdissait les neurones jusqu’à mouvoir au fond de nous quelque chose de monstrueux et d’inintelligible ? On comprend parfaitement le besoin de dépasser le périphérique et de s’attaquer à l’ensemble de la planète. Mais quel que que soit l’horizon que l’on vise, on se doit de parler de quelque part pour avoir cette capacité de résonner ailleurs, plus loin. Preuve en est le cinéma chinois, enfermé dans de minuscules villes de province, qui bouleverse la terre entière. Il n’y a pas de paroles sans inscription dans un lieu profond quelle que soit la force du son. Léo Carax sans Paris est indéchiffrable. Pourquoi cette piètre idée de se faire passer pour un yankee ?

Annette est un film cérébral dont on ressent douloureusement les efforts prodigués par le cinéaste pour que tout ça tienne. On met dans la boîte du Fellini, du Truffaut, du Lynch, du Godard aussi, on secoue et on mélange. Léo Carax est à l’image de l’Occident, un cinéaste rock and roll qui n’a pas pris la mesure du temps et reste désespérément démonstratif. Chaque scène est pensée et filmée au quart de poil. Les scènes se succèdent sans se mélanger, comme une horloge bien huilée où chaque effet est étudié pour donner du sens et du corps au message. Jamais le film ne se laisse pénétrer.

Marion Cotillard @UGC

C’est un film qui assène, s’impose sans la moindre empathie, qui donne à voir un cinéaste accompli dans tout son ego. C’est moi qui décide de ce que je vais vous dire et vous montrer. Je l’affirme à travers des tours de passe-passe qui restent prévisibles. C’est un film de riches qui revendique la puissance, le néocapitalisme et sa volonté de domination mais ne nous dit rien sur le moment présent en ouvrant nos neurones à de nouvelles conjugaisons. Celles de demain.

Clap de fin. Il est temps de laisser tout ça dans des archives. Léo Carax vous êtes un grand cinéaste. Vous avez beaucoup donné au cinéma français, vous l’avez enchanté. Il vous faut pour sortir de cette nasse dans laquelle vous êtes enfermé, accepter la dérive, chavirer, laisser le monde vous envahir, vous bousculer, vous atterrer. Laissez-le vous détruire même, vous écraser, après peut-être vous pourrez de nouveau parler. Ou en sommes-nous aujourd’hui ? Un autre monde s’affirme et avec lui un autre cinéma qui en a fini avec les produits qu’on maîtrise, qui sont beaux, qu’on regarde religieusement dans des salles comme dans des musées ou mieux, des fondations. Qu’est-ce que le cinéma aujourd’hui ? Question à 100 balles ? Peut-être un truc simple qui appartient à tout le monde et qui nous donne juste envie d’allumer les lumières et de créer une suite.

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