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Chronique d’Urnes – Trotskisme électoral

Chronique d’Urnes – Trotskisme électoral

Allez, on la revoit :

Yes ! « Il n’y a pas d’immunité ouvrière », paf ! Dans les dents. Ça fait tellement plaisir de voir se remettre à sa place l’héritière de la maison Le Pen.

Ça fait plaisir. So what ? Et bien, pas grand-chose d’autre. Du moins si on pense en termes électoraux, les candidats trotskistes non seulement n’ont pas vocation à être élus mais ils empêchent d’autres de l’être dans la fameuse logique du « vote utile ». C’est assez peu remarqué : aux élections présidentielles de 2017, le vote cumulé au premier tour des trotskistes (Poutou et Nathalie Arthaud) et de Mélenchon mène celui-ci au second (7 686 840 voix, alors que Le Pen en compte 7 678 491). Ceci dit,  ce type d’arithmétique électoral n’est pas exact (s’il n’y a que des candidats qui lui déplaît, l’électorat s’abstient).

La logique qui mène des candidats trotskistes à se présenter n’est pas électorale, elle est médiatique. Les élections sont le moment d’occuper un peu les médias, de créer une dissonance dans le discours ambiant. En particulier, lorsque débute la campagne officielle, le temps de parole est supposément égal entre les candidatures. Cet équilibre est, en réalité, complètement déséquilibré, puisque la très grande majorité des commentateurs et journalistes relayent des discours de gauche ultra-light et de toutes les nuances de droite. Donc, quand bien même il y aurait une égalité du temps de parole entre candidats, le terrain resterait très défavorable.

Pour exprimer une idée à contre-courant, vous avez besoin de plus de temps. Si vous dites “séparatisme”, après plusieurs années de rabâchage sur ce mot-clef, le public comprend immédiatement « musulmans ». L’ambiance médiatique a déjà fait la moitié du boulot, si bien qu’en quelques minutes vous pouvez exposer votre “solution” (finale ou “modérée”).  En revanche, si vous voulez expliquer pourquoi vous, chef d’État, vous refuserez de payer la dette publique, vous n’aurez jamais le temps de développer le raisonnement soutenant la proposition. C’est pourquoi, la gauche en ait souvent réduite à des feintes, du genre “séparatisme, des riches qui font sécession”.

Pour des partis comme le NPA de Poutou, la campagne électorale est un temps propice à l’Agitprop. Il s’agit de faire entendre sa voix, avec le double avantage de bousculer les discours convenus et de se faire connaître du grand-public (et ainsi récolter de nouveaux adhérents).

Le but n’est pas de gagner des élections car pour pour les trotskistes ça n’a tout simplement pas de sens.  Le pouvoir se construit autrement, par des mouvements sociaux en lutte dans une perspective d’affrontement de classes sociales. Les urnes ne sont, de ce point de vue, pas un espace où se définit le pouvoir. À la rigueur, elles seraient plutôt le moyen de choisir un fondé de pouvoir (sorte de PDG d’entreprise) de la classe sociale dominante (la bourgeoisie, en l’occurrence). Ce qui intéresse un parti trotskiste est d’agiter durant la campagne électorale. Cette logique essentiellement médiatique n’est cependant pas un détail, dans un contexte où l’espace médiatique est monopolisé par ennemis et adversaires politiques.

Cartographie des propriétaires des médias (Le Monde Diplomatique, décembre 2020)

En bon bonimenteur, Macron avait recyclé la vieille antienne néolibérale du “ruissellement” par l’image un peu plus dynamique des “premiers de cordée”. Quatre ans plus tard, énorme surprise : les cadeaux fiscaux aux plus riches n’ont donné lieu à aucun investissement. Les premiers de cordée ont coupé la corde et les premiers de corvée sont tombés plus bas que bas. Où est l’argent des premiers de cordée ? Où sont tombés les autres ? Ce n’est pas en regardant les infos-en-continu que vous l’apprendrez. Selon l’adage bien connu, quand le sage pointe Amazon, l’imbécile regarde le ciel en espérant y voir Jeff Bezos en touriste spatial.

C’est à ça que sert une candidature NPA : à pointer l’exploitation du monde par Amazon. C’est pourquoi Poutou ne peut que remercier Darmanin. Avec son réflexe de bon syndicaliste policier, le ministre a dégainé une plainte pour le faire taire.

Poutou, en rappelant une évidence –la police tue- n’avait probablement que l’intention de placer la question des violences policières dans la campagne. Mais, avec sa réaction, Darmanin pose aussi celle de la liberté d’expression. En effet, qu’un ministre en charge du bon déroulement des élections intimide un candidat par une procédure judiciaire interroge sur le rôle de l’État dans ces élections. Darmanin, d’une main assure le bon déroulement des élections, de l’autre il tient le tonfa pour écraser tout discours qui lui déplaît.

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