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Traits pour Traits – Dessiner pour dénoncer. Portrait de Yassin Latrache.

Traits pour Traits – Dessiner pour dénoncer. Portrait de Yassin Latrache.

Yassin Latrache, dessinateur de presse, utilise son art pour faire du dessin un outil pédagogique et sensibiliser aux grands problèmes de société. Un engagement artistique qu’il porte auprès des jeunes, dans les écoles comme dans les prisons. Au secours de l’humanité, ses productions reflètent l’actualité pour y apporter la légèreté qu’elle mérite. 

Originaire du quartier de La Crémetterie à Nantes, Yas a connu très tôt une proximité avec le dessin. Déjà petit, il s’amusait à dessiner ses camarades de classe en cour de récréation, ses professeurs et ses proches. « Ma mère m’a raconté qu’à mes 6 ans, il y avait un article qui était sorti dans la presse parce que j’avais réalisé une fresque à l’entrée d’une école primaire ». Cette passion le suit toujours, ou c’est lui qui la suit. Aujourd’hui, dessinateur de presse, membre de l’association Cartooning For Peace et contributeur à l’hebdomadaire Franc-Tireur, il tire encore le portrait de ceux qui lui demandent. Posé, réfléchi et modeste, il dessine pour méditer, pour lui et pour le monde qui l’entoure. Inspiré de Plantu, de la culture des BD françaises, des comics américains et du manga japonais, il a réussi à transposer sa passion dans l’art numérique. Si cet amoureux de l’illustration ne quitte jamais ses crayons, il enfile aussi humblement le costume de l’humanitaire en poussant le symbole universel de conscience et d’ouverture au coeur de son engagement.

© Yas_caricature

Apporter de la nuance à l’information

Dans le silence de la nuit, Yas trouve le temps et l’inspiration. Dessiner, c’est sa manière de témoigner de quelque chose, de l’exposer ou de le montrer. « Ce qui m’inspire c’est l’actualité, c’est aussi l’être humain et ses réactions. En fait c’est tout ce qui va toucher au droit des hommes et au droit des femmes ». Alors Yas dessine sur l’environnement, la politique, la censure, les injustices et les guerres. « C’est pour les autres, pour la société en général, et pour permettre aux publics les plus démunis de voir les enjeux de l’avenir de nos sociétés ». En donnant un versant satirique à l’actualité, Yas décortique l’image pour apporter de la nuance à l’information. « J’aime bien ce jeu de piste avec l’oeil. Cet effort d’interprétation que je fais me permet d’apporter de la légèreté et une autre vision ». 

© Yas_caricature

De l’art, de l’encre, et des liens

Accompagné de professeurs d’histoire et de littérature, cet artiste autodidacte de 33 ans intervient dans les écoles pour y mêler dessin et pédagogie afin de susciter un intérêt à l’information aux jeunes « peu politisés ». C’est pour lui une manière de vulgariser une actualité sans avoir l’empreinte classique d’un journaliste. « Parfois j’ai des jeunes qui me disent que grâce à mes dessins, ils ne sont pas trop perdus dans le flou de l’actualité ».  Il emporte son carnet et son crayon dans les écoles, les centres culturels, les quartiers populaires et même les prisons pour mineurs et pour adultes. « Ça me donne une longueur d’avance sur les schémas de pensée. Ça me permet même de constater les aspects syndromiques de la société à travers les propos qui sont tenus, les visages qu’on voit en prison et les parcours qu’on découvre ».

© Yas_caricature

“La volonté c’est de dédramatiser”

« Travailler avec des publics assez jeunes, ça m’a permis de me rapprocher de mes valeurs, de ce que je veux défendre ». Les valeurs qu’il veut défendre c’est avant tout l’humanisme qu’il considère comme « une absolue nécessité ». « Un enfant tombe, tu le relèves, c’est aussi simple que ça ». En quelques traits, il est capable d’ironiser ce qui peut parfois paraître rude ou de dénoncer ce qui peut parfois être hermétique. « Dès qu’on utilise l’humour, la volonté c’est de dédramatiser une situation pour en parler. Généralement, la posture politique et médiatique est dure et donne parfois des conclusions ». Alors, de l’autre côté du spectre, Yas s’attache à faire du dessin muet. Il n’apporte jamais de conclusion. Ce qu’il veut c’est ouvrir le débat et permettre aux plus éloignés de l’information, d’en avoir un aperçu.  « Il y a certains de mes dessins qui peuvent apporter une interrogation, exposer une vision. ou des comparaisons et parfois même être dans la provocation ». 

© Yas_caricature

Au rythme des tendances et des injustices 

Dans un pays qui témoigne d’une longue tradition de la caricature, le dessin de presse baigne, par essence, dans l’agacement des paradoxes du réel. Et si ce dernier agace, c’est qu’il participe à l’activité de la démocratie. « Plus il y a de dessinateurs de presse », pense Yassin, « plus on peut dire que la liberté existe ». À ce monde où l’art croise l’humour et la dénonciation, personne ne semble vouloir s’y frotter.« Si on analyse la temporalité depuis les attentats de Charlie Hebdo ou la décapitation de Samuel Paty, je ne sens pas un élan sincère. À part poser une plaque et des fleurs sur une place et dire que la France, sa valeur absolue c’est la liberté de presse, la réalité c’est qu’il y a très peu de soutien. Il n’y a toujours pas d’écoles ou de formations autour du dessin de presse, de moins en moins de festivals et pas plus de médias qui ont ouvert leurs portes aux dessinateurs ».

Lisez le dernier portrait de la série Traits pour Traits, une production 100% sur mesure. À chaque portrait un artiste, à chaque artiste son histoire et son engagement. 

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